‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 12 sur 36 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

n'en eût point été diminuée, et même qu'elle eût grandi dans répreuve. Mais peut-être vaut-il mieux que l'épreuve lui ait été épargnée, et qu'elle n'ait eu à triompher que de celles qui allaient lui être communes avec la France même.

Cette épreuve finale était loin encore. Pourtant Marie- Edmée en eut longtemps d'avance le pressentiment ; car à l'époque où l'insurrection de la Pologne menaçait de mettre l'Europe en feu, elle partageait pour la France les sombres pressentiments de M. de Montalembert.

En attendant, il fallait vivre et se décider; Marie- Edmée, à qui cet échec rendait plus pressant le soin de se créer une position , se tourna avec plus d'ardeur que jamais du côté de l'art. S'il lui en avait coûté, on vient de le voir, de renoncer à son voyage de .Domremy pour attendre chez elle l'audience d'où son sort allait dépendre , combien lui eût-il été autrement pénible de se détourner des sentiers sacrés de l'art qui l'attiraient par tant de voix bénies, pour entrer dans les détours du monde inconnu qui avait failli lui être ouvert !

Cette vie austère et laborieuse dans laquelle elle allait désormais marcher d'un pas si ferme et si résolu, elle l'avait inaugurée depuis quelque temps déjà par la prise de possession d'un logis nouveau qui était devenu comme le cadre de son existence définitive. Marie-Edmée , en y entrant, sentait vivement et non sans une sorte d'angoisse qu'elle allait se séparer de ces calmes années et de ces douces pensées de l'enfance et de l'adolescence qui avaient été pour elle mêlées d'émotions si tendres. Elle regrettait amèrement tout ce qui allait rester d'elle dans le logis abandonné. On sent ce secret déchirement dans ce passage du Journal :

et Adieu, grandes chambres où j'ai compté les plus

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fraîches années de ma vie! adieu, souvenirs que vous encadriez si bien! » Parmi ces derniers, elle comptait pour beaucoup la mémoire sacrée de son père et de son aïeul.

Mais à la joie qu'elle éprouve et qu'elle exprime si vivement, en s'éveillant le lendemain dans la maison nouvelle, celle, hélas! où elle devait mourir, on sent que le meilleur d'elle-même Vy a suivie et qu'elle vient d'aborder ces désirés rivages vers lesquels elle se sentait poussée par des souffles inconnus. Si grandes que fussent les chambres quittées, elle commençait à s'y trouver à l'étroit. D'ailleurs, ne sembie-t-il pas que c'est Jeanne elle-même qui l'attire? En laissant de sa fenêtre ses regards errer sur le jardin voisin, elle y aperçut une belle copie en bronze de la Jeanne d'Arc de la princesse Marie. Dès le premier jour, elle fît amitié avec la chère image, et il est naturel de se demander si ce n'est pas de ce jour que la pensée d'écfire la vie de Jeanne d'Arc enfant prit dans son imagination des lignes plus arrêtées.

Toutefois, avant d'oser aborder ce beau sujet, même réduit à de modestes proportions , elle avait essayé sur d'autres sa main et son crayon. Ainsi s'étaient produites successivement une fouie de compositions charmantes dont l'idée ravissait les âmes, même avant que l'exécution eût gagné les suffrages, un Canon d'autel, un Ave, Maria, une traduction touchante de V Ange et V Enfant de Reboul, de la Vie de la femme, par madame Desbordes-Valmore, etc. — La liste est longue des essais de cette époque, et nous •choisissons. — Marie-Edmée, qui se sentait à tant de titres la sœur des poëtes, leur empruntait volontiers ses inspirations. Ces premières études, exposées à Nancy, attirèrent â l'artiste un commencement de popularité , source future des souscriptions nombreuses qui devaient accueillir le

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