LES ORCHIDÉES A L'ÉTAT NATUREL DANS L'AMÉRIQUE DURSUD
(2M6 article, voir page 7)
Dans mon premier article, javais parlé des deux genres les plus importants et les plus splendides qui représentent les Orchidées dans l’Amérique du Sud, et je m'étais attaché à décrire aussi exactement que possible les conditions dans lesquelles les collecteurs les rencontrent à l’état naturel dans leur patrie.
1) Cet espoir est aujourd’hui réalisé, comme les lecteurs du Yournal des Orchidées ont pu le lire déjà dans ces pages, EN Le
Je me propose aujourd’hui de fournir aux amateurs d’Orchidées tous les renseignements qui peuvent leur présenter quelque intérêt en ce qui concerne un grand nombre d’autres genres populaires, quoique moins beaux que les précédents.
Le genre Oncidium, par exemple, l’un des plus nombreux qui existent, offre autant de variations comme forme et comme coloris, et autant d’attrait, que les plus recherchés.
Les Oncidium se rencontrent dans les positions, les circonstances de croissance et sous les climats les plus divers; toutefois, d’une façon générale, on peut les placer, comme élévation au-dessus du niveau de la mer, entre la région des Cattleya et celle des Odontoglossum. J'ai trouvé d’ordinaire, en partant des régions boisées basses pour m’élever aux sommets de la Cordillère, que là où les Cattleya disparaissaient, les Oncidium commencçaient à paraître, et là où les Oncidium cessaient de croître, les Odontoglossum commençaient à se montrer. Il existe, bien entendu, des exceptions à cette règle, mais la température moyenne des Oncidium est inférieure à celle des Cattleya, et supérieure à celle des Odontoglossum.
Les Oncidium se rencontrent sur des arbres, bas ou élevés, sur les bords des cours d’eau, ainsi que sur les déclivités des montagnes et entre les rochers. J'ai trouvé quelques représentants du genre sur d'énormes arbres, et il m'est arriver de collecter les mêmes espèces, à peu de distance, sur de petits rochers et des pentes rocheuses, entourées de buissons en fleurs et de Lycopodes variés. Beaucoup d’espèces n'apparaissent que sur le sol; de sorte que l’on peut considérer le genre Oncidium comme en partie épiphyte, et en partie terrestre.
J'ai toujours vu l’Oncidium Papilio sur des arbres de petite ou de moyenne taille dans les vallées desséchées des lisières des Andes. L’Oncidium Lanceanum est extrêmement difficile à collecter, car il croît presque toujours sur les branches supérieures d’arbres énormes près des bords des rivières; on ne le trouve presque jamais sur des arbres bas. L'Oncidium macranthum vit également sur des arbres élevés, mais dans les districts montagneux, à une grande hauteur; il m’est arrivé de le collecter dans une petite vallée dont les pentes étaient couvertes d’une épaisse forêt de grands arbres; le jour même où je m'y trouvais, la température était descendue si bas à cet endroit qu'il tomba de la grêle dans tous les environs, ce qui montre bien à quelle élévation énorme peuvent croître certains Oncidium. Cette petite vallée se trouve
entre 3000 et 3,300 mètres au-dessus du niveau de la mer. J'ai rencontré beaucoup d’autres belles espèces sur des pentes argileuses et rocheuses, entourées de Lycopodes, de buissons fleuris, de fougères, etc.
J'ai constamment observé que les Oncidium avaient beaucoup moins d’humidité atmosphérique, et vivaient beaucoup moins dans le sol, dans la matière végétale, que la plupart des autres Orchidées de l’Amérique du Sud. Les branches des arbres sur lesquels ils croissent sont très rarement couvertes de mousses: leurs racines s’attachent d'ordinaire à l’écorce nue. Les forêts des montagnes offrent un coup d’œil enchanteur, quand elles sont parées d’Oncidium, à l’époque de la floraison. Je n’oublierai jamais certaines de ces expositions féeriques organisées par la nature elle-même pour charmer le voyageur dans ces contrées.
