CLXXXII6 (V
Le Roy frappé dans le palais de Paris.
Les Jhésuites
châtrez & bannizdc
France.
(1) Notre chroniqueur, in petto, trouve cela souverainement injuste; mais son respect profond pour l'autorité royale l'empêche d'ajouter aucune réflexion.
(2) 11 s'agit ici de l'attentat commis sur le roi par Jean Châtcl, le 27 décembre 1594, dans la chambre de madame de Liancourt ; Henri IV fut seulement légèrement blessé à la lèvre.
LA LIGUE DANS LE VEXtN NORMAND.
Nouvelles terreurs
dans les
campagnes de
Normandie et de
Picardie.
Décès du fieur de Longueville.
Monfeigneur
le Comte de St-Pol
gouverneur de la
Picardie.
FF. CLxxxve (Rn.)
Prise et rendicion
de la ville
de Ham au Roy.
Aucuns de la garnifon de Ham, du party contraire, & autres volleurs en grand nombre, avoient toujours esté fur les chemins de Rouen, et ailleurs, prenans tous ceulx qu'ilz pouvoient rencontrer, fi bien que les habitans de Gifors, et tous autres, n'of oient librement aller par les chemins. Les- garnifons de quelques villes de Picardie esftoient aufïi journellement par les villages, mangeans et ravageans tout ce qui y estoit, de telle forte, que tout le peuple eftoit fort paouvre et affligé, joinct la grande charge des tailles, et le blé et vivres fi chers que les habitans des villages n'en pouvoient plus.
Monfeigneur le Duc de Longueville avoit esté frappé d'un coup de mousquet ou harquebouze, par le derrière, au codé du col, de quoy il estoit tost après deceddé, environ la my-May, au dit an iiii^x quinze (i). Et ce, lors qu'il voulloit pofer & remettre, par le commandement du Roy, un cappitaine en la ville et chafleau de Dourlen en lieu d'un autre, qui y avoit esté mis par le dit fieur Duc de Longueville, en le falluant par quelques foldatz de la ditte ville et du chafleau lorsqu'il estoit tout proche d'icelle ; et deux ou trois des fiens , estans derrière et proche de luy, qui avoient esté tellement frappez et offensez, qu'ils estoient mortz à la place, sans que l'on eust peu découvrir qui avoit esté telles malheureuses perfonnes qui avoient fait telle affaire.
Peu de temps après, Monfeigneur le Conte de Saint-Pol, son frère, avoit esté mis et pofé de par le Roy, gouverneur de la Picardie, en lieu du dit Seigneur son frère ; où il avoit du depuis réfidé, afîavoir en la ville d'Amyens. Le peuple avoit toujours esté lors, et du depuis, tenu en ces termes & efpérance de paix, tant avec le fieur Duc du Mayne que autres du party contraire.
Et il estoit advenu que la nuicl d'entre le Lundy & le Mardy, vingtiesme de Juin, au dit an, Monfeigneur le Conte de Saint- Pol & grand nombre des gens du Roy eftoient entrez dans le chafteau de Ham , duquel ouverture leur avoit esté faide par le gouverneur, nommé le Baron Doxviller, qui avoit rendu le dit
(i) On a attribué à un accident la mort du duc Kenri de Longueville, tué dans une salve de mousqueterie, tirée en son honneur, lors de son entrée à Doullens. Sans se prononcer clairement à ce sujet, notre chroniqueur laisse entrevoir qu'il pourrait bien y avoir eu , « dans cette affaire », autre chose que de la maladresse.
Henri II de Longueville, son fils, devint, à la mort de sa grand'mère, seigneur de Trye-Château, Etrépagny, etc.
Quant à Marie de Bourbon (dame de Trye et épouse de Léonor d'Orléans), elle mourut à Pontoise, le 7 avril 1601. (V. J. Vatout, Le Château d'Eu ; 5 v. in-8°.)
