‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 291 sur 321 · Var. : « qui s'i liebergcnt. » A. G. F. Éd. Lenoir · texte numérisé non relu

Var. : « qui s'i liebergcnt. » A. G. F. Éd. Lenoir

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Ainsi fut conclud entre lui et ses compaignons ; et partit le Jouvencel de Grathor^ en belle compaignie, et envoya ses guettes pour sçavoir nouvelles de ses ennemys et pour parler à ses guydes qu'il avoit sur le payz. Et, à bien entendre, ces guides sont vraies espies, qui estoientà ses gaiges, demourans en l'obéissance de ses ennemis. Et ainsi que le Jouvencel chevauchoit, lui et ses compaignons, lui vindrent nouvelles, par l'une de ses guettes, que ses ennemys chevaulchoient droit à Crathor et qu'il n'yroit point là ou il pensoit.

Ainsi souventeffois advient que l'en ne va pas où l'en cuide ; et, quant on cuide faire une entreprinse, on en fait une autre pire ou meilleure. Pour ce dit-on que les gens de guerre vont à l'adventure ; car, quant ilz partent de l'ostel, ilz ne scevent qu'ilz doivent trouver en chemin.

L'adventure 2 fut telle au Jouvencel qu'il lui convint arrester, pour les nouvelles qu'il avoit ouyes. Et, ainsi qu'il parloit à ses gens en ung pais estroit, lui vint soudainement dire l'un de ses serviteurs : « Veez cy « nos ennemys. » Et tout à coup le Jouvencel dist à ses gens de pié : « Il ne fault pas recuUer d'icy ; car « en recullaçit, se l'on chargeoit sur nous, nous serions

i. En marge dans le ms. A. : « Qui est Sablé et Luc. » 2. Ms. A. en marge : « Gomment monseigneur de Bueil, dit le Jouvencel, deffist Rodigues, conte de Rybedieux, près du Pontde-Scel. » Cette note est fausse. La détrousse de Rodrigue de Villandrando aux Ponts-de-Cé en septembre 143.S est racontée dans la troisième partie du Jouvencel, ch. m. L'aventure qui va être racontée est probablement le récit d'un petit fait d'armes où Jean de Bueil fut vainqueur. Nous n'avons pu l'identiiîer.

« desconfitz; et pour ce tost à pié. » Ainsi saillit à pié le Jouvencel et toute sa compaignie à très grant dilligence et fist marchier son estandart au long d'une haye; et là se mist en bataille, son estandart ou millieu, avec la plus grosse turbe de ses gens de guerre ; et aux deux bouts de la haye envoya deux petis tropelets de ses gens d'armes, c'est assavoir, des deux costez, les uns à dextre et les autres à senestre. Et, entre son enseigne et ses deux tropeletz de gens d'armes, estoient ses archiers bien arrengiés. Et derrière lui, en ung petit marrais, mist tous ses chevaulx et paiges, ou lieu où ses ennemys ne les povoient gaingner. Et tantost si arrivèrent les ennemis beaucoup en plus grant nombre qu'il n'estoit, qui sus pies l'adviserent et dirent l'un à l'autre : « A ceste fois est « nostre le Jouvencel et tous ceulx de Grathor. Veez flt les là. Fy! ilz ne sont riens auprès de nous. Sus à « pié ! Or y perra (?) » Ainsi descendirent les ennemis du Jouvencel à grant orgueil et marchèrent le grant pas droit à lui ; et le Jouvencel les attendit de pié coy sans bougier; et tellement marchèrent les ennemys que, quant ilz arrivèrent au Jouvencel, ils estoient en la grosse alaine et marchoient les ungs après les autres. Car tous n'estoient pas d'une force. Les premiers, qui arrivèrent, furent renversez et mors; et, quant ceulx de derrière l'adviserent, tournèrent en fuyte à qui mieulx mieulx, chacun pour recouvrer son cheval ; et ainsi furent desconfitz et gaigna le Jouvencel la victoire et tousjours Dieu conduisit son œuvre jusques à la fin.

Et lors dist le Jouvencel à ses compaignons : « Mes- « seigneurs, vous avés veu comme ces gens, qui

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« estoient plus que nous la moittié, se sont desconfitz « par deffaulte de conduite, et comment ilz sont venuz <t marchant de loing contre nous, sans attendre l'un « l'autre. Et pour ce je vous dy pour maxime que « toutes et quanteffoiz que gens à pié marchent contre « leurs ennemys front à front, ceulx qui marcheront <t perdront, et ceulx qui demeureront pié coy et tien- « dront ferme, gaigneront. Et ceulx de cheval tout « au contraire ; car ceulx qui assaillent et marchent « à cheval , gaignent , et ceuLx qui demeurent et « actendent, perdent. Je ne dy pas que sur cecy n'y « ait des praticques, tant à ceulx de pié comme à « ceulx de cheval, lesquelles je vous declaireray cy « après. »

CHAPPITRE IX.

