‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 258 sur 316 · Var. : « soleil. • Ed. Vérard · texte numérisé non relu

Var. : « soleil. • Ed. Vérard

de paour qu'on ne se doubtast d'aucune chose. Mandèrent aussi à Foullières, à Gallebrun et à Jehan Hamon qu'îlz se rendissent en la Grant-Lande. Et sur ce partirent les messaiges et firent ce qui leur estoit chargé. Puis manda le Gappitaine au MareschalS à Piètres et à Gervaise Nardereau qu'ilz venissent par^ 1er à lui ; ce qu'ilz firent incontinent. Et firent serment au Gappitaine de celer la besogne et de faire ce qu'il leur ordonneroit; et leur pria qu'ilz tenissent la chose secrette, en leur remonstrant que, soit en paix ou en guerre, c'est une belle chose que d'estre secret et grant recommandacion que de povoir parler de ce qu'on a proposé de faire. Puis leur ordonna que le mercredy au matin s'en allassent à Gervaise atout vingt chevaulx courir jusques à la Vannais pour batre le pais, adBn que, s'il y avoit nulz adventuriers sur les champs, qu'ilz s'enfouyssent. < Et par ce moyen ne « sera bruit que de vingt chevaulx et nul ne se doub-

< tera de notre entreprinse. Gar, sitost que les gens « du plat pais sauront vostre venue, ilz se retireront « et s'enfuieront. Et ainsi ne pourra estre descouverte

< la compaignie du sire de Rocqueton ne des autres, « qui se doivent rendre mercredy là où nous leur c avons mandé. » Puis dist le Gappitaine au Mareschal : « Or avant je vous prie que, le jour venu, vous

< façiez bonne dilligence et que plus n'en soit parlé « jusques au faire, adfin que aucun ne s'en appar-

< çoive. Et le Jouvencel et moy ferons de nostre costé € ainsi qu'il appartendra ; et nous en irons si peu de

i. Messire Guy de Fromentières {Commentaire, XV et X,VI). Voir la note 2, p. 3.

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< gens de cheval comme nous sommes avec nos gens

< de pié. Et ferons porter nos eschielles avec nous et

< aussi tous les autres habillemens qui • nous sont

< nécessaires, tellement que, se Dieu plaist, nous

< arriverons en la Grant-Lande environ dix heures au

< soir. Or allez et vous disposez ; et je penseray en

< oultre ce qui sera de faire. » Quant ilz eurent ainsi parlé et conclud ce qu'ilz avoient à faire, chacun se retrahit en son logis et n'en fut plus faitte mendon ne parolle tenue jusques à ce que le jour fut venu et que chascun s'appareilla et appresta au mieulx et le plus secrètement qu'il peut. Et ce parlant retournèrent les messagiers et rapportèrent que le seigneur de Rocqueton et les autres, où ilz avoient esté, feroient ainsi que mandé leur estoit et qu'ilz se trouveroient à jour et à heure deue.

Quant le mercredy fut venu, le Mareschal et Gervaisc partirent au plus matin, ainsi qu'il avoit esté appointié par avant et chevaulcerent tant qu'ilz vindrent à la Vannais, où ilz trouvèrent le sire de Roqueton, lequel estoit ja arrivé et là attendoit le cappitaine de Luc. Si lui dirent qu'il advertisse le Gappitaine de quatre piétons, qui avoient esté tout le jour sur le chemin et par les boiz, desquelz l'un estoit guydc de leurs adversaires, et atant s'en passèrent outre. Puis arriva icellui cappitaine atout ses oompaignons, ausquelz ilz dirent ce que le Mareschal leur avoit chargé et comment il avoit advisé qu'il estoit hou d'envoier quelque dix compaignons legiers, qui ne fussent pas chargiez de harnoys pour guetter les carrefours et les grans chemins, adfin que les piétons ne pcussent passer pour aller à la ville, sans estre ren-

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contrez et prins des gens dudit mareschal ou d'iceulx dix compaignons. Et lors respondit le Gappitaine que c'estoit bien dit et que leur oppinion estoit très bonne. Puis demanda au sire de Rocqueton et à ses gens s'ilz avoient point veu ne rencontré FouUières, Gallebrun et Jehan Hamon; lesquelz respondirent que non. Adonc parla le Jouvencel et dist ainsi : < Sceurement,

< cappitaine, je scay bien qu'ilz arriveront tantost,

< car ilz le m'ont mandé et fait dire quMlz se trouve-

< ront en la Grant-Lande, ainsi qu'il leur avoit esté

< dit. » — « Or ça, dist le Gappitaine, puisqu'ilz sont € gens de guerre, ilz scevent bien qu'ilz ont à faire, et

