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V. — Les principaux genres cultivés

1° LES CYPRIPEDIUM.

Dans la revue des principaux genres qui composent les collections d’Orchidées vivantes, que nous commençons aujourd’hui, nous nous proposons surtout de faire connaître leurs caractères distinctifs, et de faire ressortir les différences qui séparent chacun d’eux des genres voisins avec lesquels on pourrait le confondre. Nous nous occuperons aussi des variations d’organisation que présentent souvent les espèces d’un même genre, variations sur lesquelles on s’est basé pour établir dans le genre des groupes d’espèces qui portent le nom de sous-genres où sechons. Nous examinerons aussi la dispersion naturelle du genre sur la surface terrestre, ainsi que les vicissitudes par lesquelles il peut avoir passé, depuis qu'il a été établi, jusqu’à l’époque actuelle. Mais, pour ne pas trop compliquer cette partie de notre travail, nous réserverons généralement pour une autre série d’études l'examen des caractères spécifiques, c’est-à-dire des caractères à l’aide desquels on peut distinguer les diverses espèces d’un même genre.

. Nous croyons inutile de nous astreindre à suivre ici un ordre systématique. Nous ne prendrons cependant pas les genres tout à fait au hasard; nous choisirons de préférence ceux dont, au moment où nous en occuperons, il sera possible d'observer à l’état de floraison un certain nombre d’espèces.

Nous croyons bon de commencer notre revue par les Cypripedium. Ce choix a un double motif : le groupe des Cypripedium est l’un des plus populaires, caril est cultivé presque partout ; de plus, c’est celui qu’il est le plus facile de distinguer.

Lorsque nous avons étudié les tribus, nous avons déjà analysé en détail le Cypripedium insigne et le Selenipedium grande (v. plus haut, pages 43-45) On peut maintenant disséquer la fleur de quelques autres espèces, par exemple celle des C. barbatum et C. villosum, ainsi que des S. caudatum et S. Schlimir, et l’on reconnaïîtra identiquement l’organisation générale des deux espèces

précédentes. À cause même de cette grande similitude de structure, on reconnaîtra facilement tous les organes d'après ce que nous avons dit alors, et nous croyons inutile d'entrer de nouveau dans tous les détails de l'analyse.

Les particularités les plus saillantes que l’on aura constatées et qu’on n'observe pas dans les autres Orchidées sont : les sépales latéraux sont soudés en un seul, qui est placé sous le labelle; celui-ci est très développé et dilaté en une grande poche ou sabot, rappelant la fleur des calcéolaires ; il y a deux anthères fertiles, placées sur les côtés du gynostème, et une troisième anthère stérile, développée en un large staminode au sommet du gynostème; les trois stigmates sont bien développés, et il n’y a pas de rostellum.

Ces quelques caractères permettent de distinguer immédiatement et avec certitude une espèce quelconque du groupe Cypripedium. Mais si l’on fait une coupe transversale de l’ovaire de ces différentes plantes (nous savons que l’ovaire des Orchidées est snfère, c’est-à-dire placé sous les autres parties de la fleur ; c'est donc ce qui semble être le sommet du pédoncule qu’il faut couper en travers), on constatera des différences bien remarquables : dans les Cypripedium cités, comme dans tous les autres vrais Cypripedium, l’intérieur de l’ovaire ne présente qu’une seule cavité ou loge, on dit qu’il est uniloculaire; tandis que les Selenipedium ont un ovaire à trois loges ou #riloculaire. De plus, dans la loge unique de l'ovaire des Cypripedium, les placentas (voyez p. 78) forment trois lignes longitudinales sur le pourtour de la loge ou sur les parois de l’ovaire lui-même; on dit d'après cela que la placentation est pariétale. Dans les Selenipedium, au contraire, les placentas longent l’angle interne de chaque loge, le long de l’axe de l’ovaire, et la placentation est dite axile.

Pour résumer, on peut dire que'les Cypripedium ont l'ovaire umilocularre, à placentation pariétale ; tandis que les Selenipedium ont l'ovaire triloculaire, à placentahion axile.

Cette différence dans la structure de l’ovaire a une grande importance, car les Orchidées des autres tribus ont toujours l'ovaire uniloculaire et la placentation pariétale. L’ovaire des Cypripedium a donc l’organisation normale des Orchidées ; tandis que celui des Selenipedium présente des caractères exceptionnels, qu’on ne retrouve que dans les deux genres encore PILE doi du type ordinaire de la famille, Apostasia et Neuwiedia.

Si, à ces caractères distinctifs de premier ordre, on ajoute de petites différences de détail dans les diverses parties de la fleur et dans les organes de végétation, et si en même temps on tient compte de ce que chacun des deux

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groupes a une dispersion géographique tout à fait spéciale, on doit conclure que les deux genres Cypripedium et Selenipedium méritent d’être maintenus séparés; ils sont bien plus distincts qu’une foule d’autres genres qu’on a l’habitude d’admettre sans difficulté, quoiqu'il soit parfois bien difficile de leur assigner des limites précises.

