‹ Le journal d'un évêque, publiéChapitre 23 sur 37 · LA SUPPRESSION DU BUDGET DES CULTES · texte numérisé non relu

LA SUPPRESSION DU BUDGET DES CULTES

Le 10 janvier 1923. — Donc c'est fait. L'iniquité est consommée. L'indemnité payée au clergé en vertu du Concordat sous la forme du budget du culte, pour dédommager quelque peu l'Église de la spoliation de ses biens durant la période révolutionnaire, est désormais supprimée. Nous devions nous y attendre et nous nous y attendions. Cela menaçait depuis trente ans. Pourtant quelques-uns d'entre nous ont été surpris. Mais heureusement les mesures d'ensemble étaient arrêtées. L'Église de France n'a pas été prise au dépourvu. Depuis près d'un an, nous nous préparions à ce coup et, dès le second jour de l'année, tous les évêques ont expédié à leurs curés un mandement qui a dû être lu en chaire dimanche dernier dans toutes les églises de France et dans lequel sont promulguées, avec nos énergiques protestations en faveur du droit méconnu, les mesures que nous avons, d*un commun accord, décidé de prendre pour assurer la subsistance des prêtres et le service des autels..

Mais il faut reprendre les choses de plus haut, me bien rappeler à moi-même les détails principaux de tous ces événements. Un jour peut-être je serai bien

LE JOURNAL d'UN CVÊQUE

aise de retrouver mes souvenirs fixés dans ces pages.

L'année dernière le budget élait en retard. Ce fut une des raisons pour lesquelles le gouvernement put enlever la majorité, liais, à la rentrée de novembre, le ministère relativement modéré fut renversé ; un ministère radical-socialiste a pris le pouvoir et, dès ce moment, il a paru clair que le mot d'ordre était donné et que le budget des cultes allait décidément disparaître. Et d'abord le gouvernement a fait voter aux deux Chambres une motion préalable par laquelle, tf pour remédier aux inconvénients nombreux qui résultent des douzièmes provisoires et du relard dans le vote du budget des dépenses, chaque Assemblée prenait la résolution de voter ce budget avant le 1"" janvier ». On a eu beau essayer de démontrer au Sénat qu une telle résolution n'allait à rien moins qu'à signer son abdication, la haute assemblée, terrorisée par les criailleries des journaux et les menaces peu voilées du gouvernement et des députés, a voté ce qu'on a voulu.

Or, à la Chambre des députés, on s'est arrangé, ainsi qu'il était aisé de le prévoir, de façon que le Sénat ait à peine quarante-huit heures pour la discussion publique et le vote. Et en outre on a eu recours à des artifices de procédure. On a commencé par voter au chapitre des pensions civiles une augmentation de dépenses de trente-cinq millions, précisément égale à la totalité du buget des cultes. On n'a pas eu de peine à justifier cette augmentation. Depuis une quinzaine d'années le chifi're des peu-

siens de retraite des fonctionnaires s'est accru dans de telles proportions que l'on a dû, sinon en droit, du moins en fait, reculer Tâge de la mise à la retraite. Si l'on n'avait pris des mesures de précaution, le service des pensions eût à lui seul absorbé bientôt plus de la moitié du budget. Aussi, depuis assez longtemps les divers ministères n'accordentils plus que très difficilement la mise à la retraite à ceux qui la sollicitent. On n'y admet d'office que les gens tout à fait infirmes ou les fonctionnaires dont le nez déplaît aux gens influents. Pour ceux-ci même parfois on devance l'âge ; aux mieux portants, dès la cinquantaine, on découvre des infirmités, et ils sont tellement nombreux qu'à eux seuls ils épuisent presque les crédits. En sorte que les administrations sont toutes peuplées de vieillards, l'avancement est arrêté, les jeunes se pressent à l'entrée des carrières, et on ne peut leur donner satisfaction.

Aussi, quand un député de la gauche radicale vint proposer d'augmenter le crédit de trente-cinq millions, on peut juger quelle fut la sympathie de l'assemblée. Trente-cinq millions! Quelle aubaine! Que de solliciteurs on allait enfin pouvoir satisfaire et que de votes excellents on allait récompenser! On manifesta cependant quelques scrupules. Un opportuniste grincheux demanda sur quelles ressources on trouverait les fonds nécessaires à cette augmentation de crédit. Un député catholique, qui voyait loin, demanda que l'on rejetât le vote après l'examen total du budget, afin d'être bien sûr que l'on trouverait dans les excédents disponibles de quoi faire face à cette

