CHAPITRE IX
Sommaire. — Mort de Louis de Bueil (février 1447). — Jean V vend Ghàteau-Fromont à la reine Yolande. Engagement et rachat de la seigneurie de Mirebeau (I 'i31-1448). — Reprise des hostilités avec l'Angleterre. Conquête de la Normandie. Bueil capitaine de Cherbourg et amiral de France (1448-1450).
Sur ces entrefaites, Louis de Bueil était mort dans une des joules chevaleresques que la paix faisait surgir de toutes parts' et où brillaient, au premier rang, les Angevins et les Bourguignons. Cette joute eut lieu à Tours le 3 février -1447^, en présence d'une noble assemblée, où figuraient, outre le Roi et la Reine, nombre d'autres princes et seigneurs, parmi lesquels on remarquait Jean de Bueil, Dammartin et Brézé. Mathieu Gough accompagnait, comme parrain, JeanChâlons^, l'écuyer anglais qui avait défié Louis de Bueil.
1. Escouchy. — Olivier de la Marche. — Bourdigné, I, XXVIII et s.
— Vallel de Vir. — En 1446 eut lieu Vemprise du Dragon, entre Cliinon et Kazilly. Le roi René tinl, l'année suivante, près de Saumur, le Pas de la joyeuse Garde, auquel Bueil assistait.
2. Lainbron de Li^nin en a donné un récit {Mém. de la Soc. archfiol. de Touraine, tome XI) dans un arlicle intitulé Joules et Tournois, auquel nous renvoyons pour plus de détails. Les renseignements de Lambron sont tirés de manuscrits anglais. Le récit principal, donné in extenso, d'après une copie d'André Salinon, provient d'un manuscrit du xy' s. appartenant au Brilisli Muséum (Coll. Lansdowne. Ms. n' '285, 43'' article, foi. 48 à 52 r"). — V. aussi Escouchy, I, 109. — Vallet de Vir., III, 116.
— D'après The Chronicle of Fabyan (Londres, 1559, in-4'', p. 447), dans la 27° année du rèyne de Henri VI (1448-1449), Louis de Bueil aurait accusé [chalrnged) Ch;\loDs de certains faits de guerre. Jour aurait été pris pour i)rouver {nprovc) ces accusations à Maunte ou Mauiicc. On voit (juc Fabyan se trompe de lieu et de date. — D'ajtrés Lainbron, celle joule n'a pu avoir lien dans l'intérieur de la ville de Tours, faute de jdace, mais les lices étaient placées entre les remparts et les Montils, dans le (luartier du ('.im|i du .Môle, entre les rues du Faubourg-la-Riche, des Uécollets, des Fosses-Saiiit-Martin et Saint-Claude.
3. Jean Chûlons (d'après Fabyan, Jtauf'e Chalons) se faisait accompagner, entre autres, par quatre poursuivants chargés de porter des ban-
1447] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. elj
Ghâlons entra dans les lices vers midi, dans le plus brillant appareil. Une heure après, Louis de Bueil se montrait à son tour, suivi d'un cortège qui donnait une haute idée de la grandeur de sa maison ^ C'est ainsi que son heaume était porté, devant lui, par le roi de Sicile en personne. Avant d'entrer, Louis fit demander au Roi, par Pierre de Brézé^, si son adversaire, Jean Ghâlons, était de noble maison et tel qu'il pût, sans déroger, se mesurer avec lui. Au cours de la joute et durant la cinquième course, la lance de Ghâlons blessa Louis à la main droite, en perçant le gantelet. Poton de Saintrailles s'avança alors vers le Roi pour lui exposer qu'une pièce du harnais de Bueil s'étant rompue, il était nécessaire d'interrompre le combat pour le reste de la journée ^ Le Roi ayant ordonné de consulter les chapitres'', Bertrand de Beauvau, sire de Précigny, qui en avait la garde, fit répondre que, d'après les conditions du combat, rien n'empêchait celui-ci de continuera Les deux adversaires fournirent donc une sixième course, dans laquelle
nières aux armes de leurs maîtres ou aux armes de Ghâlons. L'un de ces poursuivants, appartenant à Mathieu Gough, portait le nom ou plutôt le surnom de Beul.
1. Un manuscrit, appartenant à la collection de sir Thomas Philipps (v. la note suivante), contient une miniature représentant l'entrée de Louis de Bueil. Contrairement aux données du récit (Lambrou, p. 290), les armes figurées sur les bannières (de sable à 3 fers de moulin d'argent, posés deux et un) paraissent être de pure fantaisie.
2. La réconciliation des Bueil avec Brézé était donc une chose accomplie. D'après Escouchy (I, 108), Louis de Bueil faisait alors partie de l'hôtel du Roi, comme écuyer. Lambron indique (p. 302), dans un ms. du commencement du xvi' s. (Chellenham, ms. de sir Thomas Philipps 8528, fol. 33 v°), l'existence d'un récit du combat, accompagné des généalogies des deux adversaires. Vérification faite, ces deux documents sont sans grande importance. Jean Châlons serait le descendant d'un cadet de la famille française des comtes de Chàlons, nommé Hardouin, et venu en Angleterre avec Guillaume le Conquérant. Le père de Jean, Henry Châlons, avait épousé Marguerite Clifton. Jean mourut sans enfants.
3. La blessure de la main droite devait, en outre, l'empêcher de se servir de sa lance.
4. C.-à-d. les conditions spéciales du combat, qui étaient mises par écrit et rédigées par article. Lambron donne (l. c, p. 333, aux Pièces justihcatives) un spécimen de ces chapitres, datant de 1438.