XXVI INTRODUCTION
ne fut plus pour I» sœur, rassurée sur cette vie précieuse, qu'un blessé de plus à soigner. Dès l'origine de la guerre et devant le spectacle navrant des premiers malheurs, elle avait, avec ses élèves et ses amies, organisé une association qui, sous le nom de compagnie de Jeanne d'Arc (comme ce nom venait bien là !), joignant ses efforts à ceux de rinternationale, se donnait tout entière aux blessés. Nous possédons une des croix qui servaient de signe de ralliement à ces généreuses jeunes filles : c'est la croix de Lorraine avec cette inscription : « Vive labeur ! Compagnie de Jeanne d'Arc », — et plus bas ce cri de la mission céleste de l'héroïne, jeté par elle dans le procès de Rouen : « Ego sum missa ex parte Dei, » Gomme elle, cette compagnie d'infirmières venait de Dieu.
Marie-Edmée déployait pour panser son cher blessé une fermeté dont une mère n'aurait pas été capable et que madame Pau était heureuse de trouver dans sa fille. Celle-ci, à son tour , comme si elle se fût reproché de donner aux siens ce qu'elle regardait comme appartenant à tous, se multipliait pour faire généreusement leur part à ceux que l'ambulance lui confiait, pour distribuer des vivres et des vêtements à ceux qui passaient, pour écrire aux mères de ceux qui , ne sachant pas écrire, s'inquiétaient des alarmes de leurs familles. Elle poussa la miséricorde à ce degré . sublime que, faisant de son crayon l'instrument d'une charité adorable et nouvelle, elle s'en servait pour prendre la ressemblance des blessés et même des morts, afin d'envbyer à de pauvres mères une consolation dernière. IMeu l'en récompensait, en la faisant assister à la convalescence de Gérald. Mais dans la joie qu'elle éprouvait à voir son frère revenir à la vie, perçait une terreur secrète dont Marie- Edmée ne voulait pas être délivrée. Ceux qui entouraient le lit du mutilé craignaient d'interroger Gérald sur