dépense nouvelle. Le signataire de la proposition répondit qu'il fallait voter cette mesure que le pays attendait avec impatience et que, pour lui, il se faisait fort d'indiquer sur chaque budget les économies qui pourraient permettre de combler le découvert. On demanda l'opinion du gouvernement. Le ministre des finances fit ses réserves, mais ne s'opposa pas à l'adoption de la proposition, quitte à trouver plus tard les moyens pratiques de la réaliser. Enfin le président du conseil, directement interpellé, comme pour bien marquer l'importance politique que le gouvernement et son parti donnaient à cette proposition, monta à la tribune et assura que le gouvernement saurait bien, sans désorganiser aucun service essentiel, trouver au moment voulu les ressources nécessaires. On eut beau, à droite, demander quelques éclaircissements, le ministre les refusa hautement. On passa au vote. Il fut ce qu'il ne pouvait manquer d'être, c'est-à-dire presque unanime. Comment, en effet, refuser de voter une proposition dont l'urgence était évidente, alors que le gouvernement se faisait fort de la rendre réalisable sans rien désorganiser, à l'aide d'intelligentes économies? Seuls une vingtaine de membres de la droite eurent le courage de s'abstenir, les uns par esprit d'opposition irréconciliable ; les autres, catholiques, frappés de l'identité des chiffres avec ceux du budget des cultes, par clairvoyance. Le lendemain tous les journaux, même ceux de droite, à l'exception de deux ou trois, vantaient l'auteur de la proposition. On n'avait pas assez d*ironies ou même d'injures

pour les abstentionnistes. Un grand mouvement de satisfaction se manifesta dans le pays. Quelles sont les familles où il n*y a pas quelque vieux fonctionnaire qui désire se retirer, quelque aspirant fonctionnaire qui désire entrer en place?

Ceci se passait à la fin du mois de novembre.

Durant tout le mois de décembre la discussion du budget continua. On paraissait avoir oublié le trou creusé par le vote des trente-cinq millions destinés aux pensions civiles ; chaque fois qu'un député proposait des économies, le ministre compétent venait déclarer que tous les services seraient désorganisés. Chose étrange! L'extrême gauche était la moins acharnée à proposer ces économies. Gomme un seul homme elle s'entendait pour voler avec le gouvernement. Et l'on pouvait voir, jusque sur les bancs du centre, les députés connus pour être affiliés aux Loges déposer leurs bulletins en chaque occasion contre les économies en faveur du ministère.

Cependant, malgré les efforts de la. droite et d'une partie du centre, le budget des cultes ne venait pas en discussion. Tantôt le rapport n'était pas achevé et tantôt le rapporteur était malade ou absent. Bientôt il fut évident que la tactique de la gauche consistait à le rejeter tout à la fin de la discussion. Le gouvernement y prêtait les mains. Il refusa cependant de le dire : ouvertement et directement mis en cause par la droite, le président du conseil se contenta de dire que la Chambre était maîtresse de son ordre du jour et qu'il ne se reconnaissait que le droit de sui\re l'ordre qu'elle voudrait bien fixer. L'extrême

gauche, démasquant alors ses batteries, déposa une motion par laquelle il fut décidé que le budget des cultes serait discuté le dernier. On était au 15 décembre.

Dès lors il fut évident que ce budget était menacé. Les discussions commencèrent dans la presse et, d'un commun accord, les députés de la droite et du centre votèrent très vite les autres budgets pour donner à la discussion dans le Parlement l'ampleur qu elle méritait. La gauche au contraire paraissait fort peu pressée. Ce fut enfin le 26 décembre que la discussion s'ouvrit.

Un député de l'extrême gauche proposa purement et simplement à l'assemblée de refuser de passer à la discussion des articles et réédita à cette occasion le discours que Ton faisait chaque année depuis plus de quarante ans. Un député de la droite répondit. On répliqua et on répondit encore. La discussion fut renvoyée au lendemain pour entendre l'avis du gouvernement.

Le ministre des cultes dit qu'il ne voyait pas, si l'on ne votait pas le budget, comment le service des cultes pourrait être assuré, que la Chambre avait donc à décider d'abord si elle entendait que ce service fût conservé. Un discours de la droite amena le président du conseil à se prononcer sur le fond même de la question. Celui-ci exposa que, comme homme libre de toute croyance et de toute liaison avec un culte quelconque, il ne pensait pas que Tentretiendu culte fût une nécessité nationale, que cependant, comme chef du gouvernement, il pensait qu'il vau -

drait mieux maintenir les choses en l'état et ne pas faire ainsi sans nécessité un saut redoutable dans rinconnu, mais qu'au demeurant le gouvernement, tout en indiquant ses préférences politiques, se char gérait de faire exécuter la volonté du Parlement, quelle qu'elle tût.

Un député de l'extrême gauche se répandit alors en injures contre le christianisme et contre TËglise. Il prêcha Témancipation du peuple et de la pensée, l'émancipation de l'État. Un député de la droite répondit et rappela que le budget du culte catholique avait le caractère d'une indemnité et d'un contrat avec une puissance étrangère. Il mit ainsi en cause le garde des sceaux et le ministre des affaires étrangères. Le premier répondit que la question de propriété et d'indemnité était dès longtemps jugée, que les évêques et les prêtres étaient des fonctionnaires de l'Etat, que dès lors leur traitement était un salaire et que, juridiquement, TËtat avait incontestablement le droit, en supprimant la fonction, de supprimer aussi 2e salaire.

