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RETROUYÉES DANS LES PAPIERS DE MARIB-BDM^E ET FAISANT SUITE A SON JOURNAL.
Jeudi 6 octobre.
La prière du soir ne m'a pas laissé retomber tout à fait sur la terre. J'ai le cœur soulevé dans une paix aérienne , pure comme l'astre que j'aperçois entre les rideaux de ma fenêtre. Le ciel est tout illuminé par ce beau clair de lune ; ma lampe rayonne plus chaudement de cette lumière qui fait pressentir les joies du foyer. Les portes sont closes sur mon Gérald. Au dedans, elles sont ouvertes, et dans l'ombre je sens que mon frère dort comme un petit oiseau dans le fond de son nid. Mère sommeille aussi; elle respire doucement, au milieu de cette incomparable paix où je sens que rien ne manque à mon bonheur.
Je pense que la guerre est à nos portes , et que dans huit jours peut-être il suffira d'un obus pour réduire en poudre l'ermitage et ses bienheureux habitants.
Ah ! si la France devait se sauver en nous vengeant, notre mort serait glorieuse et j'en bénirais Dieu par avance du fond de mon cœur.
Mardi 18 octobre.
Je revenais de visiter mes élèves , afin de collectionner les débris de mon cours pour le rebâtir au mois de novembre , et je rentrais juste à Pheure du dîner.
Madame X*** venait de me donner de nouveaux détails sur mademoiselle Lîx , l'héroïne des Vosges , et j'allais jeter ce bouquet de bonnes nouvelles à la table de famille, quand je trouvai Gérald appuyé contre un meuble et lisant un journal prussien; mère allant et venant autour de lui, furetant; et tristement elle se tourne vers moi et me dit : « Gérald va nous quitter! — Tu veux partir, Gérald? » Et je commençais une exclamation : « Gérald! c'est... — C'est vrai ! fit-il en levant les yeux fixés toujours sur son journal. Je pars après-demain matin. — Mais c'est impossible ! mais tu n'es pas guéri , mais ton bras n'est pas cicatrisé , mais ta jambe... — Je ferai mon devoir, en se;-vant le pays d'une manière quelconque; ma plaie est fermée , et du reste je vais très-bien.
— Très-bien!... après deux mois de pareilles souffrances se trouver guéri et en mesure de recommencer une nouvelle campagne... c'est... J'allais crier à la folie, à l'ingratitude envers nous, à la témérité, à... mais je regardai le doux, calme et triste visage de mon frère bien-aimé. Je rencontrai son regard, et je gardai pour moi ce que j'allais crier, car j^étais confirmée
53o JOURNAL DE MARIK-EDMÉE.
dans ma ferme conviction. Pour Gérald, Théroïsme est un devoir aussi simple à remplir que la tâche de Técolier.
« Laisse-moi te reconduire en France libre, Gérald, laisse-moi te suivre en ordonnance. Ainsi je te soignerai et je servirai la France comme un jeune volontaire , nul ne le saura. Songe donc, mère n'aura plus un seul instant de repos, si elle te sent encore loin d^elle, seul et malade , tandis que tu as encore besoin de soins.
— Non, Marie, je pars, mais toi, reste. Ta place est ici avec mère.
— Mais, mère sait bien que la France a besoin de tout le monde, et si tu ne veux pas me prêter ton appui, si tu refuses mes soins, eh bien, je finirai par me sauver dans les Vosges avec Jeanne Lix.
— Non, je ne le veux pas!
— Alors je modifierai mon plan. Voyons, laissemoi te conduire seulement jusqu'à Besançon. Peutêtre de là pourrai-je rejoindre notre tante à Vienne et Ja ramener à Nancy. »
Ne pouvant vaincre son refus, je reste, hélas!