‹ Le journal des orchidéesChapitre 79 sur 192 · LE RETOUR À LA VOGUE DES MASDEVALLIA · texte numérisé non relu

LE RETOUR À LA VOGUE DES MASDEVALLIA

Le retour marqué de la faveur du public à ce genre si intéressant s’explique sans peine, et nous sommes persuadés qu’il ne fera que s’accentuer, car rien n’était plus injuste que l’oubli dans lequel les Masdevallia semblaient être tombés depuis quelques années. Autant la mode les avait favorisés d’abord, autant elle leur fut rigoureuse dans la suite. Entre ces deux excès, il convient de prendre la moyenne, et de leur assigner la place à laquelle il ont droit.

Cette place est d’ailleurs très honorable. Si le port de ces plantes en général est moins élégant que celui de beaucoup d’autres genres, Vanda et alliés, Angraecum, Cattleya, Cypripedium, etc., ils peuvent rivaliser, au point de vue du coloris, avec les plus remarquables. Aucun peut-être ne possède autant d'éclat; aucun ne présente des fleurs d’une teinte uniforme aussi vigoureuse, ne produit cette impression de tache intense, attirant et captivant le regard du visiteur.

Les rouges, notamment, sont splendides. Les célèbres Masdevallia Harryana et Lindeni, avec leur mille variations, offrent toute la gamme des nuances intermédiaires entre le rouge sang clair, presque vermillon, et le pourpre sombre, y compris les combinaisons du bleu, formant les violet clair, lie de vin, améthyste, etc. Certaines variétés spécialement, celles qui ont les sépales latéraux amples et bien étalés, les Calhenderi, Dennisoniana, etc. pour la nuance cra-

moisi, les Chelsoni et coerulescens pour la seconde catégorie, sont incomparables.

D'autres possèdent des teintes plus claires, et non moins agréables à la vue. Les orangés sont magnifiquement représentés par le M. Veitchi, l’un des plus grands du genre, agréablement nuancé et comme recouvert de bleu cendré sur la moitié de la largeur des pétales, et le M. ignea, charmante espèce des plus répandues, qui se reconnaît aisément à son sépale. dorsal recourbé sur les deux autres, et au coloris éclatant de ces derniers, relevé par des lignes longitudinales cramoisies. Elle a l'avantage de fleurir en hiver. Le M. militaris, voisin du précédent, lui est peut-être supérieur comme dimension et comme éclat. Enfin il faut réserver une place à part au M. Dausr, aux fleurs d’un splendide jaune d’or.

Dans un autre groupe, de coloris moins gais et moins brillants, sont comprises des espèces extrêmement remarquables à d’autres points de vue, les M. Chimaera, Backhouseana, Wallisi, bella, spectrum, etc., généralement sombres et couverts d’une pubescence hérissée, qui contribue à leur donner un aspect étrange et fantastique. Leurs fleurs sont généralement de grande taille ; leur contraste avec les espèces énumérées précédemment ou avec les autres hôtes fastueux de la serre froide, Odontoglossum, Oncidium, etc., produit un effet des plus attrayants et des plus pittoresques. |

Une espèce qui mérite une mention particulière, c’est le Masdevallia macrura, espèce très grande et vraiment décorative, d’une grande perfection de formes, d’un coloris agréable, et dont le feuillage vert clair, assez ample, ne manque pas d'élégance. Ce Masdevallia, introduit en 1871 par LINDEN, est un des plus intéressants que comprenne le genre entier.

Les formes bizarres abondent d’ailleurs parmi les Masdevallia, et on en citerait aisément une foule qui, tous, méritent d’exciter l’intérêt des amateurs : le M. trochilus (M. Eplnppium, M. acrochordomia) ou Orchidée colibri, aux sépales latéraux presque rejoints et formant une sorte de coupe, avec de longues pointes effilées, raides, formant un crochet à leur extrémité, le M. leontoglossa, dont le nom signifie « langue de hon, » curieusement tacheté de pourpre foncé sur fond jaune pâle; le M. elephanticeps où « tête d'éléphant » le M. muscosa, où Orchidée sensitive, les M. Houtteana, M. vadiosa, M. tridactylites, à sépales connés formant presque un cercle, avec leurs longues queues étoilées.

Il faudrait citer encore le M. tovarensis, remarquable par son coloris entièrement blanc, et qui fleurit au cœur de l'hiver; le M. Shuttleworthi, aux fleurs bicolores, fait presque unique dans le genre Masdevallia; le sépal dorsal est

jaune grisâtre et les sépales latéraux sont violets pourprés; beaucoup d’autres mériteraient une mention.

Aux qualités dont nous venons de parler, il faut ajouter celle de la floribondité ; la plupart des Masdevallia fleurissent à diverses époques de l’année, et la serre qui leur est réservée n’est jamais dépourvue de fleurs; elles se produisent dans certaines espèces en grande abondance, et lorsque ces espèces sont cultivées en forts exemplaires, c’est un spectacle magnifique que celui de ces masses touffues surmontées de nombreuses tiges florales, formant sur le vert des feuilles des taches d’un éclatant coloris. Ces spécimens sont malheureusement encore rares sur le continent; en Angleterre il existe quelques collections spéciales où les Masdevallia sont admirablement cultivés; elles ne sont inférieures à aucune autre, et n’exigent que peu de soins de ceux qui les dirigent.

Notre collaborateur M. C. ELLNER a publié dans le tome I, page 158, du Journal des Orchidées, un article donnant des indications très complètes sur la culture des Masdevallia ; nous prions nos lecteurs de s’y reporter. Cette culture est des plus faciles.

Page 1