De pluseurs bonnes praticques de guerre pour combatre ses ennemys estans en bataille à pié.

« Et premièrement pour combatre à pié, se vous « trouvés gens en une bataille rongée sans fortiffica- « tion, il est force que leur bataille soit longue; et « par raison doivent mettre la puissance de leurs gens « d'armes ou millieu, et aux esles leurs archiers et « autres gens de traict, s'ilz en ont. Et, pour garder « leurs gens de traict, fault qu'ilz aient au bout de « leurs esles quelque nombre de gens d'armes selon « la puissance qu'ilz seront. Et, se c'est de tous points « une grosse puissance, encores doivent-ik avoir à < leur dos une petite bataille de gens, adfin qu'on ne

« leur donne ^ par derrière, et pour marchier là où ilz a vcrroient que besoin^ seroit. Et pour ce vous dy « que, se ces gens ne sont bien ordonnés et en lieu « advantageux comme gens, choisissent champs et « places les plus advantageux qu'ilz pevent pour cornet batre. Car on y gaigne le solleil, on y gaigne le vent « pour envoier la pouldre droit à ses ennemys. S'il y a « point de haye ou de fossé (pou petit qu'il soit il fait a grand bien;) ou quelque moUière, ou pais, pré ou « champ mol, ou rivière, ou bois fort, par où on ne « puisse marcher pour abréger, on doit sercher voul- « lentiers tous les advantaiges qu'on y puet trouver. « Et, quant gens sont en tel estât, vous ne les devés « pas aller combatre ne marchier contr'eulx. Mais « vous devés aller logier près d'eulx, et non pas si « près qu'ilz vous puissent surprendre, au lieu le plus « fort et le plus advantageux que vous pourrés recou- « vrer. Et, s'il y a point de rivière près, vous la devez « gaingner à vostre pouvoir ; car une rivière sert à « merveilles à ung ost, tant pour sceurté que pour « l'aisément^ des vivres; on y abreuve les chevaulx « et tout le bestial de l'ost; on passe d'un costé et « d'autre; on s'en arme quant on veult; on garde « que ses ennemys ne s'en puissent aider. Se c'est « rivière qui porte navires, on en recouvre des vivres. « Pour ce dy je que l'ost, qui a la rivière à son com- « mandement, a de grans advantaiges. Si la recœuvre « qui pourra. Se vous avez la rivière, vos besongnes « en vallent mieulx; se vous ne l'avés, si ne cesserez

i. Var. : « qu'on ne les elTondro. » Éd. Vérard et Lonoir. '2. Var. : a l'aisivcté. » B. — « l'aiseté. » I). E. — « l'aisance. » Éd. Vérard et Lenoir.

« VOUS pas à grever vos ennemis par les moyens qui « s'ensieuvent et autres, de quoy on se puet tousjours « adviser. Vous devés chevaulclier entour ces gens*, « qui sont en bataille, tellement qu'il ne leur vieno-ne « nulz vivres et, s'ilz en ont, les tenir si longuement « qu'ilz les menguent; parquoy leur soit force qu'ilz « marchent devant vous. Et, se ainsi est qu'ilz c( marchent une fois, vous devés mettre toutes vos « paines de les trouver en marchant. Car force leur « est, s'ilz marchent, de vous tourner le dos ou le « costé ou qu'ilz viengnent tout droit à vous. S'ilz « viennent tout droit à vous, vous avés ce que vous « demandés; car ilz marchent et vous les attendes, « qui est l'advantaige que vous serchez.

« Vous me povez debatre que, s'ilz s'en vont et ne « viennent à vous, qu'ilz pourroient avoir une grosse « arrière-garde ; je vous dy que, depuis que une puis- « sance tourne le dos devant une autre, qu'elle pert le « cuer ; et en icellui cas vous ne devés point faindre - à « les assaillir. Je dy bien que, se leur retraitte est loing, « que vous les devés assaillir en lieux les plus advan- « tageux que vous pourrés, et le plus près de leur « retraitte, vos batailles, vos esles et vostre arrière- « garde bien ordonnées. Et tousjours, quelque nombre « de gens que vous ayez, ou grant puissance ou petite, « quant vous besongnerés, aiez tousjours vostre ren- « force selon le nombre que vous serés; qu'ilz ne « facent riens sinon secourir là où ilz verront que «[ besoing sera.

1. Var. : « Vous devez chevaulcher et haier voz ennemiz. » Éd. Vérard et Lenoir.

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