‹ Le journal de Marie-EdméeChapitre 5 sur 36 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

Jugez de ce que cette religion de la patrie, personnifiée dans la réalité de FhéroYne martyre, devint avec les années, et étonnez-vous qu'avant d'aboutir au livre charmant dont nous parlions tout à Theure, elle en ait préparé jour à jour, et à Tinsu même du poôte et de l'artiste, l'attrayante éclosion. Pendant que le livre se formait au cœur même de Marie-Edmée, et avant qu'il s'écrivît par la plume, par le crayon et par le burin, toute pensée prenait cette couleur et s'animait du nom et du souvenir de Jeanne d'Arc dans l'imagination de la jeune fille. Elle lisait toutes les histoires de Jeanne , entretenait avec une statue d'elle, qu'elle avait découverte dans un jardin voisin, un commerce familier; prenait pieusement note de tous les anniversaires de sa vie, pour s'y associer par la prière et par les larmes ; témoignait parmi ses jeunes compagnes une préférence marquée à celles en qui elle croyait sentir plus de syifipathie pour sa sainte.

Une fois, au milieu de leurs jeux, elle leur dit gravement : a Moi, je serai Jeanne d'Arc » ; et aucune d'elles n'osa rire. Quand celles-ci voulaient lui faire quelque présent, elles savaient d'avance comment elles étaient sûres d'arriver à son cœur, et un jour elle trouva chez elle une effigie en plâtre de la tour de Rouen. Elle prenait volontiers la devise écrite sur la façade de la chaumière de Domremy : Vive labeur! Domremy ! ce doux nom, ce nom sacré hantait ses rêves, et la première fois où il lui fut permis d'espérer qu'elle serait menée à la chaumière de Jeanne, elle crut voir le ciel s'ouvrir sur sa tête. Elle avait cru que . Domremy était à un millier de lieues , dans le pays des songes, dans ces régions lointaines où le pied de l'homme ne pénètre jamais.

Mais cet amour pour Jeanne d'Arc avait ici sa signification particulière. Jeanne n'était pas seulement pour

Page 1