‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 22 sur 36 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

et en de telles circonstances, n'était-ce pas mourir pour la France ? Toute sa vie, enfant et jeune fille, elle n'avait fait qu'un rêve : se dévouer, et elle mourait pour s'être dévouée. Elle eût voulu être Jeanne d'Arc , et Dieu sait combien de fois elle s'enivra de ce rêve pendant la guerre ; elle eût voulu aller soigner et consoler, sur les champs de bataille du Nord, les blessés de la Pologne; Dieu lui réservait mieux, l'honneur de panser de ses mains les blessures de son pays, et de saluer dans un frère adoré la figure de la patrie même. Elle dut trouver que , même au prix d'une mort douloureuse et prématurée, c'était mieux qu'elle n'avait espéré, plus qu'elle n'avait rêvé.

Ce fut le 7 mai que le sacrifice s'accomplit. Deux ou trois heures auparavant, on avait remarqué que quelques gouttes de sang, se mêlant à la sueur de l'agonie, formaient autour de ce pâle visage comme une couronne mystique; elle eut un sourire ineffable, quand on lui dit qu'elle avait alors avec son divin Maître je ne sais quelle ressemblance auguste. Tout à coup les sueurs cessèrent, le sang ne coula plus, la douleur parut s'apaiser, la douce patiente s'endormit dans une sorte d'évanouissement, et pendant ce sommeil, précurseur de la mort, elle prit l'aspect d'un bel adolescent. Ceux qui la virent ainsi remarquèrent combien de fois elle avait exprimé le regret de n'être pas un homme, pour avoir non l'éclat et la gloire, mais plus d'autorité pour faire le bien et se dévouer à ses semblables.

Pendant ces heures suprêmes, sa mère avait passé dans une chambre voisine pour se reposer de ce spectacle qui mêlait à son désespoir même je ne sais quelle émotion dont son cœur ne pouvait supporter la pénétrante douceur. Marie-Edmée, ouvrant à demi les yeux, s'aperçut que sa mère n'était plus auprès d'elle, et comme elle ne voyait pas non plus la religieuse qui la veillait, par un der-

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