Intimement associé avec le genre dont je viens de parler, et croissant dans des conditions tout-à-fait analogues, on rencontre un autre genre très étendu, et qui renferme des espèces extrêmement belles et attrayantes, le genre Epidendrum. Parmi ses représentants aussi, les uns sont épiphytes, les autres terrestres; au point de vue de l’humidité, ils ont les mêmes besoins que
les Oncidium. Je les ai rencontrés en général dans des endroits secs, aérés,
pleinement exposés aux rayons du soleil, les épiphytes sur des arbres à écorce sèche, et souvent sur des troncs desséchés complètement dépourvus de feuillage, les terrestres presque toujours sur le penchant des montagnes, sur de grands rochers, dans des situations où la lumière et le soleil parviennent facilement à eux. A part quelques exceptions, on peut les considérer comme étant, de toutes les Orchidées américaines, celles qui supportent le plus aisément de beaucoup la chaleur du soleil et la violence du vent.
Je me rappelle avoir collecté, il y a quelques années, accompagné par des Indiens, une grande quantité d’'Epidendrum d’un coloris particulièrement vif et éclatant, sur une roche énorme, plantée au bord d’un des fleuves les plus larges de l'Amérique du Sud. Ce roc était un bloc solide de granit d’une taille gigantesque, ayant environ 85 mètres de hauteur; ses flancs étaient presque dépourvus de végétation. et surplombaient presque verticalement la rive du fleuve. Ce n’est qu’avec l’aide des Indiens qui m’accompagnaient, et qui grimpaient adroïitement jusque près du sommet, non sans courir de grands dangers, que Je pus m’emparer d’un nombre suffisant de plantes de cette splendide espèce; son superbe coloris avait attiré mon attention d’une distance énorme alors que je passais en canot au milieu du fleuve. Un peu de terre s'était
déposée dans quelques fentes de cette roche immense, et apportées là, soit par le vent, soit par des insectes ou des oiseaux, des graines de ce splendide Epidendrum y avaient germé, à l'abri, pour ainsi dire, des recherches de tout être humain.
Je ne pus, à ce moment, m'empêcher d'admirer l’ouvrage de la nature dans ce rocher géant, si extraordinaire avec ses faces polies et lisses, et dans la façon curieuse dont elle orne et revêt jusqu’à des roches solitaires de ses trésors les plus précieux et les plus exquis.
Je puis ajouter que ce rocher remarquable excitait encore l’intérêt à d’autres points de vue. D’après la tradition, les conquérants espagnols avaient érigé sur son sommet un petit château-fort bien fortifié d’où ils repoussaient les attaques des tribus indiennes sauvages des environs; on voit encore des restes de ce fort, souvenir des temps anciens.
L’une des plus magnifiques espèces de tout le genre Epidendrum est VE. bicornutum (Diacrium), que j'ai toujours rencontré sur des arbres de moyenne grandeur, en plantes parfois très grandes, ayant 1 mètre ou 1"35 de diamètre; cette espèce, ainsi que plusieurs autres Epidendrum, ne fleurit pas très facilement en Europe, et la seule explication que je puisse trouver à ce fait, c’est que ces plantes y reçoivent en général trop d'humidité et pas assez de lumière; l’atmosphère humide à l'excès des serres d'Orchidées en Europe ne leur permet pas de bien développer leurs grappes de ravissantes fleurs.
Les Epidendrum ne sont pas confinés à une certaine altitude; on les rencontre depuis les régions les plus chaudes jusqu'aux abords de la zône des neiges et des glaces. Ils sont généralement en moins grand nombre que plusieurs autres genres qui vivent à peu près dans les mêmes situations naturelles, tels que les Sobralia par exemple. Ceux-ci, que l’on trouve très fréquemment associés aux Cypripedium, se présentent généralement en très grande abondance.
Quoique moins appréciés en Europe que les genres dont je viens de parler, les Sobralia comptent plusieurs espèces de grande taille qui appellent l’attention et méritent assurément l’admiration des Orchidophiles. Leurs fleurs ressemblent beaucoup aux beaux Cattleya, et j'ai eu l’occasion de contempler parmi elles des coloris qui surpassent certainement ceux de beaucoup de Cattleya.
Il n’en est qu’un petit nombre qui croissent sur les arbres, et ceux-là se trouvent généralement à côté de Cattleya. La grande majorité végètent dans une argile très compacte sur les sommets des Andes, où ils couvrent littérale-
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ment les déclivités des montagnes sur des espaces immenses, exposés au plein soleil, et mélangés à des Pteris, des Gleichenia et d’autres Fougères de haute taille, des Mélastomacées, et des centaines d’autres plantes en buissons fleuris, telles que Ericacées, Andromedas, Lauriacées etc. Si l’on veut s’attacher à reproduire autant que possible les indications fournies pour leur culture par la nature elle-même, on devra leur donner un compost compact, glaiseux et nutritif, mélangé de petites pierres, une exposition très claire et ensoleillée, et une quantité d'humidité assez modérée.
