‹ Le journal d'un évêque, publiéChapitre 9 sur 37 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

Lettres ctun curé de Canton (1), deux longues lettres, Tune du curé, l'autre de Jacques Voisin, ont pour but de dire que le curé de Saint-Julien n'a point de méthode, qu'il n'a qu'un esprit et que cet esprit se diversifie avec les personnes et les circonstances. « Il n'y a pas de méthode pour agir, dit Jacques Voisin, il n'y a pas de méthode pour aimer. Or ce n'est que par l'amour que l'on arrive jusqu'aux consciences, que Ton convertit les âmes. » Rien donc n'est moins doctoral que ces livres, personne n'a moins voulu « donner des leçons », et, si de très nombreux prêtres ont bien voulu écrire à l'auteur — ces lettres sont l'honneur et la consolation de sa vie — que la lecture de ces ouvrages a pu leur servir dans leur haut apostolat, c'est parce qu'ils ont su mettre à profit les renseignements positifs, économiques ou sociaux, que contiennent en effet ces Lettres; leur zèle apostolique, leur charité intérieure ont seuls donné la vie à leurs œuvres, la grâce de leur sacerdoce a agi en eux et ils ont pu faire œuvre vivante là où l'auteur eût été certainement impuissant. Là se trouve la supériorité et la divine maîtrise de ceux que Dieu a choisis et qu'il a oints de son chrême. Us sont nos pères et nos maîtres, et nul plus que nous ne les aime et ne les vénère. Et qui sait mieux que

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nous les trésors de foi, d'abnégation, de simple bonté, de hauteur d'âme, de forces intellectuelles, de bonne volonté que renferme le clergé français depuis les chefs revêtus de pourpre jusqu'au plus humble des vicaires habillé de noir?

Tout ceci explique la forme singulière donnée au récit. Si Ton veut bien le remarquer, il y a dans tous ces livres bien peu de formules générales et, là où il y en a, on les trouvera presque toujours atténuées par des restrictions. Les esprits intransigeants et dogmatiques auront beau faire, il leur sera toujours bien difficile de transformer ces ouvrages en traités doctoraux et pédantesques. Comme la vie même, ils abondent en nuances. S'ils ont eu un but, c'a été de donner l'impression de ce qu'il y a précisément de nuancé et de relatif dans la vie. Il n'y a que les principes abstraits qui soient et qui puissent être absolus et catégoriques. Dès que Ton en vient à la vie même, tous les contours s'atténuent et s'infléchissent. Il n'y a pas de morale sans une casuistique. Il n'y a pas de méthode universelle qui puisse indifféremment s'appliquer partout. C'est Tesprit seul qui persiste et maintient à tra-

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