‹ Le journal philosophique de BerkeleyChapitre 25 sur 55 · Des idées d'utilité sont attachées aux nombres · texte numérisé non relu

Des idées d'utilité sont attachées aux nombres

378. Dans les problèmes d'arithmétique, on ne cherche pas une idée de nombre. On ne cherche qu'une dénomination : c est tout le profit qu'on en retire.

379. Enlevez les signes de l'arithmétique et de l'algèbre et dites-moi ce qu'il en reste.

380. Ces sciences sont purement verbales et complètement inutiles, sauf dans la pratique dans les sociétés humaines. Pas de connaissances spéculatives, pas de comparaisons d'idées, dans ces sciences.

(p. 457). — 38L Ne peut-on mettre la géométrie parmi les mathématiques mixtes, l'arithmétique et l'algèbre étant seules

considérées comme sciences abstraites pures, c'esl-y-dire tout à fait nominales^ et la géométrie n'étant qu'une application de ces deux sciences aux points?

382. Locke — des propositions insignifiantes. Noter et étudier soigneusement ce chapitre (L. 4, c. 8)

383. L'existence, Tétendue, sont abstraites, c'est-à-dire ne sont pas des idées. Ce sont des mots inutiles à la foule et inconnus d'elle.

384. Le plaisir sensible est le souverain bien. Voilà le grand principe de morale. Gela étant bien compris, toutes les doctrines, même le plus sévère des Evangiles, peuvent être clairement expliqués.

385. Le plaisir sensible, en tant que plaisir, est bon et peut être désiré du sage. Dans le cas où il est méprisable, ce n'est pas en tant que plaisir, mais en tant que douleur et cause de douleur, ou, ce qui revient au même, en tant que privation d'un plus grand plaisir.

386 Après réflexion (je trouve que) plus nous voyons d'objets à la fois, plus ils sont éloignés, et Tœil qui voit beaucoup de choses ne peut en voir aucune de près.

387. J'entends par idée tout objet sensible ou pouvant êlre imaginé.

388. Pour êlre sûr (de Texistence) des. choses que nous ne percevons pas actuellement, je dis ce que nous ne percevons pas, nonce que nous n'imaginons pas), nous ne devons pas être tout à fait passifs : il nous faut une disposition à agir, il doit y avoir assentiment, ce qui est actif. Bien plus, que dis-je? Il doit y avoir véritable volition. (p. 48)

389. Que démontrons-nous en géométrie sinon que les lignes sont égales ou inégales, c'est-à-dire ne peuvent porter le même nom?

390. J'approuve l'axiome suivant des scolastiques : Nihil est in intellectu quod non prias fuerit in sensu. Je voudrais quils fussent restés fidèles à ce principe gui ne leur aurait jamais enseigné la doctrine des idées abstraites.

(p. 458.) — 391. IMIiil dat quod non habet ou bien, l'eflet est contenu dans la cause, est un axiome que je ne comprends pas, ou que je ne crois pas vrai.

392. Quiconque jettera les yeux sur les écrits des philosophes anciens ou modernes et verra tout le bruit fait au sujet de l'être, de la volonté objective et formelle, etc. . . .

393. Absurde de prouver l'existence de Dieu par son idée. Nous n'avons pas d'idée de Dieu, c'est impossible.

394. Une cause de beaucoup d'erreurs et de confusion, c'est l'ignorance du sens du mot « réalité ».

395. Dans la 3« Méditation, Descaries s'ap[)elle une siibslancc pensante ; il appelle une pierre substance étendue ; il ajoute que les deux s'accordent sur un point, c'est que ce sont des

substances. Or dans le paragraphe suivant, il dit que l'étendue est un mode de la substance.

396. Dans la 2« Méditation, Descartes dit que la notion de cette cire particulière est moins claire que celle de la cire en général ; un peu avant ce passage, dans la même méditation, il s'abstient de considérer les corps en général, parce que ces conceptions générales, dit-il, sont ordinairement confuses.

397. Les philosophes prétendent communément que si 1 ame humaine existait par elle-même, elle se serait attribué toutes les perfections possibles. C'est ce que je ne peux pas comprendre.

398. Pousser les hommes vers les plaisirs de la vue et de Touïe qui ne rassasient point et n'amènent pas après eux les maux que les autres entraînent. (p. 49).

399. Nous n'observons aucune variété, aucune différence, entre les volitions; nous n'en observons que dans leurs effets.

C'est une volonté unique, un acte unique qui se différencie par ses effets. Cette volonté, cet acte, est l'esprit, ou principe agissant, ame, etc. Il n'est pas question de craintes, ni de jalousies, rien qui ressemble à un parti, (l'esprit de parti ?)

