XII PRÉFACE
C'est avec une conscience parfaite de leur erreur que l'auteur les a laissés parfois se tromper. Il n'a d'autre raison à les avoir laissés faire, que de les avoir vus agir ou parler ainsi. Un écrivain, soucieux de vérité et de vie, n'est pas aussi libre qu'on le croit de rectifier tout à fait ses personnages. Avant tout le souci de son art le pousse à faire vrai, et, s'il paraît négliger un idéal impossible, abstrait, c'est pour se rapprocher d'un autre idéal, de l'idéal de la vérité et de la vie, de la vérité humaine, de la vie humaine qui, alors même qu'elles seraient pénétrées de l'esprit surnaturel et divin, ne laissent pas que d'être et faillibles et incomplètes. C'est pour cela encore que l'auteur n'a pas donné au curé de Saint- Maximin la fin toute sereine qu'on eût pu rêver, qu'il lui a laissé endurer une agonie qui a scandalisé quelques bonnes âmes.
C'est par là que nulle part il n'y a ni modèle ni leçon. C'est ainsi que le simple souci de l'art peut sauver de l'impertinence. Que si maintenant quelques-uns, par la vue de cette vie sacerdotale et épiscopale, sont incités à agir de façon semblable ou contraire, l'auteur aura assez atteint son but, qui est moins de diriger de côté ou d'autre que de donner le spectacle de la vie et, par ce spectacle même, d'exciter à vivre.
Et ainsi l'auteur pourrait dire : Je ne suis pas
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sûr du tout que ce qu'on dit ou ce qu'on fait dans mes livres soit tout le meilleur que l'on eût pu dire ou faire. Peut-être moi-même, si j'avais h pai'ler ou à agir en des circonstances semblables, je parlerais et agirais tout autrement, croyant ainsi faire pour le mieux, comme mes personnages l'ont pensé eux-mêmes. Beaucoup sans doute de leurs idées sont miennes, mais leurs caractères ne sont pas le mien, car, s'ils sont des créations de moi, ils ne sont pas du tout moi. Si ces livres ont la prétention de signifier quelque chose, de vouloir inculquer une vérité, c'est que rimitation servile est la mort de toute action efficace, c'est que, pour vivre véritablement, il faut sans doute regarder autour de soi et tirer du dehors les matériaux de la vie, mais qu'il faut, encore et surtout, s'assimiler les matériaux extérieurs, les transformer en sa propre substance et réagir personnellement. Et cela ne s'oppose point au précepte évangélique qui veut qu'on s'oublie et se perde soi-même, car on n'est jamais plus soi et on ne marque jamais ses actes d'un cachet plus personnel que lorsqu'on travaille à se perdre et à s'oublier. C'est la gloire et le triomphe du sacrifice. « Qui se perd se trouve. »
Ce n'est d'ailleurs pas pour les besoins de la cause que Ton fait ici appel à de tels principes Si l'on veut bien se le rappeler, dès le début des