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chafteau au Roy ; et estant illecq avec cinq centz chevalliers à l'entour de la ville de Ham, ils s'estoient, dès deux heures de nuid, mis en tout debvoir d'entrer du dit chafteau en la ville, qui estoit bien gardée de deux mil foldatz, tant Espagnolz que François, sans les habitans du lieu; tous lesquels, ne pensant à telle entreprife & rendicion, avoient esté esbahis d'oyr l'allarme fi impétueuse venir de la part de ceulx du chafteau , qui avoient à l'inftant tiré deux pièces de gros canons dans la ville ; quoy oyans, par les foldatz & habitans de la ditte ville; et voians qu'ils estoient trahis, ils s'eftoient tous mis en debvoir, et tellement défendus à deffaire & repoulser leurs ennemys, depuis deux heures de nuicl: jufques à quatre heures après midy, qu'ils s'eftoient laffez, voians que grande multitude de peuple entroit en la ville, tant par escallade que venans du chafteau ; de forte qu'il leur avoit convenu rendre la ville au Roy, non sans grande éfufion de fang, tant de cofté que d'autre, & grande perte de biens, pour ce que les habitans avoient esté pris & ravagez.
Au moien de cette prife, plufieurs perfonnes détenues prifonnières par les garnifons avoient efté mises en liberté par le (leur Conte de Saint-Pol ; & spéciallement Maiftre Pierre le Monnyer, grenier au grenier à sel de Gifors, & Touffaint Desportes du diél lieu ; ils avoient esté pris dans le bois de Fleury, en revenant de Rouen, et menez en la ville de Ham ; & lesquelz avoient jà composé pour leur rençon que l'on avoit portée jusques à Beauvais, n'ofans la hazarder de la porter jusques en la ditte ville, de paour que les dits deniers, montans jusques à vm ou neuf centz efcuz , ne feuflent voliez ; lesquels , au moien de la prise de la ville, n'avoient efté paiez ni portez en la ville de Ham ; & ainfi estoient demeurez quittes, les deifus dits, de leur rençon.
Comme aufti, depuis icelle prife de Ham, de la ville de Dijon, et du Chafteau de Tallen, et le caftel, environ le temps defius limité, un chacun avoit esté plus librement de costé & d'autre à ses affaires, sans aucune crainte, à raifon qu'il ny avoit plus que la ville de la Fère qui tenoit pour la Ligue, dans laquelle il ny avoit que des Efpagnolz.
Et le mois de Juillet en fuivant, la Court de Parlement de Paris affemblée, avoit par son arreft condamné à mourir Monfeigneur le Duc d'Aumalle, à raison que les jours précédents
Habitants
de Gisors libérés
de leur rançon par
la prise de Ham.
Prife de la ville de
Dijon et autres
parle Roy.
Arrell de mort
contre le lieur Duc
d'Aumalle.
104 LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
l5o,5 il avoit faiét alliance & s'eftoit mis avec les Efpagnolz, tenu,
présidé, machiné avec eulx, à l'encontre du Roy de façon qu'il avoit efté avec une charrette, trainé en la ditte ville de Paris en effigie, sur une claye & par après, sa tefle tranchée, il avoit efté defcartelé, et ce, à quatre chevaux, & sa teste mise au bout d'un pofteau sur la porte de Saint-Denis de la ditte ville de Paris (i).