Constatons ici combien il est souvent pénible de déraciner un usage depuis longtemps établi : les plantes qui nous occupent sont généralement toutes cultivées sous le nom de Cypripedium, tandis que le nom de Selenipedium sera probablement pendant longtemps encore tenu à l'écart par la majorité des amateurs d’Orchidées.

GENRE CYPRIPEDIUM PROPREMENT DIT. — On a l'habitude de résumer les principaux caractères distinctifs d’un genre ou d’une espèce en une description concise qui porte le nom de diagnose. La diagnose d’un genre comprend ordinairement la description des différents organes de la fleur, ainsi que du fruit et, s’il y a lieu, de la graine; on y ajoute généralement l'indication des particularités que présentent les organes de la végétation.

Pour le genre Cypripedium, on peut donner la diagnose suivante, facile à comprendre, d’après nos études précédentes :

Sépales étalés, le supérieur libre, les latéraux le plus souvent soudés jusqu’au sommet pour n’en former qu’un seul, quiest placé sous le labelle et qui, quoique double, est souvent plus petit que le supérieur. Pétales étalés, libres, souvent plus étroits que les sépales. Labelle sessile, grand, dilaté en une poche volumineuse qui a la forme d’un sabot. Gynostème court, arrondi. Anthères fertiles au nombre de deux, latérales, souvent sessiles, presque globuleuses, à deux loges parallèles ; pollen granuleux, revêtu d’un enduit visqueux ; une troisième anthère est transformée en un grand staminode, placé obliquement au sommet du gynostème. Stigmate en avant du staminode, à contour souvent arrondi, trilobé, glabre ou velu. Ovaire uniloculaire, à placentation pariétale. Capsule uniloculaire, allongée ou oblongue. — Herbes terrestres ou très rarement épiphytes, à rhizôme court ou rampant. Tige dressée, simple, plus ou moins feuillée. Pédoncule terminal, simple, portant une fleur ou rarement deux, très rarement plusieurs. Fleurs grandes, souvent munies d’une bractée.

Un certain nombre d’espèces présentent des particularités exceptionnelles dans leur organisation. Ainsi le C. arietinum, de l'Amérique boréale, a les sépales latéraux absolument libres: les C. Parishi, C. Plilippinense, C. Sanderianum, C. Stone, et quelques autres espèces de l'Asie tropicale ou de la

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Malaisie ont une inflorescence composée de plusieurs fleurs et des pétales fort longs, qui rappellent les Selenipedium ; la dernière espèce citée, a en outre, le staminode longuement frangé sur les bords; les C. callosum et C. niveum ont deux bractées opposées à la base des fleurs ; le C. acaule et quelques autres espèces n’ont que deux feuilles opposées.

Il est remarquable que toutes les espèces qui croissent dans les régions boréales ont des feuilles membraneuses, naissant sur une tige qui périt chaque année; tandis que celles des pays tropicaux ont des feuilles coriaces et persistantes, naissant toutes à la base de la tige.

En tenant compte de ces diverses particularités, on peut établir dans le genre Cypripedium les quatre divisions suivantes :

Sect. 1. ARIETINA. —- Sépales pairs entièrement libres. Tige annuelle, portant de nombreuses feuilles membraneuses.

Sect. 2. Forrosa. — Sépales pairs soudés. Tige annuelle, portant plusieurs feuilles membraneuses.

Sect. 4. — CoRIACEA. — Sépales pairs entièrement soudés. Feuilles coriaces, persistantes, généralement étroites, naissant toutes à la base de la tige.

La section Arietina ne contient que le C. arietinum, mentionné plus haut.

La section Foliosa se compose de dix à douze espèces, disséminées dans les contrées boréales de l’Europe (une espèce), de l’Asie et de l'Amérique.

La section Diphylla comprend le C.acaule de l’ Amérique boréale, le C.guttatum de Sibérie, le C. elegans du Thibet, et les C. Faponicum et C. debile du Japon.

La section Coriacea est de beaucoup la plus importante, car c’est celle qui fournit toutes les espèces et variétés cultivées en si grand nombre dans les serres. Ces espèces se croisent avec la plus grande facilité. M. Verrcx ne décrit pas moins de soixante-six hybrides obtenus à l’aide d’un certain nombre d’entre elles.

Les nombreuses formes de ce groupe répandues dans les cultures peuvent étre ramenées à un peu plus de trente espèces, qui croissent toutes naturellement dans une aire géographique nettement circonscrite : on en rencontre depuis le Sylhet, au pied de l'Himalaya, jusqu’à la Nouvelle-Guinée, et de l’île de Java jusqu'aux environs de Canton, en Chine. Chaque espèce n’occupe généralement qu'une bien faible portion de cette zone; plusieurs d’entre elles n’ont encore été trouvées qu’une seule fois, et il en est même dont on ignore le lieu d’origine précis. Les espèces les plus septentrionales croissent vers 27° de latitude nord, et les plus australes n’atteignent pas 8° de latitude sud.

(Sera continué.) A. CoGNIAUX.

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