Le ministre des affaires étrangères soutint que le Concordat, de même que tous les traités, était susceptible de dénonciation et de revision, qu'au surplus il ne lui était pas démontré que la suppression du budget des cultes dût interrompre nécessairement les relations diplomatiques avec le Saint-Père, ni même rendre infailliblement caduques toutes les dispositions du Concordat, mais que lui, comme son collègue le garde des sceaux, donnait des explications uniquement dans le but d'éclairer la Chambre, que,

pour la question politique, ils s'en référaient Tun et l'autre à ce que venait de dire le président du conseil. La discussion fut encore renvoyée au lendemain, 28 décembre. Le député qui avait déposé la proposition d'augmentation des pensions civiles monta le premier à la tribune et dit, imitant — de loin — le discoursdeMirabeausurlabanqueroute: « Messieurs, vous avez, en votant à la presque unanimité la proposition que j'ai eu l'honneur de déposer, décidé de consacrer trente-cinq millions à l'augmentation du nombre des pensions civiles. Vous avez par là excité de vives et très nombreuses espérances; vous ne pouvez faire banqueroute à vos engagements. Il faut donc trouver des ressources. Vous n'avez pu les trouver en faisant des économies partielles sur les différents budgets. Vous n'avez plus en face de vous que le budget des cultes, dont précisément la somme totale est égale à l'augmentation que vous avez accordée au chapitre des pensions. Il n'y a pas de milieu : il faut ou détruire les espérances que vous avez fait naître, continuer d'imposer à de bons serviteurs du pays les retards injustes que votre esprit de bienveillance et d'équité a voulu faire cesser, ou supprimer le budget des cultes. » Il développa ce dilemme et ajouta que, pour lui, il n'eût pas mieux demandé que de trouver d'autres ressources, mais qu'en face de l'intérêt évident de la nation tout entière, représentée par ses fonctionnaires, et le souci de donner satisfaction aux sentiments respectables sans doute, mais en somme particuliers, d'un certain nombre de citoyens, il ne

APRÈS LE CONCORDAT il

pouvait hésiter. II insinua enfin que le culte ne serait pas pour cela interrompu, que les prêtres, après un moment de trouble, où il entrerait moins de gêne que de dépit, trouveraient d'autres ressources.

On demanda Tavis du gouvernement. Le ministre des finances déclara qu'en effet, il fallait choisir entre le maintien de Taugmentation accordée aux pensions civiles et la suppression du budget des cultes.

Ce futalors qu'un député demeuré jusque-là obscur et presque inconnu, un prêtre envoyé récemment au Parlement par une circonscription ouvrière de l'Est, prononça le seul discours véritablement digne du sujet qui ait été prononcé dans cette discussion.

II dénonça la louche et déloyale manœuvre par laquelle les sectaires, surprenant la bonne foi d'une partie de l'assemblée, avaient tenté d'approcher du but qu'ils visaient depuis quarante ans. Il mit au jour les détours et les faux-fuyants des ministres. Laissant de côté les questions de propriété, de justice, de droit national ou même international soulevées par la question, il alla droit à la question politique : Veut-on la séparation deVËglise et de l'Ëtat et, si on la veut, la veut-on loyalement en laissant k TËglise les libertés nécessaires à son existence, ou veut-on attentera la liberté de conscience des catholiques, mettre une entrave à l'exercice de leur religion? Et quel sera enfin le régime qui résultera de la suppression du budget des cultes sans que le Concordat soit nettement dénoncé, sans qu'aucune mesure législative ait préparé l'établissement du nouveau régime ? S'adressant enfin aux ministres et à la

majorité il leur dit : « Le régime que vous nous préparez, je le connais, c'est le régime de la suspicion et de la persécution hypocrites : vous voulez affamer l'Église pour l'asservir ou la mieux détruire, et cela sans franchise, sans honneur, par des détours indignes et de la France et de nous. Vous avezeu peur de combattre en face. »

Revenant enfin sur la déloyauté manifeste de la discussion, il accusa de « jésuitisme » les ministres et les meneurs, et il termina enfin en flétrissant la majorité qui s'apprêtait à voter des noms de Gribouille et de Tartuffe.

Le discours est fort peu académique, mais tout à fait passionnant. L'orateur a, parait-il, une voix très forte qui, dominant le tumulte, finit par s'imposer. Son discours, qui ne tient guère que huit colonnes de l'Officiel^ dura cependant près de trois heures, haché de toutes sortes d'interruptions. Maïs il se fit écouter, il montra très clairement l'équivoque, le peu de courage et de franchise des meneurs, et ses paroles ont eu un immense retentissement.