Guerre Ï?^H omme aufli, au mesme temps, le Roy avoit déclairé la
déclarée aux J[ ftfeSI guerre aux Efpagnolz : pour raison de quoy, & à l'ins-
Efpagnolz. I&1|| , , , , ,. r \,,a 11
Jiïe£2zs&Sf& tant (ou peu de temps après), le dit fieur dAumalle
avec l'armée des Efpagnolz en grand nombre avoient afllégé la
Siège & prife de la ville & le chafteau de Dourlen en Picardie , devant laquelle ils
vi e cia eau avoient esté quelque temps. Le Roy et son armée efloit de de Dourlen par le t. t. x j
fieur d'A'imalle l'autre coflé à l'encontre d'une autre armée des Efpagnolz ; il et les Espagnolz. avoit pris et gaigné quelques villes du dit costé ; il avoit aufli commandé au fieur Conte de Saint -Pol, & autres, plufieurs garnifons tenir, et ne permettre par tous moiens la prife de la ville de Dourlen, aux fins de quoy, et pour en faire lever le fiége, le sieur de Villars, admirai de France (2), avec grand nombre de gens y avoit efté, par mesme moyen ; comme aufli y eftoient allez, Monfeigneur le Duc de Nevers, Monfeigneur le Duc de Bouillon , avec leurs gens en grand nombre.
Il advint que le Lundy xxime jour du mois de Juillet, au dit an mil vc mixx xv, sur ce que le fieur Conte de Saint- Pol & le fieur de Villars avoient donné et rué sur les compaignies des Efpagnolz , lesquels ils avoient fait fuyr, et tué d'iceux grande quantité. Enfin, les Espagnolz s'enfuyans, attirèrent les dits fleurs & leurs gens, en certain endroit, où eftoit un gros de chevallerie ; iceulx Efpagnolz les avoient chargez et tellement entourez qu'il avoit convenu au fieur de Saint- Pol de se desfuyr et fauver, après avoir efté remonté sur un autre de ses chevaulx, à raifon que le fien avoit esté frappé et tué soubz luy. Le dit fieur admirai fut pris prifonnyer par une compagnie de foldatz Vallons à pied, sur ce qu'il s'absentoit de la charge. Ausquelz Vallons, il avoit promis cinquante mil efcus pour sa rençon, afin
(1) On poussa l'exactitude, dans le costume, jusqu'à affubler d'un pourpoint espagnol et de jarretières rouges le mannequin qui fut exécuté au lieu du Duc. [Chronologie novenairc ; Palma Cayet, III.)
(2) André de Brancas, plus connu sous le nom d'Amiral de Villars.
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qu'ils ne le tuaffent ; ce néantmoins, quelques ungs des Efpagnolz ayans entendu qu'il eftoit pris par les dits Vallons, ilz avoient esté vers eulx , affin d'avoir part & participper à la rençon. Sur la dispute des Vallons qui ne voulloient affocier les Efpagnolz à la ditte rençon, iceux Efpagnolz avoient à l'inftant poignarde' et frappé le fieur admirai de xvm ou xx coups, de telle façon qu'ils l'avoient tué et faicl mourir à la place.
Son corps fut pris et porté en la ville de Rouen, où il avoit efté inhumé en grande pompe funèbre, d'autant que les habitans de cette ville l'avoient toujours honoré et tenu pour leur feigneur, comme les ayans gouvernez et entretenuz en grande paix et amitié; durant lequel gouvernement, le fieur admirai avoit tousjours efté entretenu et soudoyé par le Roy d'Efpagne, jusque à ce qu'il eufl rendu au Roy de France la ville de Rouen, et qu'il eûft esté pourveu aux dits États (des fonctions) d' Admirai ; c'eft pour quoy l'on difoit que les Efpagnolz l'avoient faicl mourir, comme aufli, durant les choqs, et guerres ainfi faicles entre eulx, il avoit efté tué un grand nombre de braves hommes & de^cappitaines, tant de costé que d'autre, jusques à cinq ou six mil hommes (i). Le dit sieur admirai avoit voulu de soy faire cette entreprife, sans l'ayde des fleurs de Nevers et de Bouillon, pensans avec le sieur Comte de Saint -Pol emporter la victoire contre les Efpagnolz, & leur faire lever le fiége, ainsi qu'ilz avoient bien commencé, s'ilz euffent efté suivy des fieurs de Nevers & de Bouillon. Néantmoins la préfence desquelz, et de toute leur armée, ils avoient renvitaillé des poudres & munitions la ville et le chafteau de Dourlen ; c'estoit une place imprenable ; les Efpagnolz avoient tellement tenu le fiége et commencé à battre la ville de dix-huicl pièces d'artillerie, et autres neuf pièces qui batoient & tiroient en courtine.
