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A. — LETTRES ET ARTICLES

PUBLIÉS PAR Le Monde A PROPOS DES Lettres d'un Curé de Campagne (i)

Nous recevons la lettre suivante :

Simiane (Basses- Alpes), 20 avril 1893.

Monsieur le rédacteur,

Un de vos abonnés pouvait trouver intéressants les articles de votre journal intitulés : Lettres d'un curé de €amp<igne. D'autres pensent que vous vous êtes fourvoyé en les publiant. Car, si elles sont d'un curé, ces lettres ne lui font pas honneur, et si elles sont d'un laïque, elles ne rhonorent pas davantage.

Vous pouvez publier ma lettre et vous me ferez même plaisir de l'insérer dans un de vos plus prochains numéros.

Recevez, monsieur le rédacteur, l'assurance de ma

considération distinguée.

A. Fayet, curé.

Le Monde, Î27 avril 1893.

(1) Voir préface, p. m.

Le très honorable correspondant dont nous avons inséré la lettre dans notre numéro du 27 avril nous a répondu. 11 ne paraît pas désirer que sa nouvelle lettre soit publiée. Il se contente d'ailleurs de maintenir ses appréciations et de soutenir que notre « Curé de campagne » « manque de dignité en mille manières », qu'il « prête à rire et à se moquer à ses dépens ».

En tout état de cause, nous étions parfaitement décidés à continuer la série de ces articles. Us nous paraissent correspondre à un besoin ; nous étions forts d'ailleurs du sentiment que nous avons des nécessités de ce temps, et surtout des nombreuses approbations que nous avions reçues, parmi lesquelles, on nous permettra de le dire, des encouragements épiscopaux non moins autorisés que précieux. Nous reprendrons donc prochainement les ce Lettres d'un curé ù. Si nous en avons un moment interrompu la publication, c'a été simplement pour rompre la monotonie d'une série déjà longue ; notre honorable correspondant a eu ainsi le temps de donner à ses objections une formule précise.

Cette formule n'est pas venue, mais par contre une foule de lettres nous ont été adressées. Parmi elles deux seulement sont nettement opposées à la continuation de notre publication. La première, signée d'un honorable curé du Jura, — nous n'avons reçu qu'une lettre anonyme, et il est bien entendu qu'elle

est pour nous tout entière non avenue — se contente de dire que nos Lettres lui « déplaisent souverainement ». C'est très net comme appréciation, mais peu nourri comme raisonnement.

La seconde lettre, signée d'un vicaire d'une des grandes paroisses de Paris, condamne les Lettres cTtrn curé de campagne parce qu'elles seraient, d'après lui, écrites par un laïque, lequel n'aurait pas qualité pour donner des leçons de formation sacerdotale. Gros-Jean ne doit pas en remontrera son curé. C'est aussi l'avis, d'après notre correspondant, de « plusieurs chrétiens laïques très cultivés ». Le curé de Saint-Julien serait d'ailleurs « tantôt ennuyeux, tantôt déplaisant ».

Ceci est affaire d'appréciation. Un paysan comme notre « curé » ne saurait prétendre à divertir un vicaire de Paris. On ne peut répondre à cela ; mais on peut répondre aux raisons.

Le « Curé de campagne d dont M. Le Querdec publie les lettres est-il un prêtre, est-il un laïque? Cela ne regarde personne. Ces lettres valent ce qu'elles valent, quel que soit l'habit de celui qui les a écrites. Et quand elles seraient tout entières d'un laïque, est-il interdit à un laïque de dire quel serait son idéal de l'action sacerdotale? Un laïque n'a pas le droit d'enseigner la théologie, soit, encore que le sacerdoce ne soit pas indispensable pour faire un théologien. Un laïque ne saurait donner son avis sur la formation mystique du prêtre, ni sur la dispensation des sacrements, nous l'accordons. Mais un laïque peut connaître ses besoins et ceux de ses

frères; il peut dénoncer le mal des âmes et suggérer quelles seraient, à son avis, les façons de s'y prendre pour arriver jusqu'à ces âmes. Si le malade est incompétent pour prescrire la médication, lui est-il interdit d'indiquer au médecin quel escalier il doit prendre pour arriver jusqu'à lui? Ne peut-il même indiquer sur quel ton il voudrait qu'il lui fût parlé pour exciter sa vaillance ou ménager sa faiblesse ?

