INTRODUCTION. XIII
Ce qui étonnerait plutôt, c'est la première conclusion qu'elle tire elle-même de son enseignement; c'est qu'elle aussi elle a besoin de s'asseoir sur les bancs. Son père, un brave officier, revenu paralysé du siège de Rome, avait donné à son jeune esprit les premières leçons , et le souvenir de ces leçons, reçues au pied d'un lit de souffrance, ajoutait je ne sais quoi de grave à la mémoire pieusement gardée de celui qui si tôt avait laissé l'enfant orpheline. Les premiers éléments de dessin , elle les avait dus à sa mère; plus tard elle avait suivi les cours d'un maître excellent, M. Leborne. Le jour où elle s'apercevra que l'art est sa vraie vocation, elle sentira tout ce qui lui manque, et se disant que pour être artiste il faut le devenir, elle reprendra d'elle-même les cours, quelque temps quittés, de son maître.
Mais pourquoi devenir artiste ? d'où lui était venue cette révélation de ce qui, au fond, était sa vraie vocation? De la piété filiale.
L'enfant jouit avec un adorable égoïsme des tendres soins dont il est l'objet. Il ne s'aperçoit que bien tard des sacrifices qui lui font la vie si douce. Mais qu'une circonstance inattendue lui fasse comprendre que la source peut se tarir tout à coup , il sentira que ceux* de qui lui est venu le pain du corps pourraient eux-mêmes avoir besoin du dévouement dont il a vécu. L'âme de Marie- Edmée n'était pas de celles qui ont besoin d'être avertie deux fois. Elle comprit de bonne heure que, si humbles et si retirées que fussent sa vie et celle de sa mère, l'une des deux se sacrifiait pour l'autre, et que ce n'était pas elle; ce fut pour elle une douce révélation de sentir que son tour viendrait un jour d'être la mère. Dès que cette pensée fut entrée dans son cœur, elle l'envahit tout entier, et la noble enfant n'eut plus de repos qu'elle n'eût découvert en elle le
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don par lequel elle pouvait contribuer à assurer la sérénité du foyer commun. Elle avait écrit un jour : « Je comprends mon devoir de petite fille qui doit gagner son pain quotidien. » La pensée de celle qui ne vivait que pour elle faisait de ce devoir la plus douce des vocations.
Mais ce don précieux auquel Marie avait demandé à la fois et l'expression de sa pensée et la sécurité d*une double existence, quel serait-il? Un regard jeté au dedans de soi-même allait résoudre le problème. Elle arrivait à cet âge d'épanouissement où Tâme s'ouvre à tous les instincts élevés de Tart et de la poésie.
La poésie , elle prit possession de son âme par le nom et les vers de madame Tastu. On trouvera cité plus d'une fois, dans la foule des poëtes illustres de ce siècle , Casimir Delavigne, Lamartine, madame Desbordes-Valmore, et les autres; mais il y avait entre Marie-Edmée et la chaste muse que l'histoire de la poésie moderne nous montre sur le seuil du cénacle, je ne sais quelle étroite parenté de cœur et de talent qui fait que plus tard , quand les circonstances rapprochèrent Marie-Edmée et madame Voïart, dès le premier jour, elle se sentit comme en famille.
Marie-Edmée fut tentée plus d'une fois de cultiver Tart sous la forme du vers, et ceux qui auront lu sa prose s'étonneront peut-être qu'elle n'ait pas persisté dans cette voie; elle y eût sans doute réussi. Il y a dans le petit nombre de vers qu'il nous a été accordé de lire d'elle, le mouvement, le sentiment et l'image; l'étude lui eût aisément donné le reste. Mais serait-elle jamais arrivée à la véritable originalité? On nous pardonnera d'en douter. Il eût été peut-être à craindre que la contrainte de la mesure et de la rime enlevât quelque chose à sa facile et heureuse personnalité.
Cette nature prime-sautière ne perdra rien de son charme