‹ Le Journal d'un bourgeois de GisorsChapitre 29 sur 38 · ID · texte numérisé non relu

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Ruse de guerre dite « des noix. »

Le Comte de Sl-Pol quitte Amiens.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Grand désordre

à Amiens ;

fuite des habitants

Siège de la Ville

d'Amyens

par le Roy.

Arrivée et venue

du Roy au fiége d'Amyens.

Peu de temps après, Madame la ComtefTe de Saint-Paul estoit fortie de la ville, y ayant laifTé tous ses meubles & richefTes, sans que les Efpagnolz eufient permis en rien emporter ; comme auffi, grande quantité' de femmes & filles de la ville en estoient foriies, ne sachans où aller, ny que devenir, abandonnées à la mercy des foldatz ; la plus grande partie des hommes de la ville s'estoient desfuys ; les ungs liez , ausquelz l'on avoit faid paier rençon ; les autres poignardez, tuez et jettez dans l'eaue ; et par après, ceulx qui avoient voullu rentrer en leurs maisons avoient dû rechapter leurs meubles, n'estant autrement maiftres de leurs maisons. Ce qui avoit esté ainfi faicl, le Mardy xe jour de Mars mil vc mixx xvii, neuf heures de matin, pendant que l'on preschoit en l'une des paroiiTes de la ditte ville.

Peu de temps aprez, le Roy avoit envoyé Monfeigneur le Mareschal de Biron avec une grande quantité de foldatz, tant de pied que de cheval, invertir et affiéger la ville d'Amyens, affin que ceulx qui estoient entrez dans cette ville, ny les meubles & munitions de guerre , ne fortifient aucunement ; mesmes qu'ilz n'eufîent aucun fecours. Et par après, le Roy y estoit allé en perfonne ; il y avoit toujours réfidé avec la NoblefTe de la France , qu'il avoit faicl convoquer & appeller pour l'affister à telle et fi grande et importante entreprife (i) pour la France, qui avoit bien fouvent du travail de toutes partz ; en partie pour ce que Sa Majesté avoit faicl: publier : « Que tous foldat^ qui avoient » efié en guerre depuis neuf ans, eujjent à aller à la ditte armée » & au fié g e de la ville d'Amyens » ; ce qu'ils avoient faidz de toutes partz & parle par ce moien par les villages, à la perte des biens de tout le peuple.

La tranchée

ouverte devant

A myens.

evant laquelle ville, l'on avoit tellement faicl les apro- > ches, tant par le canon que par les foldatz, que la plus

grande partie des terres d'allentour la ville estoient toutes foffoiez & tranchées , de telle forte qu'en peu de temps les foldatz de l'armée du Roy avoient esté tous à couvert fur le bord des fofTez de la ville, non toutefois sans grande perte de gens,

(i) C'est à cette occasion que Henri IV s'écria : « C'est asse\ fait le Roy de » France, il est temps ds faire le Roy de Navarre! » —Et se tournant vers Gabrielle d'Estrées : « Ma maîtresse, il faut quitter nos armes et montera cheval » pour faire une autre guerre! »

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pour ce que ceulx de dedans icelle ville avoient faicl plufieurs 1 forties, la nuict comme le jour.

Comme auffi, ilz avoient faicl journellement jouer & tirer le canon, ce qui en faisoit beaucoup mourir; plufieurs grandz Seigneurs & Cappitaines y avoient esté tue's ; les foldats de l'armée du Roy avoient fi vaillamment réfisté, qu'en peu de temps ilz avoient gaigné & aproché des murailles de la ville et, logez qu'ils eftoient dans les foffez d'icelle , ils avoient creusé les murailles et s'estoient mis soubz icelles, qu'ils avoient souftenues avec des ayes, gaigné mesmes une partie du ravelin, et plufieurs tours et fortereffes y estans, qu'ils avoient abatus avec le canon, enfemble les deffenses & courtines des murailles; tellement, que les foldatz estoient logez et faisoient la garde tout proche du rempart de la ville.

Les ennemys de laquelle, eftans tous proches d'eulx, jettoient journellement par delfus les remparts & murailles dans les foffez de groffes pierres, des busches, des feux d'artifice et toutes autres chofes de quoy ils se pouvoient advifer, afin de tuer et de frapper les foldatz estans dans les dits foffez ; de telle façon , qu'ilz en avoient faid mourir et frappé beaucoup , tant de cette forte , et dans les forties par eulx faicles, que à coups de canon, harquebouze & moufquetz, de quoy ils tiroient journellement ; tellement, que l'on a faiét eftat que, durant le dit fiége et aproches d'icelluy, il en estoit mort de l'armée du Roy plus de cinq mil hommes.

