‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 13 sur 36 · livre auquel elle travaillait dans rombre, comme à une bonne œuvre · texte numérisé non relu

livre auquel elle travaillait dans rombre, comme à une bonne œuvre

Dès qu*un talent se produit en province , il ne manque pas d'amis pressés de l'avertir que c'est à Paris qu'il faut chercher l'inspiration et le vrai succès. Marie-Edmée ne se laissa pas séduire par ces attrayants conseils. Voici quelques lignes qui ne se trouvent pas dans son Journal, mais qui marquent bien le sentiment élevé qu'elle opposait à ces insinuations :

« Oh ! ma province, mon air pur, ma liberté ! que jamais je ne vous quitte pour Paris. J'ai une terreur de ce pandémonium. Il me semble que j'irais y mourir comme Élisa Mercœur. Ce serait lâcher la proie pour l'ombre, quitter le sentier pour le labyrinthe, perdre mon talent et trouver un métier , me couper les ailes et m'ajouter des pattes. Décidément, j'aime mieux rester Marie-Edmée. »

Elle ne dit pas tout, la sainte enfant. EUle avait peur surtout de laisser dans cette foule de Paris cette piété sincère qui lui faisait rapporter au christianisme toutes ses pensées, tous ses rêves, toute sa vie, et qui nous fait souvenir nous-méme de cette grande artiste de Séville , la Roldana, qui, avant de prendre son ciseau, se mettait en prière, quand elle ne pouvait aller se confesser et communier dans l'église voisine. Pour Marie-Edmée comme pour la Roldana , Tart était une inspiration de la foi ; et il faut voir avec quelle délicatesse dans l'expression, mais avec quelle indignation contenue, elle répond, un jour, à un honnête artiste à qui elle était allé naïvement demander le secret de gagner sa vie en travaillant, et qui lui dit avec un regret touchant, mais qui ne désarme pas Marie-Edmée, que pour plaire au public , la première condition est de mettre l'art de côté. Aussi, l'art, voici comment elle le définit. Écoutez; vous ne trouverez pas cela dans le Journal :

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