Le président du conseil monta une dernière fois à la tribune et dit qu'après avoir examiné la situation avec ses collègues, il ne lui semblait pas que ia suppression du budget des cultes dût bouleverser les relations de l'Église et de l'État. Les cultes divers continueraient à jouir des églises et des presbytères, le gouvernement continuerait à. nommer les évéques et les curés-doyens, rien ne serait changé aux relations antérieures : seulement lesévêques,les prêtres, les pasteurs et les rabbins cesseraient d'émarger di-

rectement au budget ; quant aux réparations aux églises et aux presbytères, les cultes pouvant être considérés comme locataires, le code civil réglaitluiméme la répartition des réparations, celles qui imcombentau locataire, celles qui sont à la charge des propriétaires. État, département ou commune.

Quelques orateurs de droite voulurent montrer combien tout ce plan était artificiel et précaire. On ne voulut rien entendre. On passa au vote. Des israélites et des protestants demandèrent la division. Le budget du culte catholique fut supprimé le premier par 318 voix contre 196, pas un vote franc-maçon même du centre n'a manqué dans Turne ; le budget du culte protestant, après un débat assez vif, eut le même sort par 280 voix contre 250, et enfin

le budget du culte israélite par 275 voix contre 203. Le budget du culte musulman fut conservé pour l'Algérie. Le dernier vote eut lieu le 28 décembre à dix heures et demie du soir.

Au Sénat Tordre de la discussion fut interverti. Dès le 30 décembre au matin, après un semblant de discussion générale on passa tout de suite au budget des cultes. Un grand et noble discours d'un sénateur du centre faillit raffermir les courages ébranlés et rallier un moment une majorité ; mais, par un artifice de procédure on suspendit la séance avant de passer au vote ; dans l'intervalle, l'effet du discours fut effacé par des influences d'autre nature, et le soir enfin le budget des cultes était supprimé.

Tous les évoques de France étaient prévenus. Dans les réunions diverses de l'année nous avions pris

nos mesures. Toutes les valises étaient bouclées. Échappant aux investigations sagaces des commissaires des diverses gares, le 31 décembre dans la matinée nous étions à peu près tous réunis dans une grande ville du centre soigneusement choisie à la fois pour les facilités qu'elle offre à une concentration et pour les moyens dont on y dispose pour sous-» traire à la curiosité du public ou aux indiscrétions de la police une réunion, fût-elle môme plus importante.

il fallait que chacun de nous fût de retour le len demain dans son diocèse. Nos instants étaient donc comptés. Nous nous mimes promptement d'accord r>ur le texte d'une protestation à adresser au public, d'une adresse au Saint-Père. Nous arrêtâmes aussi les principales lignes de la conduite à tenir : 1® cesser immédiatement toute relation avec le gouvernement et ses représentants, sauf pour Tusage des locaux laissés à notre disposition, laisser sans réponse toute lettre qui n'aurait pas pour objet une affaire relative à ces locaux ; 2** ne plus convoquer les maires comme tels aux réunions des conseils de fabrique et ne plus les y admettre ; 3° faire d'abord chaque dimanche une quête dans toutes les églises pour subvenir à la subsistance des prêtres, en attendant que nous puissions nous entendre de nouveau sur la manière de nous procurer des ressources ; 4** interdire aux prêtres d'accepter l'hospitalité dans les familles ou même les dons manuels qui auraient une certaine importance. Toutes les offres et les dons devront être centralisés dans les évéchés. 11

importe en effet que tous les prêtres puissent vivre, que les uns ne soient pas privés de tout, tandis que les autres seront comblés ; il importe aussi qu'aucune famille, si bien intentionnée qu'elle soit, n'héberge le prêtre, ni fournisse directement à sa subsistance, en sorte que le prêtre risque d'apparaître non plus comme le pasteur de tous, mais comme le familier, le commensal et peut-être presque le domestique de quelques-uns.

C'est sur ma proposition qu'a été votée cette dernière résolution. J'ai eu à insister fortement pour qu'on l'adoptât. Il est enfin convenu que nous aurons encore une autre réunion semblable dans le courant de ce mois. Une convocation sera envoyée par télégramme à des adresses et en un langage convenus. Trois des plus jeunes, parmi lesquels je me trouve, sont chargés de choisir la ville, le moment, et d'envoyer les convocations convenues, pour éviter toute entrave de la part du gouvernement. Nous déciderons alors s'il y a lieu de nous réunir solennellement.

Le 1"' janvier nous étions à peu près tous rentrés au chef-lieu de nos diocèses. Nous avons reçu les mêmes visites officielles que l'an passé. Partout les préfets se sont présentés à l'évêché ; partout on les a reçus et la visite a été rendue ; partout les préfets ont dit que les relations n'étaient pas rompues, que le Concordat n'était pas dénoncé, que le budget, bien qu'ayant été supprimé cette année, pourrait bien être rétabli pour l'exercice suivant, qu'en conséquence il n'y avait à peu près rien de changé et

que le gouvernement entendait maintenir tout le reste du Concordat; partout il fut répondu que les relations personnelles demeureraient courtoises, comme elles Tavaient toujours été, mais que, quant aux relations d'affaires, il ne dépendait pas des prélats que les conséquences inévitables du vote du Parlement, approuvé par le ministère, ne se produisissent pas.