Comme auffi, l'armée du Roy en avoit faicT: mourir et bleffé grand nombre de ceulx de dedans la ville, tant du canon qu'ils tiroient dedans que par les forties qu'avoient faicles ceulx de la ditte ville. En l'une desquelles forties, le fieur de Ermantello (i) avoit esté frappé d'un coup de moufquet, en s'en retournant dans la ville , de quoy il avoit esté tué.

e lundy xve de Septembre, au dit an mil vc imxx xvn ,

de grandes trouppes des ennemys Efpagnolz, jufques à

quinze ou vingt mil hommes, avoient apparu, comme

aux jours précédents, proche de la ville de Dourlen, qui estoit

à eulx diftants de la ville d'Amiens de fix lieues, ils avoient

(i) « Gouverneur à Amiens, fut tué lErmenteillo, Porto Carierro). » (Note sur le manuscrit original.)

FF. ccxive (Verso).

Défense de la garnison d'Amiens

Armée d'Efpagnolz

pour donner

fecours à leurs gens

dans la

ville d'Amvens.

Il6 LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND.

***97 aprochez encore plus près de l'armée du Roy pour donner

fecours à ceulx de la ville d'Amyens. A ce que l'on pouvoit

juger, c'eftoit pour donner une bataille ; pour raifon de quoy,

le Roy & son armée, ou la plus grande partie, avoient esté au

devant d'eulx. Ce néantmoins, n'ayans voulu, les Efpagnolz,

donner aucune bataille, aucuns d'iceux, jufques à quinze cents

ou deux mil hommes, s'eftoient, par finelTe, aprochez par un

autre cofté de la ville d'Amyens, par la porte qui n'estoit que

bien peu affiégée ; et plufieurs estoient jà paflez par la rivière,

tellement qu'ils voulloient donner du fecours à ceulx de dedans

la ville d'Amyens & entrer dans icelle, ce qui eust apporté grand

inconvénient à l'armée du Roy, à raison de la faison d'hiver, et

que l'on n'eust aifément entré ny gaigné la ditte ville , sans

grande perte de l'armée du Roy, pour les grandz retranchements

et fortereiïes de la ville, contre lesquelz s'eftoient appofez le

Seigneur Duc de Mayenne, M. de Saint-Denis Maillot & autres

Seigneurs, avec leurs gens, et deux pièces d'artillerie, que le

fieur Duc de Mayenne avoit pofez à leur paffage , ne pensans

autrement à telle entreprife. Tellement, que les dits ennemys

avoient esté repoulfez et n'avoient peu entrer davantage, un

grand nombre d'iceux furent tuez fur la place, et autre grand

nombre furent jettez dans la rivière.

Quoy voians, ceulx de la ville, qu'ilz ne pouvoient avoir aucun

fecours, à caufe que leur armée s'eftoit quelque peu retirée,

parce qu'elle estoit pourfuivie par la cavalerie du Roy, le Jeudy

en fuivant, ils avoient parlementé & accordé rendre la ditte ville

Rendition en l'obéiffance de Sa Majesté, les laiffans fortir leurs armes au

de la ville d'Amiens poing & bagues fauves, dans fix jours de la compofîtion, au cas

, Ur.r , qu'il ne leur arrivast fecours dans la ville de deux mil hommes ; par les Elpagnolz. " '

ce que le Roy avoit accordé ; pour raifon de quoy, il avoit esté baillé otages de part & d'autre pour aifeurance du dit accord ; fuivant lequel, le Mercredy enfuivant, vingt-quatriesme du mois de Septembre mil vc mixx dix-sept, à dix heures du matin, les Sortie d'Amyens foldatz Efpagnolz estoient fortis de la ville d'Amiens en bon par les Efpagnolz. ordre, et équipage, jufques à deux mil hommes de pied et cinq centz chevalliers bien montez et armez, ayans chacun la lance au poing (i), et allez droict à Dourlen et ès-environs , avec

(i) « Le marquis de Montenègre en sortit avec la garnison qui baisa la botte au » Roi. eltant à pied, et Sa Majesté à cheval, ayant son sceptre à la main. » (P. de l'E.)

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