Un laïque peut donc indiquer aux prêtres divers modes d'action sociale auxquels la nouveauté des temps n'a pu encore les habituer; tel du moins a été l'avis de « Thomme d'œuvres » qui publiait l'autre jour à l'imprimerie du journal la Croix un roman intitulé : le Curé de campagne où les lettres de notre collaborateur sont très honorablement citées; et tel est aussi l'avis des nombreux correspondants qui nous ont écrit de tous les points de la France et qui, prêtres à la fois et curés de campagne, savent apparemment ce qui leur convient aussi bien qu'un vicaire de Paris. Car, si un laïque est incompétent pour les choses sacerdotales, que dire d'un Parisien pour les choses de la vie rurale ?

D'ailleurs, que nos correspondants se rassurent : l'incompétence de notre collaborateur est moins réelle qu'ils ne le croient. Et d'abord, c'est un rural, un paysan qui connaît pour y avoir longtemps vécu, pour y vivre peut-être encore, les choses et les gens delà campagne; ensuite, qu'il soit ou non prêtre lui-même, il écrit d'après des notes, des confidences, des observations prises sur le vif. Il fait ce qu'il peut

pour écrire proprement et ne pas ennuyer ses lecteurs. S*il n*y réussit pas, que celui au sermon du* quel personne n*a jamais dormi lui jette la première pierre.

Il ne prétend pas donner pour modèle le curé de Saint- Julien. Il montre ce que ce prêtre a cru devoir faire; il dit ses insuccès aussi bien que ses réussites. Le curé de Saint-Julien croit qu'à des temps nouveaux il faut des pratiques nouvelles. Le prêtre doit-il, comme le prétendait jadis un directeur de séminaire, ne se montrer qu'à l'autel, au confessionnal ou au lit des mourants? ou doit-il, comme le bon pasteur de TËvangile, aller dans le désert, à travers les épines, les cailloux et l'aridité des sables,, chercher la brebis perdue? Telle est la question. Les destinées de l'Église en notre pays, et par conséquent de la France même y sont attachées. Pour nous, suivant le précepte du divin Maître, nous croyons au rôle social du prêtre. Comnient ce rôle sera-t-il rempli? C'est ce que cherche le curé de Saint-Julien. Il tâtonne, il essaie, il réussit, il se trompe. Mais par là il éveille des idées. Alors mém) qu'il se fourvoie, il fait voir comment il s'est fourvoyé. D'autres plus heureux sauront éviter l'erreur. Les censeurs, d'ailleurs, ne manqueront pas pour le remettre dans le droit chemin. Il sait qu'il peut compter sur leur charité.

Pour nous, notre tâche sera remplie si nous avons, même au risque de déplaire, contribué pour notre modeste part à créer un mouvement. Ce mouvement, grâce à Dieu, existe dès aujourd'hui, la

poste nous en apporte tous les jours des preuves. Nous remercions sincèrement tous nos honorables correspondants, quelque opinion quMls aient soutenue. Nous sommes d'accord avec tous dans la'i)onne volonté. Ne pouvant citer en entier toutes ces lettres, nous nous contentons d'en reproduire les passages les plus saillants, évitant avec soin toute citation qui pourrait avoir un caractère désobligeant pour ceux qui ne goûtent pas la prose de notre « Curé ». Nous devons à la vérité de dire que quelques lettres sont un peu vives.

Grand séminaire de... 28 avril.

Les lettres d'un curé de campagne sont fort intéressantes, pleines d'esprit et d'une actualité saisissante. Je tiens à conserver la lettre dans laquelle le jeune prêtre raconte sa première visite à ses confrères du voisinage.

A., professeur de morale,

R... (Somme), 27 avril.

Puisqu'il y a controverse sur les Lettres d'un curé de campagne, je puis bien vous exprimer mon avis ; c'est une approbation entière. Rien ne me parait plus conforme à la direction du Souverain Pontife et à la nécessité des temps. Je félicite l'auteur de ces lettres de si bien comprendre notre situation. Je souhaite qu'il soit ecclésiastique, pour l'honneur du clergé.

Ce n'est pas mon avis seul que j'exprime; c'est l'avis de tous ceux qui reçoivent votre journal ici et de ceux, plus nombreux encore, qui le lisent avec nous.

M..., curé.

C... (Jura), 27 avril Vous me permettrez de ne pas être de l'avis de votre

nonorable correspondant M. Fayet et de vous demander si vous avez l'intention de publier lesdites lettres en brochure.

B^.., curé,

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