L'émotion, ainsi qu'on peut le penser, a été immense dans le clergé et parmi les fidèles. Nous avons tous, d'un consentement unanime, par des lettres particulières, ordonné aux prêtres de garder la plus extrême réserve. Il était difficile de contenir les fidèles.

Dès le lendemain du vote définitif, alors que les journaux purement religieux, tels que V Univers y la Croix, le Fêvpîe français, la Vérité, le Globe catholique^ hésitaient encore, attendant des ordres ou du moins des indications, les journaux d'opposition purement monarchique ouvraient bruyamment des listes de souscription, les journaux monarchiques des départements emboîtaient le pas. Les souscriptions affluèrent les deux premiers jours, à peu près toutes accompagnées dMnjures à l'adresse de la République, des constitutionnels, des évêques même et des prêtres qui, acceptant la constitution, avaient obéi aux Papes. Le thème constant de tous ces journaux était : « L'Église a abandonné les monarchistes pour aller aux républicains; à l'heure du péril, ce sont les républicains qui l'asservissent, les monarchistes qui la défendent. » — Et ainsi se continuait cette politique

néfaste qui consiste à rendre l'Ëglise solidaire d'un parti qui ne représente plus que des souvenirs, de troubles espérances et Topinion d'une infime minorité.

Il fallait parer ce coup, à tout prix conserver notre indépendance. Pour cela, avant toute chose, la nécessité s'imposait d'ouvrir une souscription dans les journaux purement religieux. J'écrivis de ma propre initiative aux cinq grands journaux de Paris que j'ai nommés plus haut, les engageant à ouvrir une souscription en faisant entendre qu'ils étaient les seuls à avoir reçu mission pour cefa. Et en même temps je sollicitai l'avis de tous mes confrères dans l'épiscopat. J'insistai pour leur montrer la nécessité d'avoir avec notre presse des relations plus suivies et presque ofiRcielles, non pour la diriger, mais du moins pour l'encourager et la renseigner. A propos de la souscription en particulier, je montrai la nécessité : 1" de mêler et de confondre dans une caisse nationale commune les produits des souscriptions ouvertes dans les grands journaux parisiens, quitte à en retenir une partie destinée à être versée entre les mains du cardinal archevêque de Paris pour subvenir aux besoins particuliers de son diocèse ; 2" d'ouvrir dans les Semaines religieuses des souscriptions qui, mêlées et confondues avec le produit des souscriptions des autres journaux des départements, seraient versées entre les mains de l'évêque diocésain. Pour les souscriptions envoyées aux journaux qui dépassent les limites d'un diocèse, il y aura lieu d'en tenir compte en vue d'une répartition ultérieure.

Mais ce qui importe avant tout, c'est que les souscriptions ne soient faites qu'au seul titre catholique et que toute question politique en soit écartée.

En même temps que j'écrivais aux évoques, dans ma lettre aux grands journaux catholiques de Paris, Je priais les directeurs de ces journaux de développer eux-mêmes ces idées, si elles leur paraissaient justes, et j'ajoutais qu'il me semblait que cette tactique servait leur cause et même leurs intérêts en leur donnant cette note originale et caractéristique qui leur avait trop souvent manqué. — Mais il y a là de graves questions et qui ne peuvent êlre résolues que dans une assemblée nouvelle de tous les évêques.

Les journaux qui n'avaient que des visées politiques ont paru assez déconcertés quand ils ont vu que leurs confrères, à peu de jours de distance, ouvraient aussi une souscription et que le produit de leurs collectes devrait se confondre avec le produit de toutes les autres dans une caisse commune. Chez ceux-ci l'enthousiasme pour la souscription a visiblement baissé. D'autres, plus sincèrement religieux, ont continué à faire de chaleureux appels à la charité des fidèles. Ce sont là autant d'indices dont il faut bien tenir compte pour savoir au juste sur qui nous pouvons compter.

En attendant, depuis à peine huit jours que les souscriptions sont ouvertes, il a été recueilli près de quatre millions, c'est-à-dire de quoi remplacer pendant près de deux mois les fonds qui nous étaient alloués par la dotation des cultes. D'ici là nous avons

le temps de nous organiser et de voir venir. Car il serait insensé de nous fier à la continuation de ce mouvement. Ce n'est qu'un premier élan, un beau feu, mais sans doute un feu de paille. Il faut trouver des ressources constantes et régulières.

A tous ceux, prêtres ou fidèles, ou même fonctionnaires et mondains indiflérents qui viennent, tout affairés et bourdonnants, voir à l'évéché comment nous prenons la chose, je montre le même visage souriant et calme. « Le Parlement a commis une iniquité, mais nous avons pleine confiance en la Providence, nous vivrons comme nous pourrons, peut-être avec moins d'aisance mais avec plus de liberté. »

Le 12 janvier. — Je suis informé par les curés que les offres d'hospitalité affluent. Des châteaux, des maisons de campagne s'offrentpour loger le curé eton propose de subvenir aux frais de sa nourriture. Je réponds à tous de prendre acte de ces offres, de remercier et de dire qu'il n'y a pas urgence, qu'on Terra plus tard. Les dons en nature ou en argent peuvent être acceptés, mais à la condition que leur valeur soit versée dans la caisse commune du diocèse.

