‹ Le journal philosophique de BerkeleyChapitre 21 sur 55 · Etudiez un enfant dans le sein (de sa mère · texte numérisé non relu

Etudiez un enfant dans le sein (de sa mère

Marquez la suite et la succession de ses idées. Observez comment la volition lui vient à Tesprit. Vous pourrez peut-êire ainsi connaître sa nature.

24'2. Le plaisir semble plutôt déterminer, précéder et constituer Tessence de la volition que le malaise.

243. Vous objectez que, suivant ma doctrine, Thomme n'est pas libre. Je réponds : « Dites moi ce que vous entendez par le mot libre, et je vous résoudrai la difficulté, »

244. Ou'entend-on par corps touchant un autre corps? Je prétends que vous n'avez jamais vu, ou plutôt je dis que je n'ai jamais vu, un corps dont je puisse dire qu'il touchait celui-ci ou celui-là, car, si mon optique était meilleure, j'apercevrais des intervalles et d'autres corps derrière ceux qui paraissent se toucher,

245. Faire preuve, en toutes circonstances, de la plus grande modération ; réfuter les mathématiciens avec la plus grande civilité et le plus grand respect ; ne pas les appeler savants nihilistes.

(p. 443.) — 246. Brider mon tempérament satirique.

247. Ne me blâmez pas, s'il m'arrive quelquefois d'employer des mots dans un sens quelque peu étendu. On ne peut faire autrement. C'est la faute du langage, si vous ne pouvez pas toujours saisir le sens clair et déterminé de mes paroles, (p. 33)

248. Il pourrait exister, dites-vous, une substance pensante, ([uelque chose d'inconnu, qui perçoit, supporte et relie les idées. Je vous réponds : montrez que le besoin de cette substance se fait sentir et je vous accorderai qu'elle existe. Je ne me soucie pas de supprimer quoi que ce soit à l'existence de quoi j'ai le moindre motif de croire.

.249. J'affirme qu'il est manifestement absurde, on ne peut fournir aucune excuse possible, d'employer un mot sans une idée. Nous trouverons sûrement que, quelque mot dont nous fassions usage, dans les matières de pure logique, doit, ou devrait (Mre accompagné d'une idée complète, c'est-à-dire que le sens dans lequel nous rem[)loyons, devrait être complètement connu.

250. On peut démontrer qu'on ne peut être amené à imaginer l'existence de quoi que ce soit dont nous n'avons

aucune idée. Quiconque dit le contraire est lui-môme dupe de mots.

251. Nous supposons qu'il existe une grande différence et une grande distance par rapport au savoir, à la puissance, entre un homme et un ver : on peut supposer, enlre l'homme et Dieu, une différence pareille, une différence infiniment plus grande.

2.52. Nous trouvons, dans notre esprit, un grand nombre d'idées différentes. Nous pouvons nous imaginer qu'il en existe, en Dieu, un plus grand nombre, ou que le nombre de nos idées est insignifiant en comparaison des siennes. Nous appliquons les termes différence et nombre, qui sont vieux et connus, à ce qui est inconnu. Mais je me trouve dans un fouillis inextricable de mots et il n'est guère possible qu'il en soit autrement.

253. La principale chose que je fais ou prétends faire, c'est écarter le brouillard ou le voile des mots. C'est ce qui a été une cause d'ignorance et de confusion ; c'est ce qui a causé la perte des scolastiques et des mathématiciens, des hommes de loi et des prêtres.

(p. 444). — 254. La grande source de perplexité et d'obscurité, quand nous traitons de la volonté, c'est que nous nous imaginons qu'elle est objet de pensée. Nous croyons, pour employer la manière vulgaire de parler, que nous sommes capables de la percevoir, delà contempler et delà considérer comme toute autre de nos idées, alors qu'en réalité ce n'est pas une idée, qu'il n'en existe aucune idée.

Elle diffère toto caeloùn jugement, c'est-à-dire de toutes nos idées. Si vous dites que la volonté, ou plutôt la volition, est quoique chose, je réponds qu'il y a homonymie dans le mot « chose » appliqué aux idées et à la volition, au jugement et à la volonté. Toutes les idées sont passives. (^) (p. 34).

255. Chose et idée sont en grande partie des mots de même étendue et de même sens. Pourquoi donc ne pas employer le mot (( chose » ? Parce que le terme « chose » a plus de latitude que le terme idée : il comprend les volitions et les actions. Or ce ne sont pas des idées.

256 II peut y avoir perception sans volition. Peut-il y avoir volition sans perception ?

257. L'existence inconcevable sans perception ou volition, ne peut pas en être séparée.

(1) Var. éd. 187L Toutes los idées sont des volitions (ou action») passives.

*258. Plusieurs idées distinctes peuvent être perçues par la vue et par le toucher à la lois. Il n'en est pas de même des autres sens. Cette diversité de sensations, surtout dans les autres sens et quelquefois dans les sens du toucher et de la vue (c^nme aussi la diversité des volitions, dont on ne peut avoir, ou dont il semble qu'on ne puisse avoir plus d'une en même temps, car j'en doute) nous donne l'idée de temps, ou constitue le temps luimême.

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