Var
« seureté. » C. F.
« ilz n'ont plus la force de crier. » Éd. Lenoir,
« compte. » B.
« donc d'une bataille, qui est ung peuple et où il y a a tant de testes qu'ilz ne se puent toutes entendre, [ce] « que c'est quant il fault qu'ilz marchent devant leurs « ennemiz, en telle manière qu'ilz ne pcvent aller l'ung « quant et l'autre, et n'y voient goutte par derrière ; « qu'il y a à dire de ceulx qui les voient et vont « aprez et concevent à l'œil leur aller et leur marcher « et, si faulte y a, ilz la congnoisscnt et est en eulx « d'assaillir, quant il leur plaist, ou de n'en faire riens. « Et par ce ilz sont asseurez et ont leurs sens avecques « eulx et ne sont point troublez et choisissent leur « parti, quant il leur plaist. Pour ce je di, Monsei- « gneur, que vous devez laisser partir et aller devant « ces gens icy. Se vous voyez à l'œil que vous leur « doyez courrir sus dès le despartir, vous le ferez, « ou en chemin, si vous voyez qu'il soit affaire. Quant « ilz arriveront à leur place, pareillement. Et povez « choisir tel parti qu'il vous plaira; mais commune- « ment à l'arrivée de leur retraicte est le meilleur. « Car, comme je vous ay dit, homme ne les sauroit a tenir en ordonnance. Et, pour ce, je suis d'oppinion a que vous actendez au derrenier à les assaillir, si « vous voiez chose, qui vous plaise entre cy et là*. Et « faictes, comme j'ay dit, vostre dilligence qu'il fjc « leur viengne riens. Et vous avez cest avantaige qu'il « fault en despit d'eux qu'ilz marchent devant vous, « dont vous estes grandement tenu à Dieu ; et en « guerre on doit cercher tous les avantaiges (ju'on « peut. Car communément on dit : Qui a le prouHIt
1. Var. : « entre lour champ, qui est près de bas, et leur retraict. » Ed. Lenoir.
« de la guerre, il en aura l'honneur. Monseigneur, « pour ce que j'ay dit que on doit communément voir, « qui puet, la contenance de son ennemy, il est vray ; « mais je n'entens pas que aucuneffoys on ne mette « peine de surprendre son ennemy, comme en ung « logeiz, en chevauchant ou par une embûche. Et en « joue l'en à quitte ou à double ; car, qui fault à les « surprendre et ilz vous voient venir, je dy pour ce « qu'ilz sont arrestez, qu'ilz ont de grans avantaiges. « Et pour ce, Monseigneur, quant on va en guerre, « on doit chevaucher délibéré d'arrester et tenir ferme, « quelque chose qu'il adviengne, sinon on ressemble à « aucuns larrons de guerre, qui vont pour embler ung « homme en sa maison, ou pour guetter ung chemin, « ou pour prendre ung cheval à l'abrevoir, ou pour « courre et racourre. Encore, Monseigneur, je dy « bien que ung homme, qui a affaire à ung aultre « homme seul à seul, fera que saige de fraper le pre- « mier, s'il peut. Monseigneur, laissons partir ces gens « icy et deffendez que on ne face nulles escarmouches, « si vous ne le faictes saigement et par grant delibe- « racion. »
Lors dist le conte de Parvanchières à tous : « Le « cappitaine de Grathor a grandement et notablement « parlé. Et pour ce, je vous prie, dictes s'il y a que « corriger. Car l'eure tarde et il fault que nous allons « mettre ordre en noz guetz et à noz gens et à tout « nostre fait, chascun à son endroit. » — « Monsei- « gneur, dist tout le monde, homme ne pourroit « mieulx parler que a fait le cappitaine de Grathor ^
202 LE JOUYENCEL.
(S. et ne fault pas que nous perdons temps à dire riens « aprez luy. Besongnez à savoir qui chevauchera et à « la pohce de voz vivres et de vostre guet, et faictes « crier les choses que vous voulez qui soient tenues « entre voz gens. »
Ainsi fut conclud et se tindrent à Toppinion du cappitaine de Grathor. Et firent leur ordonnance, ainsi que plus à plain verrez. Aprez demande le conte qui chevauchera sur le païz des ennemyz, affin que vivres ne leur viengnent. Tous furent d'oppinion que ce seroit monseigneur l'Admirai, avecq lui le mareschal de Grathor, qui savoit le paiz des ennemyz, affin que vivres ne leur viengnent; et bien seroient puissans. Ainsi fut conclud et ainsi fut fait. Et ilz firent si bien leur devoir, que vivres ne secours ne vindrent aux ennemiz. Aussi estoient ilz bien gens pour ce faire.
Aprez fut baillée la charge et police de despartir les vivres au Maistre des arbalestriers et au viel cappitaine de Grathor. Et puis fut ordonné que le sire de Roqucton auroit la conduicte de faire les escoutes en tous les logeiz et de les ordonner par toutes les venues. Puis fut baillé au sire de Roqueton ung jeune homme entre les autres qui avoit grant voulloir et bon désir d'apprendre et faire ce que on lui commanderoit, nommé Guyon de Perrouse^ lequel fistau sire de Roqueton plusieurs questions pour savoir qu'il avoit à faire au quartier, dont il avoit la charge de
« sçauroit pas trouver un mieulx parlant que le capitaine de Cra- « thor, etc. » Éd. Vérard et Lenoir.