Le gouvernement est, paraît-il, furieux de notre réunion du 31 décembre. Il est décidé à empêcher à tout prix que la chose se renouvelle. J'en ai été assuré par un pli ministériel accompagné d'une lettre préfectorale. Ainsi qu'il avait été convenu, je n'ai pas accusé réception. Les journaux ont publié hier soir le communiqué gouvernemental. Ce soir les

journaux religieux de Paris publieront la note suivante :

« Si nous sommes bien informés, aucun de Nosseigneurs les évoques n'a accusé réception au ministre des cultes de la communication qull a cru devoir leur adresser.

« Il serait par trop commode de ne plus payer et de vouloir encore s'arroger des droits. »

Nous verrons ce que répondra le gouverne- 'ment.

Le 15 janvier. — Le préfet s'est présenté hier à Tévêché. J'ai envoyé l'abbé Gallet pour lui dire que je ne demandais pas mieux que de l'entretenir à titre d'homme privé, mais que je me refusais absolument à avoir un entretien avec le préfet du département. Un moment décontenancé, il a cependant insisté pour me voir au titre que je voudrais.

Je l'ai alors reçu dans le petit salon qui précède mon cabinet. Il a voulu m'entretenir de nos affaires, j'ai eu Tair de ne pas entendre, je lui ai demandé des nouvelles de la préfète, et causé du temps qu'il fait — neigeux et froid entre parenthèses. — Il a insisté. Je me suis levé alors et je lui ai dit :

— Par le fait seul de la suppression du budget des cultes, nous considérons le Concordat comme dénoncé, les articles organiques tombent par là-même, nous redevenons des citoyens comme les autres et nous ne devons aucun compte au gouvernement de nos allées et venues. Si le gouvernement tentait par la force de s'y opposer, il pourrait compter

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que ses agents seraient poursuivis pour arrestation, arbitraire.

— Cependant, Monseigneur, ce palais que vous habitez, vous ne Thabitez qu'en vertu du Concordat.

— Je suis prêt à en sortir quand vous voudrez. Mais je vous préviens qu'il faudra me mettre dehors.

Le préfet s'est retiré, mais que je suis donc impatient de savoir ce qui se fait ailleurs et comment ont agi mes vénérables confrères 1 II faut nous réunir le plus tôt possible et avant tout créer un organe qui nous metle les uns avec les autres en communication rapide et sûre. J'écris ce soir à mes deux confrères chargés avec moi de la préparation d'une réunion nouvelle

Le 16 janvier, — Il fallait que la réunion fût bien, nécessaire. Ce matin j'ai reçu une lettre de chacun de mes deux confrères me répétant à peu près dans les mêmes termes ce que je leur écrivais moi-même hier au soir. Nous nous réunirons tous les trois dans, la journée de demain.

J'ai envoyé les quatre chanoines les plus ingambes, tous ces derniers dimanches, assister au prône de diverses paroisses rurales sur les points les plus différents du diocèse. Ils continuent ainsi la besogne d'inspecteurs que je leur avais confiée dans les derniers mois de l'année dernière. Tous me disent que les curés sont très prudents, que leur zèle est échauffé plutôt qu'amoindri par la prévision des hittes prochaines.

Cependant j*ai vu les membres les plus inûuents

de toutes nos associations. Il a été décidé que des conférences allaient être faites dans toutes les paroisses rurales par des hommes capables de se faire écouter. On choisira de préférence pour chaque paroisse les conférenciers qui y ont déjà porté la parole sur d'autres matières. Car j'ai trouvé tout organisée dans le diocèse à mon arrivée, une association de conférences rurales composée de jeunes gens qui, dans chaque arrondissement, se sont distribué les cantons et les communes et vont, chaque fois qu'il y a un événement intéressant : découverte, voyage, expédition coloniale ou même changement d'orientation politique, mettre au courant les paysans. Dans plusieurs diocèses existent des associations semblables. Elles se recrutent parmi les jeunes catholiques désireux de servir et capables de le faire. Elles ont pour guide et pour organe une revue qui «e publie à Paris, où l'on signale les sujets qui peuvent intéresser les diverses régions du pays et où. l'on donne tous les renseignements nécessaires pour les conférences, parfois la conférence elle-même toute faite. N'entre pas qui veut dans cette élite de conférenciers : elle est soigneusement fermée à tous ceux qui, par la légèreté de leur conduite, ne s'imposent pas au respect de l'auditoire. Il ne suffît pas d'avoir fait ses classes pour y entrer, il faut encore porter la parole avec convenance et autorité ; les quartiers de noblesse, la particule ou le renom de vieille bourgeoisie n'y servent de rien; on admet 4iussi bien les employés de commerce et les travailleurs manuels que les jeunes hommes les plus di-

plômés et les plus titrés ; on n'exige que deux choses : la respectabilité de la conduite individuelle, le désir de servir la cause de Dieu et le talent nécessaire au moins pour s'assimiler les conférences de la revue et les débiter avec autorité en s'adaptant aux divers milieux. Sont soigneusement mis à l'écart les dissipés, les brouillons et les amateurs de réclame et de tapage.

