‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 102 sur 321 · Et la dernière lance d'être courue · texte numérisé non relu

Et la dernière lance d'être courue

clij INTRODUCTION HIOGRAPHIQXJE. [1447

la lance de Châlons, touchant l'arrêt de la lance de son adversaire, défonça son armure et se brisa en lui traversant le corps de part en part^ Louis de Bueil expira entre six et sept heures, le même soir 2.

Le lendemain, 6 février, le corps fut porté à la cathédrale de

1. Au-dessous du bras, d'après Escouchy. Les précédentes courses avaient endommagé l'armure à cet endroit où il manquait un croissant ou gousset. Il est fait, dans le Jouvencel {!' part., ch. xxi), une allusion à cet accident, alors très fréquent, la plupart des coups de lance venant frapper cette partie, en glissant sur l'armure. — Bien qu'il ne soit pas fait mention des conditions du combat, il est probable, d'après ses résultats, qu'il avait lieu à fer émoulu (aiguisé) et non « armes courtoises. Ces sortes de joutes, malgré leurs suites sanglantes, rentraient encore dans la catégorie dos Armes de plaisance ou des Tournois. Elles doivent être soigneusement distinguées du Duel judiciaire ou Appel en gage de bataille, (|ui, minutieusement réglé par les ordonnances des rois, ne pouvait avoir lieu que sur la permission du souverain, dans des cas de vie ou de mort et lorsque toute preuve juridique faisait défaut. Au contraire, les joutes, dans lesquelles on ne courait qu'un certain nombre de lances, n'étaient généralement motivées par aucun différend grave, mais la plupart du temps par le seul désir de faire armes, .\insi, nous voyons le Jouvencel (2" part., ch. xxi) accorder à deux gentilshommes la i)ermission de faire armes, sans qu'aucun grief sérieux soit allégué. Le Jouvencel n'agit ainsi que pour conq)laire aux dames et damoiselles et sous la pression de la mode. Toutefois, il a soin de déclarer que c'est « chose défendue et vaine et sans utilité » d'exposer ainsi sa vie et son honneur. Bien que ce combat soit évidemment de même nature que la joute où périt Louis de Bueil, il y a lieu de remarquer qu'il est qualilié, dans le sommaire du chap.. de combat en champ clos, expression qui, dans un sens restreint, |>arait plutôt destinée à caractériser les duels judiciaires que les tournois. Mais ce terme doit être, sans doute, pris ici dans l'acception tout à fait générale de combat dans une enceinte fermée, par opposition à la rase campagne. — On trouvera aussi dans le Jouv. {l. c.) la description d'un duel judiciaire, ainsi que le texte des Ordonnances de Philippe le Bel, sur ce dernier point (3"' partie, ch. m). — V. le Glossaire de Ducange aux mots Duellum, Pugna, Campus, faclum et Torneumentum. — Wulson de la Colombière, Théâtre d'honneur et de chevalerie (Paris, 1G48), 1, préface et p. 35, ^.ô'î et '265: 11, préface cl p. 71. — Mémoires d'Ol. de la Marche, éd. Beaune et d'Arbaumonl, 11, p. 90 cl 402. — Viollet le Duc, Dut. du mobilier, au mot Tournois.

'2. LaiiibniM reproche au l\n\, non sans (|uel<|ue apiiarence de raison, d'avoir fait continuer le conihal. Toutefois, il par.iit bien délicat de trancher ainsi des (|uestioas de point d'honneur, vieilles de plus de (|ualre siècles. Il faut remarquer aussi «pi'Kscouchy (1, 109) donne une toul autre version. D'après lui, te serait Louis de liueil lui-même «jui aurait forcé la main au Koi, en demandant « (|ue les armes accordées entre eux fussent paracomplics. »

1447] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. cliij

Tours, où l'un des ambassadeurs d'Angleterre officia ^ Puis, à la lueur des torches ^, les assistants accompagnèrent la dépouille, posée sur un chariot, jusqu'au bourg de Bueil, où Louis fut enseveli dans la collégiale fondée par ses ancêtres 3. Le Roi, les seigneurs et les dames se montrèrent désolés de la triste fm de ce brillant écuyer^. Ghâlons, lui-même, profondément affligé, prit part aux obsèques et Charles VII, loin de lui montrer aucun déplaisir, le combla de présents^ et le renvoya avec un saufconduit en Angleterre.

1. «Le premier seal d'Angleterre. » Il s'appelait maître Adam Moleyns et était doyen de Tégiise de Salisbury et protonotaire du saint-siège. L'autre ambassadeur se nommait Dondellay ou Dudiey. Tous deux étaient chargés de négocier une troisième prolongation des trêves (Lambron, l. c, p. 293 et 329), qui fut conclue à Tours, le 22 février. Elle devait durer jusqu'au 1" janvier 1448. — Escouchy, III, 114.

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