Var. : « descouvrir. • C
LE JOUYENCEL. 481
c MesseigDeurs , et entrent plus hardement en voz c chambres que ne feroient voz cappitaines ne que je € ne feroie. >
Ainsi se tira à part le conte de Parvanchières en une chambre et fist appeller les deulx Mareschaulx, le Maistre des arbalestriers et l'Admirai, les barons et les cappitaines qui là estoient, et aucuns chevaliers et escuiers en petit nombre, et Gonnin, pour ce qu'il estoit du payz et estoit bon et homme de bien et gentilhonmie de bon estât et bon pour la guerre, et aussi le Mareschal de Grathor, auquel le conte de Parvanchières demanda, en la présence de tous, dire ce qu'il savoit. < Monseigneur, dit le Mareschal de Grathor, par le commandement du Roy j'ay parlé au Jouvencel, au cappitaine de Grathor, au sire de Roqueton et à toute la compaignie, et dit le grant et bon voulloir du Roy, et vostre venue aux trois seulement, ainsi que m'avoit esté enchargé. llz ont debatu avec les compaignons, si le secours leur vcnoit, qu'ilz avoient à faire et aussi ce que on pourroit besongner sur les ennemyz. Monseigneur, ilz ont tous esté d'oppinion que vous devriez venir passer une petite rivière, qui est par où je vous meneray *, et prendre vostre chemin par darrière une abbaye, qui a nom l'abbaye de Bonne-Grâce, et gaignerez le hault de la montaigne. Et vendrez, quant vous aurez gaigné
i. Pendant los sept ou huit pages qui vont suivre, les éditions donnent un texte très défectueux dans lequel les passages sont intervertis, de telle manière que le récit est absolument incompréhensible. Le ms. B. contient aussi des interversions nombreuses pour les mêmes passages; mais elles ne coincident pas avec celles des éditions.
182 LE JOUVENGEL.
ce hault, tous en belle bataille jusques devant la ville, là où il y a ung siège devant une de noz portes, qui s'appelle la porte de Bonne-Grâce ; et là descendra à pié et marcherez en despit de tout le monde jus(|ues à nous, et nous jusques à vous. Car œ siège là n*est point fortiffié, et m'est advis qu'ilz n'ont point voullcnté de tenir ferme ; car ilz n'y sont fortifiiez ne barrez, ne riens n'y ont que menue artillerie. Hz ont fait aucunes t)arrières contre nous: mais ce n'est riens. Et croy fermement que, incontinent qu'ilz vous verront, ilz se retireront à leurs gens et à leur champ fortifié, qui est ou bas de la valée. Et, si vous voulez dcbatre pourquoy ilz n'ont logié au hault le groz de leur puissance, c'est pour ce qu'ilz ne nous povoient gueres batre du hault ne faire guerre, et eussions eu tout le païz à nostre commandement, si nous eussions eu le bas vuvde. Et pour ce je dy que ceulx qui sont logiez devant la porte de Bonne-Grâce, n'y sont seullement que pour nous tenir encloz, que nous ne puissions saillir aux champs ne mettre gens dedans nostre place. Mais, la merci Dieu! vous estes si belle, si grande et si bonne puissance que vous y entrerez en despit de leur visaige, s'il plaist à Dieu. Et, se vous y entra une foys, vous les combatrez, s'il vous plaist ; et, s'il ne vous plaist, si les ferez-vous lever et partir de delà. Car vous fortifirez le hault, par où vous entrerez, qui est avantaigculx contre le bas. Vous estes gens de cheval plus qu'ilz ne sont, qui yrcz tousjours au-devant de voz vivres, et aussi au-devaai des leurs, qu'ilz n*en auront point. Le payz est vostre du derrière ; par quoy vous aurez touqoun
LE JOUVENGEL. 183
vivres mieulx que eulx*; et par adventure les pourrez trouver en tel parti que vous entreprendrez plus avant. J'ay espérance, o la grâce de Dieu, que au moings vous ne fauldrez point ad ce que je vous dy. p
— « Dea! dist le conte de Parvanchières, il fault debatre ung peu avecques vous. Nous n'avons ancores icy vivres ne marchans avecques nous ; et, quant nous serons là, nous mengerons tout quanqu'il y a en la ville en quatre jours ; et fauldroit que nous vuidissions, si ainsi estoit ; et par ce tout seroit perdu. » — € Monseigneur, dit le Mareschal de Crathor, non ferez pas en ung moys. Mais faittes vostre dilligence d'envoier hastivement à Fleure et par tout le paiz derrière, pour faire venir vivres à force. > Lors dit le conte de Parvanchières : « Vous ne nous disiez pas cecy, quant vous feustes devers le Roy. Car nous feussions venuz garnyz de vivres et de tout ce qui nous estoit neccessaire. > — « Monseigneur, je ne le vous povoye dire ; car je ne savoye pas la convine des ennemiz, comme je faiz de présent; et n'a voient point fortifié leur champ, que je ftiz devers vous, ce qu'ilz ont fait maintenant; et on ne peult deviner. Et se plus avant vous eusse dit que je ne fiz, je eusse deviné. >
Dit le conte de Parvanchières : « Nous nous attendions à les combatre dès l'arrivée, i Or dit lors chascun : « Monseigneur, vous ne le povez <L faire. Prenez les choses ainsi qu'elles sont et faittes
1. Var. : f par quoy vous irez tousjours au devant de voz vivres mieulx que eulx. • B.
184 LEJOUVENGEL.
une dilligence prompte. Car les choses sont bien encores, Dieu merci. » — < Messeigneurs , dit le conte, que vous semble-il qu'il est à faire en ceste matière? Dictes nous en quelque diose, monseigneur l'Admirai; vous n'en avez encores point parlé. > — < Monseigneur, dit-il, il fault et convient que vous prenez la chose ainsi que elle est, qui est très bien, comme il me semble. Car vous avez le choix de combatre ou de ne combatre pas; et est grant chose que d'estre sur le lieu ; car nul ne vous sauroit si bien conseillier, comme fera la veiie de vos ennemiz. Et en cecy ne avez à faire que grant diligence. Je suis d'oppinion que vous envoyez hastivement monseigneur le Prévost des mareschaulx, qui est dilligent et homme d'entendement, à Fleure-sur-Faire, et escripvez à tout le monde que on envoyé par tous costez faire venir marchaos et vivres. Et escripvez à maistre Gérard, à maistre Bertin^ et à monseigneur le Trésorier, qui est là, qu'ilz facent grant dilligence de vous envoyer vivres. Et vous envoyrez gens, qui les iront recueillir jusques à my chemin. Et leur escripvez qu^ilz avanceot l'aident ; car vous ne trouverez nulz niarchans qu*ilz se mettent en ceste peine ne en ce danger, s^ilz n^ont Taisent contant. Et, pour Dieu ! qu'ilz n^espai^ent pas l'argent du Roy en ce cas. Car là où le Roy adveoture vous autres, Messeigneurs, qui estes sa puissance et son bras dextre, il ne doibt pas espargnier aident. Et suis d'oppinion que demain au matin. Dieu devant, vous montez à cheval et que monsei-