‹ Le journal de Québec et le tombeau de Champlain [microforme]Chapitre 7 sur 13 · SAN · texte numérisé non relu

SAN

Je vais donc raconter l'histoire de cette pitoyable manœuvre, et je défie qui que ce soit d'en ponvoir contester l'exactitude.

M. O'Donnell, apres réflexion et calcul, était tout disposé à mettre la date du 5 novembre, comme étant le jour où M. Casgrain alla à son bureau, pour la première fois, lorsque je lui répliquai que cela se pouvait, mais que j'avais raison de croire que ce devait être plutôt le 6 novembre, c'est-à-dire e lendemain du jour où J'avais communiqué mes renseignements à M. Laverdière. Là-dessus, 11 s’'informa à haute voix à une personne de sa famille, qui se trouvait dans une chambre adjacente, et cette personne lui rappela, aussi à haute voix, les jours et les dates des deu visites faites pur MM. Laverdière et Casgrain, à son domicile, en Qésignant le vendredi et le samedi, 9 et 10 novembre. A ce renseignement, M. O'Donnell se mit à interroger de nouveau sa mémoire, et décida que la première visite de M. Casgrain, à son bureau, avait eu lieu le 6 ou le T novembre. Et c'est ce qu'il écrivit dans sa lettre du 16 novembre, qu'il me livra.

Je laisse maintenant au public le soin de juger quel degré de confiance il doit accorder à cette déclaration de M. O’Donnell, du 7 janvier courant, déclaration si en contradiction avec sa lettre du 16 novembre dernier. On dirait que ce monsieur veut absolument se perdre, tant il en recherche les moyens.

Quant à M. L. A. Cannon, qui a la prodigieuse mémoire de se bien rappeler, à la date du 7 janvier 1867, que c’est certainement le 9 novembre dernier, et ce jour-là même, qu'il a infor mé M. l'abbé Casgrain, etc. je le laisse en présence de sa responsabilité, et surtout en face de cette fameuse date du 9 novembre, qui doit crouler devant l’opinion publique pour la deuxième fois !

Il n’est pas inutile pour M. Cannon, toutefois, d’avoir à réfléchir sur les embarras que cause parfois un zèle trop empressé, même quand il doit avoir pour effet le motif louable de retirer d’une situation péniblement regrettable trois personnes aussi cruellement compromises.

Dans sa lettre du 7 janvier, M. O'Donnell ajoute encore ce qui suit, à mon adresse :

«On ne doit pas être surpris que M. Drapeau ait cherché dès lors à surprendre ma bonne foi, lorsqu'on sait que, quelques jours après (le 21 novembre), il faisait une déclaration dans le Chronicle et le Canadien, en joignant mon nom au sien, malgré la défense formelle que je lui en avais faite, et qu'il m'a fallu le contredire publiquement.»

Encore cette fois, je vais révéler quelque chose de trèsédifiant, qui fera voir combien l'intérêt matériel l'emporte quelquefois sur des intérêts plus élevés.

Comme je m'étais aperçu,—suivant que je l'exprime dans ma brochure du 20 décembre,—que MM. ies abbés Laverdière et Casgrain voulaient m'enlever tout mérite possible dans l'affaire de la découverte, je m'en allai voir M. O'Donnell, le lendemain du jour où il m'avait écrit sa lettre, c'està-dire le samedi, 17 novembre. Je lui fis part de mes soupçons, et je lui parlai de la nécessité qu'il y aurait de nous entendre sr” les moyens à prendre pour obtenir la part de mérite que l'équité nous permettait de réclamer, puisqu'il était clair que c'étaient nos renseignements qui avaient fait opérer la découverte, et nullement l'étude des documents historiques que le pays possède. Je lui montrai alors quelques lignes qui devaient former notre réclamation devant le public. Après lecture, M. O'Donnell me dit qu'il croyait que c'était peut-être aller trop vite, parce qu’il avait confiance que justice nous serait accordée par MM. Laverdière et Casgrain. Ces messieurs, ajouta-t-1l, ne peuvent pas se soustraire à cette obligation, tant pour vous que pour moi; car, sans vous, M. Drapeau, ces messieurs n'auraient pu arriver jusqu'à moi pour cette affaire; d'où je crois que justice vous sera accordée. S'il en est autrement, quant à moi, je saurai placer toute l'affaire devant le public. Cependant, ajouta-t-il encore, Laissez-moi votre manuscrit, que je vais faire traduire par quelqu'un de ma famille, et que nous publierons. Mais, avant que d'en venir là, je désire aller voir ces messieurs, et connaître d'eux la part qu'ils doivent me faire.

Alors nous convinmes de nous rencontrer le lundi matin.

À peine avais-je échangé quelques paroles avec M. O'Donnell, le lundi suivant, que je fus parfaitement renseigné sur ses intentions, qui étaient complètement changées, relativement aux mesures à prendre, telles que projetées le samedi. Je dois repousser ici l'injurieuse accusation que porte contre moi M. O'Donnell, quand il dit m'avoir formellement défendu de méler son nom à l'affaire. Xl n'a jamais été question de cela.

Je réclamai alors mon manuscrit, afin de l'utiliser si je le jugeais à propos. En effet, je publiai sous ma signature, dans le Canadien Au 21 novembre, une réclamation dans laquelle j'exprimais, entre autres choses, ce qui suit:

«Je regrette, M. Le rédacteur, que vos informations, comme celles données aux autres feuilles françaises de cette ville, ne vous aient point permis de mentionner der, autres noms, celui de M. H. O'Donnell, ingénieur civil, et le mien, qui avions un égal droit d'y figurer, puisque c'est grâce à nos informations que ces messieurs ont pu faire cette grande découverte. »

Ce fut à la suite de cette publication inoffensive, où la justice m'inspirait de ne point séparer le nom de M. O'Donnell du mien, que ce monsieur vint réclamer, comme il le dit, dans le Canadien du 23 du même mois. Le ton de cette réclamation de M. O'Donnell fit ouvrir les yeux à tout le monde, et tous comprirent qu'il y avait là quelque mystère caché! En effet, la suite a prouvé et démontré quel était le mobile puissant qui faisait alors mouvoir M. O'Donnell,—mobile que l’on peut connaître dans ma brochure du 20 décembre, page 13.

Moi, voyez-vous, je n'avais que de la gloire à proposer à M. O'Donnell, tandis que mes opposants, par leurs amis, avaient de l'or à lui donner! C'est là toute la différence!

Ces choses dites, je renvoie au Journal de Québec la bourde qu’il m'a lancée, en en changeant seulement l'adresse :

«Que pourraient valoir maintenant toutes les dénégations du Journal et de M. O’Donnell ?»

IIT FAITS HISTORIQUES.

Malgré les outrages dont m'accable M. le Rédacteur du Journal de Québec, à propos de mes connaissances en histoire, — comme si le langage des halles devait être de quelque utilité dans une discussion de ce genre,—je vais essayer de relever les principales erreurs qu'il s'efforce de propager avec autant de passion que de méchanceté.

Page 1