Les tiges de certaines espèces atteignent une hauteur remarquable. Dans un district montagneux, j'ai trouvé un Sobralia dont les fleurs très amples prenaient naissance sur des branches ayant de 3 à 4 mètres de hauteur. Il faudrait une serre à Orchidées très élevée pour pouvoir cultiver cette espèce; elle donnerait certainement beaucoup d’attrait à un « Jardin d’hiver d’Orchidées » en contribuant à former un aspect très naturel et très pittoresque, et présenterait un grand intérêt au milieu du grand nombre des espèces de petite taille dont se compose la famille orchidéenne.
(Sera continué.) E. BUNGEROTH Collecteur de L’HORTICULTURE INTERNATIONALE.
Quand une Orchidée dépérit et donne des signes de faiblesse sans cause apparente, le premier soin du jardinier doit-être d’examiner l’état de ses racines. C’est d’elles que dépend en très grande partie la santé des plantes. Une Orchidée nouvellement introduite peut produire au bout de peu de semaines des pousses assez vigoureuses; tant qu’elle n’a pas pris possession du sol et de sa nouvelle résidence au moyen de bonnes racines, capables de la hxer et de la nourrir, elle n’est pas réellement établie, pour employer l’expression consacrée, elle n’est pas assurée de l’avenir, et peut mourir en quelques jours. Quand elle est pourvue de racines suffisantes, on peut la considérer comme acclimatée et apte à croître dans des conditions de santé convenables.
Les racines prennent naissance en général à la base des nouvelles pousses: à mesure qu’un bulbe nouveau est formé, c’est à lui qu’il appartient de pro-
duire la génération qui le suivra, avec tous les organes qui lui seront nécessaires, pousses, floraison et racines; les bulbes anciens, qui ne produisent plus, ne forment pas non plus de racines. C’est pourquoi la perte de ces organes est un véritable désastre pour la plante.
Une Orchidée dont les racines ont été détruites ne meurt pas nécessairement de cet accident; mais elle languit et reste faible jusqu’à ce qu’elle en soit de nouveau pourvue. Elle ne vit, pendant cette période, qu'aux dépens des réserves qu’elle avait accumulées, c’est-à-dire de la substance amassée dans les bulbes anciens. Son existence reste ainsi diminuée et précaire jusqu’au moment où la pousse suivante se forme et produit à son tour des racines; c’est donc une perte d’une saison au moins qu’elle aura subie.
Il faut ajouter, d’ailleurs, que les conséquences de cette privation peuvent être beaucoup plus graves lorsqu'il s’agit d’une plante jeune et faible, n'ayant encore que peu de bulbes; elle risque de mourir d’inanition si ses racines lui font défaut.
La cause la plus fréquente de maladie et de mort pour les racines est l’excès d'humidité, qui les fait pourrir et les empêche d’absorber les gaz dont elles ont besoin. Il n’est pas toujours facile de discerner la quantité d’eau utile; en arrosant peu à chaque fois, on risque de n’humecter que la partie supérieure du compost et de laisser le bas se dessécher; en arrosant abondamment, on s’expose à asphyxier les racines. Un meilleur système serait peut-être de verser à la surface une quantité d’eau modérée, et de plonger de temps en temps la base du pot dans un bassin. Mais il est préférable encore de donner à la plante de l’eau en abondance pour bien humecter tout le compost, puis de le laisser sécher de temps en temps presque complètement; de cette façon on peut être certain que les racines ne seront jamais endommagées; et si quelqu’une venait à contracter un commencement de maladie, la diète périodique viendra conjurer le mal et l'arrêter à ses débuts.
Pendant la saison de végétation, lorsque le temps est beau et que la ventilation est bien entretenue, un arrosage un peu trop abondant ne peut pas causer de grands dommages; mais les racines ont une saison de repos comme les plantes elles-mêmes, c’est-à-dire qu’il arrive une saison où, la végétation étant en quelque sorte suspendue, elles jouent un rôle beaucoup moins actif, et müûrissent elles-mêmes comme font les bulbes en même temps. Leur faculté d'absorption se trouve alors notablement réduite et les arrosages doivent être diminués en conséquence.