1. Porrouso était le nom d'un domaine dépendant de la seigneurie de Cliasteaux-en-Anjou (jui appartenait à Jean de Bueil. (Arch. Nat., P 342, f» I.)
faire le guet. Le sire de Rocqueton print plaisir en ses questions et entendist bien qu'il avoit boa voulloir de faire son devoir et d'apprendre. Et entre autres questions lui demanda : « Monseigneur, que doy-je faire, « quant je seray encores nuyt là où je devray aller? « Vous me baillez x ou xii hommes, qui sont aussi « jeunes comme moy ; et eulx et moy n'avons riens veu « et ne savons que nous devons faire. Pour Dieu! « dictes moy ce que nous avons à faire. » Adoncq lui respondit le sire de Rocqueton : « Mon filz, je vous « pri, ayez ung peu de pascience que je despesche ces « gens icy, et puis je vous diray tout ce que vous c aurez à besongner. »
Tantost le sire de Rocqueton despartit à tous ceulx qui dévoient faire les escoutesS le payz où ilz dévoient aller, et leur bailla guides pour ce faire. Et luy vouUoit estre guide de Guyon de Perrouse, pour parler à lui et l'instruire au mieulx qu'il pourroit. Et le mena es lieux qu'il pensoit estre les plus dangereux. 11 achemina tous les autres; et lui sembloit bien que c'estoit gens assez instruitz à ce qu'ilz auroient affaire, et pour ce ne leur dit riens. Mais prist son chemin avecques Guyon et s'en allèrent aux escoutes.
Et tant allèrent qu'ilz vindrent en ung carrefour où se despartoient trois chemins. Et là le sire de Rocqueton dist à Guyon : « Guyon, mon amy, « veez-ci ces trois chemins par où les ennemyz pevent « venir. Vous avez xii hommes; en chascun chemin « vous en mettrez quatre, deux bien avant et deux
1. Var. : « ceux qui estoient ordonnés pour les escoutes. » B.
a yci au carrefour ; ainsi seront six hommes en ce « carrefour, et les six aultres seront es trois chemins. « C'est en chascun chemin deux; de quoy de chascun « des deux il en ira ung bien avant, et l'autre demourra « my chemin entre vous et le premier qui va devant. « Et, si le premier oit riens, il reviendra à son com- « paignon et lui dira ce qu'il aura ouy pour le vous « venir dire ; puis retournera escouter. Et puis vous « irez en personne, vous et ung de voz six, pour « savoir que c'est, et renvoyez devant cellui qui vous « sera venu dire la nouvelle, pour reserchier son com- « paignon et pour savoir s'il a riens ouy depuis. Et, « se vous trouvez, quant vous serez là, qu'il y ait « quelque bruit et que vous le sachiez bien au vray ; « car aucune foys une beste fait bruit, ou les oreilles « cornent ou ung homme seul ou deux, qui passent « [)aïz, ou cincq ou six hommes qui vont pour gaigner « à pié ou à cheval, ou le vent qui souffle, donne « aucuneffoys entendre aux gens qu'il y a quelque « bruit où il n'y a riens, et y a gens qui se effraient de « pou de chose. Et pour ce ne devez riens mander, « se vous ne estes bien acertainé ; car ce n'est pas « peu de chose d'effraier ung ost. Mais, si le cas y « avenoit que vous ouyssez quel{|ue bruit de gens et « (jue en fussiez bien assuré, vous en devriez aller en « personne au logeiz devers le chief doulcement et « sans effroy luy dire à part : Monseigneur, sans faulte « j'ay ouy gens. Et, cependant que vous yrez, laissez « voz compaignons bien advertis de venir l'ung aprez « l'autre dire tousjours ce qu'ilz auroient oy, coye- « ment. Et vêla, Guyon, ce que vous avez à faire; je « vous ay monstre le payz. » — « lia! Monseigneur,
« dit Guyon, pleust à Dieu que vous demourassiez « meshuy avecques nous pour nous compter de belles c( choses touchant la guerre! » — « Guyon, dist le « sire de Rocqueton, vouUez-vous que je demeure? » — « Ouy, Monseigneur, dit Guyon, s'il vous plaist. » Ainsi demoura le sire de Rocqueton. Et, comme ilz parloient de plusieurs choses plaisantes et d'armes et d'armours^ veez-cy venir une de leurs guettes au carrefour, qui leur dit : « J'ay esté jusques encontre « le siège, et vous dy qu'ilz font ung très grant « bruit, et cuide qu'ilz vueillent venir pour entre- « prendre quelque chose sur noz gens. Car j'ay ouy A passer sur le pont des gens à pié et à cheval ; et en « est venu deux à pié tout celéement le long d'une « haye me cuider prendre à la bride. Et j'en ay veu « en ung chemin creux plus de xl^; et incontinent « j'ay picqué et m'en suis venu à vous pour vous le « dire. » Et le sire de Rocqueton lui respondit : « N'a « tu pas laissé ton compaignon pour escouter tous- « jours? » — « Oil, dit-il, mais il a esté d'oppinion « que je venisse, pour ce que je les avoye veuz en « personne, pour le vous dire. » — « Or retourne, « dist le sire de Rocqueton, et escoute bien; et ne « vous tenez pas ensemble vous deux, et non pas si « loing que vous ne puissez bien entre-ouyr. Gardez « bien qu'on ne vous mette la main à la bride. Vecy « qui yra quant et vous pour nous rapporter des nou- « velles. » Et quant les compaignons furent partiz, le
1. Var. : « d'amours. » A. F. — « de plusieurs choses touchans les armes et autres plaisantes besongnes, veez-cy, etc. » Éd. Vérard et Lenoir.