< se fault attendre à leur promesse. Mais parlons

< cependant de nostre fait. > — < Vrayement, dist le

< sire de Roqueton, vous avez bien dit. J'en vouUoie

< aussi parler. Ad visons sur nostre butin, se nous

< gaignons la ville, que Dieu le vueille! comme nous

< ferons. Vous scavez que vous m'avez mandé et pro-

< mis que j'auray ung quartier en la ville et sur ce me

< avez envoyé vostre scellé. Advisez s'il vous plaist de

< le tenir ; car tousjours se puet-on repentir devant

< que la besongne soit commencée, mais après il est

< trop tard. » — « Ha ! sire, dist le Gappitaine, vraye-

< ment de ce que je vous ay fait proumesse, ne vous

< fault aucunement doubler ; car je suis gentilhonmie

< et ne vouldroie point mentir ma foy ne mon scellé € pour riens qu'il soit. Si n'y vueillez plus penser.

< Mais escoutons se nous orrons point venir les com-

< paignons du plat pais; car il me semble que j'ay ouy « un peu de bruyt parmy les bayes. > — < Gertes, dist « le Jouvencel, vous dittes voir. Aussi me semble qu'il « est expédient d'envoier aucun pour sçavoir que

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< c'est. » — c Avant, dist le Gappitaine, allez-y, c Jehan l'archier ; et, se ce sont eulx, dittes leur qu'ih c viennent icy eulx trois seuUement et qu'ilz laissent c leurs gens dedens Tobscur^ de la forest sans assem-

< bler avec nous. >

Ainsi s'en partit Jehan l'archier et s*en alla qumr Foulliers, Gallebrun et Jehan Hamon, qui laissèrent leurs gens et s'en vindrent parler au Gappitaine. Sy lui demandèrent s'ilz avoient riens ad visé ; et il leur respondit qu'il avoit envoyé le Mareschal et Gervaise atout vingt chcvaulx pour batre le païs, comme devant est dit, et qu'ilz lui avoient mandé qu'il envoyast dix hommes legiers de harnoys pour garder et tenir les chemins, adfin que nul ne peust aller en la ville sans estre rencontré, pour ce qu'on lui a dit qu'il y a quatre estradeurs sur le pays. A ces parolles, furent tous d'oppinion qu'on y envoiast dix hommes. Si y fut envoyé Jennyn l'archier, lui dixiesme, pour garder les chemins.

Puis dist le Gappitaine à Gallebrun et aux autres :

< Il nous semble que vous ne vos gens ne devez point

< assembler à nous et devés tousjours venir aprte; et

< nous vous mettrons, se Dieu plaist, en lieu où vous

< besongncrés bien. Mais vous nous baillerez deux

< dixaines de vos gens, pour vous faire plaisir, adfin € qu'il y ait de vos gens à l'entrée. Et monseigneur de « Roqueton et moy baillerons au Jouvencel et à Piètres

< le surplus de nos gens pour fournir l'entrée ; et nous

< vous attendrons, monseigneur de Roqueton et moy,

< au Ghesne-Huau avec le surplus des gens qui nous

1. Var. : « cstour. i B. — « le lieu le plus obscur, t Éd. Vértrd.

c demoureront. Et là nous nous yrons mettre en ung c beau lieu pour recueillir nos gens, s'ilz faillent, ou c pour aller gaigner la porte du chastel, se Dieu nous c donne la grâce et à nos gens qu'iiz la nous puissent € ouvrir. »

Ainsi chevauchèrent le Cappitaine, le sire de Roqueton, le Jouvencel et Piètres jusques au Chesne-Huau; et là trouvèrent le mareschal et Gervaise Nardereau à l'eure. Si leur dirent : c Tirez ^ vos brides roiddes; gardés vos chevaulx de crier. Nous avons envoyé les chevaucheurs, que nous avez mandé, par Jennyn l'archier. Je croy qu'ilz feront si bon guet que ceste nuyt n'entrera riens en la ville qu'ilz n'en sachent bien respondre, se Dieu plaist. > — c Dieu soit loué^ ! dist le Cappitaine. Il fault mettre nos gens à pié. Sus, Jouvencel, et vous. Piètres, desployez vos bateaulx ; et aussi vous, Gervaise et mareschal. Et que chacun tire sa dixaine à part. Ce sont quatre dizaines. Or ça, monseigneur de Roqueton, mettez à part vos deux dixaines. Et puis les deux dixaines de FouUiers, de Gallebrun et de Jehan Hamon en font huit dixaines, qui vallent quatre-vingts hommes. C'est assès pour gaigner la muraille et pour ouvrir la porte, veu les gens qui sont ou chastel. > Ainsi FouUiers, Gallebrun et Jehan Hamon se desmellerent d'avec les autres et fut appointié que le cappitaine [et] le sire de Roqueton demoureroient au long de la haye, au couvert, couchiez sur les ventres en ung

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