‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 15 sur 36 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

qu^elle se flattait d'y trouver un éditeur qui voulût bien utiliser son crayon et son burin dans quelqu'un de ces livres illustrés, moins communs alors qu'aujourd'hui, mais qui dès lors cependant faisaient déjà la fortune de plus d'un ouvrage médiocre. Marie-Edmée eut le bonheur d'ajouter le charme de ses dessins à un livre qui , par d'autres qualités morales, a mérité de survivre au grand nombre : le Journal de Marguerite. M. Hetzel aussi lui demanda quelques pages qui firent apprécier son talent , mais qui curent surtout l'heureux avantage de l'initier aux difficultés qui l'attendaient dans son histoire de Jeanne d'Arc en&nt.

Ce n'était pas à Paris qu'elle eût pu entreprendre une œuvre qui demandait à la fois les études les plus diverses et le recueillement de la solitude; là même, quelque passion qu'elle apportât à son pieux labeur, elle sentait encore que quelque chose lui manquait. Quoi donc? Un dernier pèlerinage à Domremy, qui seul pouvait lui donner le cadre vrai de son récit, l'aspect actuel des lieux sacrés et les jeunes visages qui devaient faire cortège à Jeanne. Le voyage entrepris dans cette pensée, elle le fit seule cette fois, et revint, ses cartons pleins de vivantes études, le cœur ému de sentiments nouveaux, les yeux remplis d'images.

Mais avant de se remettre au travail, elle fit un autre pèlerinage auquel elle n'attachait pas moins d'importance. Elle avait été assaillie tout à coup d'un de ces doutes auxquels n'échappent pas toujours les âmes les plus fermes. L'œuvre à moitié faite, en partie même dessinée, gravée, imprimée, elle s'était demandé tout à coup si elle était dans la bonne voie et si elle était vraiment digne d'aller au bout. Elle s'en fit un cas de conscience, et le porta vaillamment à celui qui, à ses yeux, avait plus que personne qualité pour le résoudre, à celui que, dans son Journal, elle appelle Tévêque de Jeanne d'Arc, si ce n'est

Page 1