XXIV INTRODUCTION
émotion salutaire. Servir Thumanité par Part, à défaut de la parole ou de Tépée, tel fut, dès Tenfance, le rêve de cette noble existence; se dévouer a ses semblables, tel fut le besoin , la passion de cette âme, chez qui Ton ne surprend jamais un retour égoïste sur elle-même.
Le coup de tonnerre de 1870 tira brusquement Marie- Edmée de son rêve, ou, pour parler plus juste, lui apprit qu'il allait peut-être se réaliser. Dévorée, en effet, comme elle Tétait, de cette soif de se dévouer, les six derniers mois de sa vie «'allaient-ils pas lui donner, dès ce monde, la haute récompense de cette aspiration de sa vie entière au dévouement et au sacrifice?
Mais peut-on dire que ce besoin de se dévouer était sans retour sur elle-même? Son frère, c'était encore elle, et dans ses alarmes passionnées pour la France, ce frère, que la bonne fortune du soldat avait jeté sur l'un des premiers champs de bataille de la guerre, comptait sans doute pour beaucoup. Car, ainsi qu'Eugénie de Guérin, Marie-Edmée avait un frère qui, avant d'être devenu le suprême intérêt de sa vie, avait été le doux et constant souci de son enfance et de sa jeunesse. C'est par Gérald, après la mort de son père, qu'elle avait été initiée aux émouvantes sollicitudes de la maternité du cœur. Pendant que Gérald était élève de la Flèche, elle lui envoyait ses pieux conseils et ses souvenirs par des dessins qui lui rendaient le foyer présent et qui passaient quelquefois du pupitre de l'écolier dans l'album de ce brave général Lecomte à qui la Commune devait faire la destinée d'un martyr. De la Flèche Gérald avait passé à Saint-Cyr, et il était sous-lieutenant, quand il fut mis à la grande épreuve d'une guerre nationale. Aussi, lorsque sonna l'heure des batailles, la mère et la sœur se virent-elles en proie à une grande anxiété, qui n'était, hélas 1 qu'un pressentiment; on en verra dans le Journal