‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 306 sur 316 · Yar. : c tout s'esmeult. » B · texte numérisé non relu

Yar. : c tout s'esmeult. » B

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Aima s'en alla le Mareschal à son afairë. Et le ccmte de Parvandûères marcha le petit pas en moult belle ordonnance droit en la ville. Et mardia tellement .qu'il vit devant lui la ville et la phispart de ceulx de dedans aux diamps à pié et à cheval. Il regarda dans la valée sur sa main gauche et voit le siège et ses ennemyz en ordonnance de bataille. Et vit clerement que tout se retiroit assemble au diamp, là où le Mareschal lui avoit dit, et qu'ilz avoient tout desemparé entre lui et la ville et qu'il n'y avoit plus riens. Et moult lui pesa que encores ne les avoit trouvez. Touteffoys il marcha jusques devant la porte de Nostre-Dame de Bonne-Grâce, et là retourna à luy le mareschal de Grathor, qui lui dit : c Monseigneur, c veez-cy venir le Jouvencel, le viel cappitaine de

< Grathor et le sire de Rocqueton vous faire la rêve-

< rance. »

Et tantost le conte fit ung peu arrester sa bataille et marcha au devant d'eulx. Ilz n'estoient pas loing, et tantost les rencontra. Lors le saluèrent et le vindrent accoller < par les jambes ; et parla le vid cappitaine de Grathor et dit ces motz : c Monsdgneur,

< vous soyez le très bien venu. Je prie à Dieu et à c Nostre-Dame de Bonne-Grâce qu'il vous vueille c rémunérer la paine que vous avez prise. Se Dieu € plaist, vous et tous messeigneurs, qui sont venuz en

< vostre compaignie, serez bien recompensez, avant

< que vous retournez de ce payz. » — c Or, dit le c conte, cappitaine de Grathor, je vouldroye faire

< service au Roy et au royaulme et à vous tous autres,

i. Var. : a embrasser. ■ Â.

c Messeigneurs , se je povoye et savoye. Et si sçay c que aussi feroient tous mes frères qui sont en oeste c bataille. Pour abregier, est il riens que nous pui»c sions faire sur ces gens yci promptement? » — c Monseigneur, dit le viel cappitaine de Grathor, ilz € sont fortifiez en leur champ. Je ne conseille pas que € les y assalliez. Entrez dedans la ville; et passerez c delà la rivière et logerez, vous et vostre puissance, c en ung gros bourg, qui s'appelle le Bourg-Neuf, et € sont les faubourgs de la ville. Vous serez entr'eux^ c et leur paiz ; ilz n'auront jamaiz nulz vivres ; et faul- € dra en despit d'eulx qu'ilz se lièvent et qu'ilz desemc parent leur fortification. Et, au despartir, vous en € aurez beau marché. »

Or sur ce dist le conte : € Allons parler à mes- « seigneurs les Mareschaulx, au Maistre des arba- < lestriers, à l'Admirai et aux autres seigneurs, « cappitaines et gens de bien, qui sont illec, pour c conclure ce que nous avons à faire. Mais, s'il € vous sembloit que nous peussions aucune chose c exploicter aujourd'ui, le jour est grant et nous c sommes bien acompaigniez ' pour faire beaucoup <E de bien, ce me semble. » — « A! Monseigneur, dit € le Jouvencel, Dieu vous doint bonne viel car vous € dictes moult bien. » — € Monseigneur, dit le Mares- € chai de Crathor, c'est le Jouvencel. » Puis le conte € l'embrassa et dit : € Jouvencel, j'avoye grant envie « de te veoir pour les grans biens que j'avoye ouy

i. Var. : c et sont les faubourgs de la ville. Vous ne povez estn mieulx logé; cest pais ost fort contraire à voz ennemis ; car vous serez eiUr eulx, etc. » Éd. Véranl et Lenoir.

'2. Var. : « en grant compaignie. » C. F.

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c dire de toy. » Et dist ancores : c II fault faire ung € coup aprez ho. » — c Sur mon ame ! dit le Jouvenc cel, il est encores assez du jour, s*i] vous plaist, c pour faire beaucoup de choses. » Puis dist le conte : € Il fault parler à noz compaignons, et puis nous « verrons qu'ilz diront. »

Ainsi marcha le conte et sa compaignie, le Jouvencel, le viel cappitaine de Grathor, le sire de Roqueton et le Mareschal de Grathor droit aux autres seigneurs, qui estoient en la bataille ; et là assembla les deulx Mareschaulx, le Maistre des arbalestriers , TAdmiral et autres seigneurs et cappitaines, pour conclure brief ce qu'ilz auroient à faire.

Ainsi que ilz estoient ensemble, arriva Gonnin, qui venoit de devers le siège et dit au conte : c Monseic gneur, et voz aultres, Messeigneurs, je vous asseure c que ces gens illec sont en belle bataille et en belle c ordonnance, et ont eu voulenté deux ou trois foys c de saillir hors leur parc. Je ne scay si c'estoit pour € venir courrir sur nous ou pour eulx enfouyr ou € pourquoy ce est. » — c Pourquoy que ce soit, dit c le conte, avant que nous départons, on verra qu'ilz c ont sur le cuer et nous aussi. »

Après les parolles de Gonnin, le conte racompta les parolles que luy avoit dictes le cappitaine de Grathor, et lui dit : < Cappitaine, dictes ce que vous semble que c avons affaire, franchement, devant tous ces seigneurs c yci. » Et le Cappitaine respondist : € Monseigneur, c il n'en fault point faire la petite bouche en leur for- € tiffîcalion. Vous ne leur mesferez ja; et seroit très € grant folie à vous de les y assaillir; ne jamaiz ne € serav do cesle oppinion pour les raisons que je i 13

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c VOUS ay dictes et que vous dy encores. Et, pour c vous dire brief , vous n'avez party que celkii que je c vous ay dit, qui est si grant et si bon qu'il me € semble que vous ne le devez pas refuser. Et Diea € vous a donné cest avantaige sur eulx; si vous le € refiusez, il vous en pourroit bien mal prendre. » — c Messeigneurs les Mareschaulx, dit le conte, qu'en c dictes vous? Et vous, monseigneur le Maistre des € arbalestriers , et Admirai et vous autres, messei- € gneurs? » Ghascun respondit : c II dit bien, Hodc seigneur. C'est le party que vous devez prendre et c non aultre. »

Âdoncques ilz marchèrent et entrèrent en la vilfe, les sains ^ et trompettes sonnans à grant joye et à grant hu. Les seigneurs s'en allèrent à Sainct-Symphorien^, qui estoit la grant église, dire leurs devocions et regracier Nostre Seigneur des biens' que tousjours leur faisoit. Et, ce fait, ilz marchèrent oultre et allèrent logicr au Bourg-Neuf, ainsi que conseillîé avoit esté. Et, quant ilz furent là, ilz visitèrent te logeiz et se barrèrent et fortiffierent contre ceubc da siège, neantmoings qu'il y avoit une rivière entre eolx et leurs enncmyz. Mais il y avoit ung pont qui estoit jusques encontre le champ de leurs ennemyz, et en cstoient seigneurs les adversaires et povoient passer, quant il leur plaisoit. Et neantmoings avoient ung gué à leur commandement au-dessoubz^ du pont. Pour

1. Var. : • buysines. » B. t cloches. » Éd. Vérard. — Le mot • sains • veut dire cloche {signwn). (Duc.)

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