400. Locke, dans son livre iV, et Descartes, dans la 6" Méditation, emploient le -môme argument en faveur de l'existence des objets; à savoir que, quelquefois, nous voyons, sentons, etc., contre notre volonté.

401. Tant que j'existe, tant que j'ai (juelque idée, je veux perpétuellement, constamment. Mon acquiescement à Tétat présent est le résultat de ma volonté.

402. L'existence de toute chose imaginable ne diffère en rien de l'imagination ou de la perception. La voHtion ou volonté n'étant pas imaginable, on ne doit pas avoir égard à son existence, (l'^' livre).

(p. 459). — 403. Il y a quatre sortes de propositions. L'or est un métal. L'or est jaune. L'or est (ixe. L'or n'est pas une pierre. De ces quatre propositions, la l'^, la S*' et la 3^. ne sont que nominales et n'ont aucune proposition mentale correspondante.

404. Dans la défense des sens, réfuter complètement ce que dit Descartes dans le dernier paragraphe de la dernière Médita lion, à savoir que les sens lui donnent plus souvent des informations fausses que vraies ; que la sensation de douleur ne m'avertit pas que mon pied esl blessé ou rompu, mais qu'ayant fréquemment remarqué que ces deux idées d'une douleur particulière cl de mon pied blessé, vont ensemble, je les considère à tort comme inséparables, par une nécessité naturelle. Comme si la nature était autre chose que Tordre établi par la libre volonté de Dieu !

40r>. Descart(^s reconnaît que nous ne connaissons pas une substance immédiatement par elle-même, nuiis par cela seul

qu'elle est le sujet de plusieurs actes. Réponse à la 2« objection de Hobbes.

406. Hobbes est, dans une certaine mesure, d'accord avec Locke, quand il dit que la pensée est à lui-même, comme la danse est au danseur. . .

407. Dans sa 3= objection, Hobbes se moque des expressions suivantes des scolastiques : la volonté veut, etc. Locke lait de même. Je suis d'un avis tout à fait différent. (p. 50)

408. En réponse à l'objection 3^ de Hobbes, Descartes avoue qu'il est distinct de la pensée, comme une chose est distincte de son mode ou de sa manière.

409. L'opinion d'après laquelle l'existence serait distincte de la perception entraîne d'horribles conséquences ; c'est le fondement de la doctrine de Hobbes.

410. Dans le livre oi^i il explique sa théorie, Malebranche diffère beaucoup de moi : il doute de l'existence des corps, tandis que je n'en doute nullement.

41 1 . Je diffère des Cartésiens en ce que je soutiens que l'étendue, la couleur, existent réellement dans les corps et indépendamment de notre esprit. A exposer lout cela soigneusement et clairement.

(p. 460.) — 412. Ne pas faire mention de la combinaison de pouvoirs, mais dire que les choses (les effets eux-mêmes), existent réellement, même quand elles ne sont pas perçues, mais toutefois par rapport à la perception.

413. Le grand emploi de chiffres indiens, par dessus les chiffres romains, montre que l'arithmétique porte sur des signes non sur des idées, non pas du moins sur des idées différentes des caractères eux-mêmes.

414. Le raisonnement peut exister pour les choses ou les idées, ou pour les actions ; mais la ^démonstration ne peut être que verbale.

415. Descartes dit : l'idée de Dieu n'est pas mon œuvre, car je ne puis rien ajouter ou rien retrancher à cette idée.

Il ne peut pas davantage ajouter ou retrancher à toute autre idée, même aux idées qu il a créées lui-même.

410. C'est une grande erreur, chez Hobbes, de ne pas distinguer la volonté des idées. Il ne tient aucun compte des choses qui ne sont pas des idées.

417. A ce compte, direz-vous, tout n'est qu'idée, pur fantôme. Je vous réponds : tout est aussi réel que jamais. Je i)ense que le fait d'appeler une chose idée ne lui enlève rien de sa réalité. Je m'en serais peut-être tenu au terme « chose » et je n'aurais pas employé le terme « idée >, bi ce n'eût élé pour unô raison que je crois bonne et que je donnerai dans le livre IL (l> 51)

418. L'idée est l'objet de la pensée. La chose à laiiuclle ji' pense, quelle qu'elle soit, je l'appelle idée. La pensée elle-même

ou l'action de penser, n'est pas une idée, c'est un acte, c'est àdire une volition, c'est-à dire encore, en tant qu'elle s'oppose aux effets, la volonté.

419. Locke (L. 4 c. 5) ne donne pas le véritable motif de la difficulté des propositions mentales. Ce n'est pas à cause des idées complexes, mais à cause des idées abstraites. L'idée de cheval est aussi complexe que celle de courage. Pourtant, quand je dis : le cheval est blanc, je forme une proposition mentale avec facilité. Mais quand je dis : le courage est une vertu, je trouve difficile ou même impossible d'arriver à une proposition mentale.

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