Il est bien clair que les ambitions politiques ne sont pas interdites aux conférenciers et, de fait, c*est parmi eux que, depuis dix ans, se sont recrutés tous les candidats catholiques. Ils ne logent presque jamais dans les presbytères, mais ils sont très bien avec les curés.

Les conférences sont d'ailleurs très objectives et faites de façon à soulever le moins possible de discussions. Il en sera de même cette fois encore. On va parler partout de la suppression du budget des cultes ; mais, selon les lieux, on racontera ou la formation de la propriété ecclésiastique sous l'ancien régime, ou la façon dont cette propriété a été détruite sous la Révolution, ou l'histoire du Concordat, de manière à bien établir que le droit de propriété a été lésé et que cette première injustice ouvre la voie à toutes les expropriations rêvées par les socialistes. Il sera enfin nécessaire de montrer à ceux qui veulent que le culte se continue, que la religion ne soit pas détruite : l'' que leurs impôts ne seront pas diminués d'un sou par la suppression du budget des cultes ; 2° qu'ils vont être obligés de subvenir directement à la subsistance des ministres de la re-

ligion. Car la religion ne peut exister sans prêtres, le prêtre a besoin de vivre et, pour vivre, il faut des aliments. Bientôt d'ailleurs, par la force des choses, les églises seront enlevées au culte et les curés expulsés de leurs presbytères.

Telles sont les idées qui vont être développées partout où nos jeunes orateurs sont à peu près assurés d'avoir l'oreille de leurs auditeurs.

En attendant nous, évéques, nous allons prier et veiller.

Le 28 janvier. — Notre réunion nationale a eu lieu le 25, avant-hier. Nous n'avons pris cette fois à peu près aucune précaution. Nous sommes tous partis de notre ville épiscopale par les trains directs et sommes tous arrivés en soutane dans la ville désignée. La seule précaution que nous ayons prise a été de ne porter aucun signe extérieur de la dignité épiscopale. Noire réunion a duré aussi plus de temps. Nous avons délibéré durant deux jours, le 25 et le 26, deux séances chaque jour de trois ou quatre heures chacune. Tout le monde est résolu. 11 n'y a même pas un hésitant.

Le cardinal de Paris nous a apporté les nouvelles de la nonciature. On y paraît très perplexe. Le nonce a prétexté une maladie pour ne pas paraître aux réceptions du ("janvier. Les relations ne sont pourtant pas officiellement rompues. Il paraît que le gouvernement, qui sent dans quelle redoutable aventure il s'est engagé, tâche de persuader au nonce que la suppression du budget des cultes n'est

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que temporaire, que l'année prochaine il se pourrait que le budget fût rétabli, que cela dépendra beaucoup de l'attitude du Saint-Siège, de la sagesse des prêtres et des évéques.

Et s'il y avait en effet de ce côté quelque motif d'espérer, on conçoit qu'on ferait mieux de temporiser. Mais il n'y a bien évidemment aucun espoir. Ce serait vouloir se leurrer soi-même et s*aveugler. Il n'y a pas d'exemple qu'une assemblée française soit revenue sur une mesure de ce genre et ait ainsi de gauche à droite rebroussé chemin. Les pentes se descendent et ne se remontent pas. D'ailleurs, ce repentir fût-il réel, le peu d'élasticité du budget ne permet pas de lui donner suite. Le surcroît de dépense créé cette année engage l'avenir. Il faudrait pour nous indemniser de nouveau créer de nouveaux impôts. C'est impossible, aucun gouvernement ne s'y risquera.

Ces raisonnements ont, paraît-il, à peu près convaincu le nonce. Il est probable que le Saint-Père va écrire une lettre au gouvernement pour déclarer qu'il considère le Concordat comme dénoncé. D'ailleurs l'occasion va naître. Il va falloir se décider. Il y a cinq évêchés vacants. Le Saint-Siège va~t-il y pourvoir directe!*) ent ou attendre la présentation du gouvernement V Il faudra prendre parti.

D'autre part et, à vrai dire, nous ne devons pas désirer, J 'Église ne doit pas désirer retourner dans la position fausse d'où elle est sortie. Elle n'a rien fait pour brusquer les choses. Ce sont ses ennemis qui l'ont délivrée. Mais elle l'est et veut le rester, fûtce au prix des persécutions.

