‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 28 sur 36 · A MA BAGUE · texte numérisé non relu

A MA BAGUE

L'or est pur, éblouissant, unique; il est roi comme le soleil , et pourtant ma bague n^est pas en or.

Elle est grise comme l'armure du chevalier qui connaît la bataille. Son argent terni par Poxyde voile son éclat doux et pur comme la lueur de la lune sous un nuage du soir; elle est terne comme Panneau que Tantiquaire exhume de la tombe, car ma bague ne doit pas orner la main qu^elle enchaîne au devoir.

O main de l'homme , sais- tu bien quelle est ta noblesse?

Ouvrière de l'âme, c'est toi qui sèmeras le grain recueilli par la prudente fermière;

Soldat, c'est toi qui porteras le drapeau de ton général;

Artiste, c'est toi qui donneras sa forme au réve du poète et le rendras visible aux yeux ;

Ambassadrice auguste, c'est toi qui signeras les traités de ta reine avec le monde des vivants.

O main de Thomme ! seras-tu le jouet des quatre vents du ciel, ou, fidèle à ta mission, serviras-tu Pâme qui doit te commander?

Oui, tu la serviras, et si bien, que dans tous les pays, à tous les âges, on te confiera Tespérance, l'amour et la foi des cœurs par un symbole d'esclavage; et chacun de tes gestes fera briller un souvenir à Toeil de Phomme.

Ce sera pour Joseph le signe du pouvoir, Panneau des Pharaons , qui le fait plus grand et plus puissant qu'un roi ;

Pour les Rebecca , c'est le bijou reçu dans Pignorance et l'illusion des fiançailles, qui fait plus tard sourire... et regretter;

Pour les Marguerite, c'est le gage d'un saint Louis, qui attache deux vies Pune à Pautre sans séparation humaine possible, même au cas oîi Pun des deux époux deviendrait pour Pautre plus odieux qu'un cadavre;

Pour les fiancés séparés, c'est comme le bouquet de myosotis qui murmure à toute heure : « Ne m'oubliez pas! . . -. »

Pour levéque, c'est le signe du pouvoir paternel, patriarcal et sacré : nous le baisons avec respect.

Oui, la bague est un lien fort comme l'amour, sacré comme un serment. Elle attache pour l'éternité les

grandes et fortes âmes ; et même au doîgt de Têtre vaniteux et mobile qui ne croit en faire qu'un jouet, elle nous révèle une âme, et nous cri^ sa devise.

Un lien! lien d'amour ou de vanité, es-tu fait pour moi?

Longtemps ma main droite n'a servi que ma fière volonté, et ma main gauche n'a frémi d'aucun tressaillement du cœur. Enfin, j'ai connu la vie; j'ai pleuré... j'ai peut-être aimé, et sentant qu'il n'est pas bon d'être seul, j'ai cherché dans l'univers un roc pour y sceller mon cœur.

•Te l'ai trouvé.

L'anneau qui m'attache à mon amour sera de l'argent le plus pur. J'y graverai les noms sublimes de Jésus et de sa Mère , et le nom* de Celle qui sauva mon pays.

Dans la langue immortelle de mon Église, j'inscrirai sur mon anneau le mot d'ordre du combat chrétien :

Page 1