Le Lundy, dernier jour du mois de Juillet, au dit an, ils avoient fait brefche en icelle ville, où ilz eftoient entré de force, sans aucune revenge ny réfistance par ceulx de la ville, quafi chose f aide à plaifir, ou bien, ainfi qu'il eft certain (comme Dieu l'a voullu), pour les pefchez & ambitions des grandz mondains et du peuple ; & le lendemain , Mardy, premier jour d'Aouft,
Décès
de M. de Villars,
admirai de France.
Sa pompe funèbre à Rouen.
FF. CLXxxxii«f7°.j
La ville de Dourlen prife.
(i) P. de l'Estoile eut un fils tué dans cette terrible rencontre ; il dit simplement dans ses Mémoires : « J'y perdis mon fils aîné, Loys de l'Estoile, qui y fut vendange » des premiers. »
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LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND
Cruauté des Efpagnolz.
Siège et prife de la ville & chafteau
de Cambray par les Efpagnolz.
Rendez-vous
général de l'armée
à Gournay.
commencé dès le matin à tirer contre le chafteau du lieu, de telle véhe'mence que, après brefche faide, ilz avoient esté maistres, gaigné et entré en icelluy le dit jour, à deux heures de rellevée, ayant tué & maflacré tous ceux qu'ils avoient trouvez en la ditte ville, et conduid au Chafteau, tant foldatz, habkans, que les femmes & les petits enfans, rigueur et cruauté grande et exécrable de telz ennemys, ausquelz Ton avoit pardonné & iceux laisser aller lors de la prife de la ville de Paris, Amyens, Beauvais, et autres villes.
la fin du mois d'Aouft, les Efpagnolz & leur armée bien forte avoient afïïégé la ville de Cambray, très forte ville, proche de laquelle ilz avoient commencé à faire des cavalliers de terrajje, afin de pofer sur iceux de l'artillerie pour battre plus aifément ; & de mesme, fuivant leur couftume, ils avoient foffoié tout alentour d'eux, afin de se rendre plus fortz : tellement, qu'il avoit convenu que toutes les compagnies des Gouverneurs, tant de Paris, Rouen, que ailleurs, se feulfent affemblez avec nouveaux cappitaines, qui avoient levé une grande quantité de foldatz. Joind que Monfeigneur de Montpenfier, lieutenant-général de la Normandie, et gouverneur de la ville de Rouen, après le décès de Monfeigneur de Villars, admirai, avoit envoie fignifier à tous les nobles le baon (1) qu'il avoit fait faire, qu'ilz euffent à l'accompagner pour, tous ensemble, aller au fecours de la ville, MaîtreiTe de toute la Picardie, à l'encontre des Efpagnolz & ennemys de la France ; lequel amas de foldatz avoit caufé grande ruyne : d'autant , que par où ilz avoient palfé , ilz avoient tout pillé & ravagé ce qu'ilz avoient trouvé; et joincl: la faison de l'Aouft, de faict, ils s'estoient trouvez tous au rendez-vous, qui estoit à Gournay, au xe jour de Septembre, au dit an; et de là, s'en estoient allez trouver l'armée pour le Roy, qui eftoit proche de Cambray, pour la deffense d'icelle ville.
Le Roy eftoit lors avec son armée par de là Lyon , aux lieux nommez Pontignoty, à Gray et autres villes, à l'encontre d'une autre armée d'Efpagnolz et d'autres Ligneux, qui avoient jà
(1) Baon, Ban, proclamation ou annonce ayant caractère officiel; ancien mot qui n'est plus usité de nos jours que lorsqu'il s'agit des bans ou publications de mariage faites à l'église, ou encore, dans certains pays, des bans de vendange.