Les décisions qui ont été prises par rassemblée sont au nombre de trois principales :

Nous devons conserver l'usage des évéchés, presbytères, cathédrales, églises et lieux de culte public, jusqu aumoment otionnous en expulsera par laforce.

Les fonds recueillis par souscriptions doivent être centralisés et répartis selon les règles que j ai proposées. Il y aura trois sortes de caisses : une caisse nationale, des caisses régionales et des caisses diocésaines. La caisse nationale, alimentée par une partie des souscriptions des grands journaux parisiens et, à leur défaut, par une part prélevée sur les souscriptions diocésaines, est destinée à subvenir aux frais généraux de la lutte qui va nécessairement s'engager. Elle doit servir aussi à répartir les dons volontaires au mieux des intérêts généraux, car ces dons peuvent affluer ici, être même surabondants, tandis qu'ailleurs ils seront maigres et rares. Elle est administrée par un comité composé du cardinal de Paris, président ; de Mgr Bernard, archevêque de Montauriol, vice-président ; des trois évêques déjà chargés delà convocation de l'assemblée. J'ai insisté pour qu'on nous adjoignît deux prêtres et deux laïques connus par leur zèle, leurs vertus privées et leurs talents politiques.

Les caisses régionales sont alimentées par une partie des souscriptions des journaux régionaux et sont administrées par les évêques de la région, assistés de quelques prêtres et de quelques laïques choisis par eux, à raison de un prêtre et un laïque par diocèse.

Les caisses diocésaines sont alimentées par les quêtes et les souscriptions recueillies par les Semaines religieuses ou spécialement affectées au diocèse. L'évêque les administre avec l'aide de prêtres et de laïques qu'il désigne à cet effet. A propos des dons en nature il fut décidé que chaque curé devrait en tenir registre et en adresser tous les trois mois l'évaluation à l'évêché. Il ^ a en effet, à ma connaissance, des curés qui ont déjà reçu en dons de ce genre (blé, vin, poulets, œufs) l'équivalent d'une bonne partie de leur traitement. D'autres ne reçoivent à peu près rien. 11 est juste de tenir compte de tout cela dans la répartition des dons en argent.

Il fut convenu qu'on commencerait par servir le traitement des desservants, que les cures au casuel abondant seraient invitées à alimenter les caisses diocésaines. Mais tout cela n'est que transitoire aussi bien que l'élan généreux des fidèles. Il faut, autant que possible, assurer l'avenir. Il y a là un problème redoutable. On a mis en avant plusieurs systèmes. J'ai proposé de demander aux curés de nos paroisses directement intéressés dans la question ce qu'ils en pensaient. Nous avons là une occasion merveilleuse de faire participer les prêtres au gouvernement de l'Église dans la mesure même où les canons le permettent. C'eût été un crime de ne pas en profiter. Il a donc été décidé que des synodes diocésains seraient partout réunis et que, dans notre prochaine réunion, d'avance fixée à Tours pour le mois de mars, les décisions définitives seront prises d'après les résultats des délibérations des synodes.

Notre troisième résolution eut la presse pour objet. Il fut décidé que le bureau chargé d'administrer la caisse nationale se mettrait en rapport avec tous les journaux disposés à soutenir les justes revendications de l'Église. Trop pauvres pour en subventionner aucun, nous réserverons cependant la primeur de toutes nos communications officielles à ceux qui s'engageront à se taire ou à parler selon que nous le jugerons à propos. Déjà nous sommes assurés du concours de trois feuilles importantes. Si mes avis sont écoutés, nous n'userons que très rarement de notre droit de direction. Une presse amie et libre vaut mieux qu'une presse trop timide et obéissante. Il ne faut pas interdire à nos journaux de publier une nouvelle déjà connue et que d'autres publieront. Il faut réserver le secret pour ce qui est véritablement secret et que la presse ne peut découvrir par ses moyens ordinaires d'information. L'essentiel est de se maintenir en relations constantes avec l'opinion par les journaux.

Telles ont été nos principales résolutions. Elles commencent à faire dans la presse un bruit énorme. Les journaux radicaux jettent feu et flammes. Nous nousbornons àfaire soutenirpar nos amis que l'Église n'est point factieuse, que rien dans la loi ne lui interdit de vivre, qu'en supprimant le budget des cultes le Parlement n'a nullement entendu la supprimer, c'est ce qui résulte de toute la discussion ; elle a donc le droit de chercher les moyens de vivre autrement que par le budget. Et elle ne fait pas autre chose. — Sur ce terrain, où nous nous appuyons sur les paroles des

ministres, nous sommes à peu près inexpugnables. La grande majorité de Topinion se déclare pour nous. Même des journaux maçonniques hésitent devant la persécution ouverte. Parmi les autres, déjà le Petit Journal^ le Temps^ les Débats^ le Figaro^ pour ne citer que les plus lus, commencent une campagne pour montrer qu'il est nécessaire de voter au plus tôt une loi sur les associations, qui permette aux diverses confessions religieuses de vivre et de se perpétuer librement sous la protection de la loi.

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