‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 19 sur 36 · INTRODUCTION., XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION., XXV

les poignantes émotions. Mieux valait encore la certitude d*une blessure, même grave, que ce silence lugubre qui pouvait cacher un irréparable malheur. On apprit enfin , par un soldat du régiment de Gérald, qu'après avoir reçu une blessure à la jambe, il avait aussi perdu la main droite et qu'il était prisonnier, aux environs de Reichshoffen. Mai î une parole du soldat mêlait à ces tristes nouvelles une consolation sublime : « Nous l'avons tous entouré en criant, avait-il raconté; mais le lieutenant Pau nous a dit : — Bah ! ce n'est rien. Ah ! c'est qu'il est courageux autant qu'il est bon pour le soldat. »

La gravité de la blessure avait cela d'un peu rassurant que l'officier hors de combat ne pouvait être envoyé en Allemagne, et que, resté sur le territoire français, il y avait quelque chance de le retrouver et de le ramener au milieu des siens. Savoir où il est et prendre la résolution d'aller le chercher, ce ne fut qu'un pour Marie-Edmée. Elle trouva en elle-même et dans son amour fraternel tout le sangfroid qu'il fallait pour aller, jeune et belle comme elle était, à travers une armée ennemie et des périls de tous genres, frapper à la porte des braves gens qui soignaient le pauvre blessé. La grande difficulté fut d'obtenir de M. de Bismarck la permission de l'enlever. Elle revint trois fois à la charge, la vaillante fille ; mais à la grâce qu'elle demandait on mettait pour condition que le blessé ne reprendrait pas les armes. Il semble qu'avec ce bras mutilé l'engagement devait peu coûter; mais ce fils et petit-fils de soldat était trop persuadé qu'avec un seul bras on peut encore servir son pays pour donner une parole qu'il se sentait incapable de tenir. A défaut d'une promesse qu'il s'obstinait à refuser, on se contenta de la blessure, et Marie-Edmée put emporter sa chère proie.

Quand elle eut ramené son frère au foyer maternel , ce

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