‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 96 sur 316 · Dép, de BenoUt · texte numérisé non relu

Dép, de BenoUt

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été dirigé, sans succès, contre le ministre ^ « Auquel temps, dit « cet auteur, aucuns grans seigneurs furent congédiez de la court « du Roy, par le moyen d'aucunes tribulacions qui se esmeurent « layens. Et leur Ait dit, par la bouche du Roy meisme, qu*ilz « ne tournassent jusques à tant qu'on les manderoit. » Si nous en croyons un passage de Guillaume Cruel, cet édat aurait été provoqué par les soupçons non justifiés de Brézé. « Puis, dit-il, il y eut un grand brouillis que le sénéchal de « Poitou mit sus, parce qu'il se doutoit que le roy de Sicile, le « connétable, les seigneurs du Maine et de Saint-Pàul estoient « alliez ensemble et faisoient une Praguerie, ce qui fut mal € trouvé; car ils n'y pensoient point '. >

Bien que le Dauphin ne soit point nommé, ni lui ni ses conseillers ne devaient être étrangers à cette afikire. En ce qui concerne Bueil, d'après Benoist, il conspirait déjà en 4445, lorsqu'il entra dans la maison du Dauphin '. Ce qui est certain, c'est que, dès l'été de 4446, Jean V était en pleine disgrâce et avait, en apparence du moins, perdu son ascendant

1. Escouchy-Beaucourt, I, 68. — Margaerite d'Ecosse moorat à ChâloDSy le 16 août 1445. La coar quitta cette yiUe aussitôt après (dès le 18 août), pour se diriger vers la Touraine (Vallet de Vir., III, 89 et s.). C'est A ce momeot qa'Escoachy place ce fait Pas plus que Gruel, cet aotenr ne mentionne la conspiration et la disgrâce du Dauphin en 1446.

2. Groel, Mém, de Richemont, p. 380. — Cet auteur place cet événement après le mariage du connétable avec Catherine de Luxembourg (juillet 1445) et avant le départ du Roi, de Nancy, pour Châlons. Or, le Roi était le 7 mai à Commercy (Escouchy-Beaucourt, I, 42) et dès le 3 juin à Sarry-lez-ChAlons. Gruel fait donc une confusion évidente. Au lieu de l'arrivée du Roi à Châlons, Gruel a sans doute voulu parler de son départ de cette localité, ce qui mettrait ce texte d'accord avec celui d'Esconchy et permettrait de fixer pour la date de cette cabale la deuxième partie de l'été de 1445, â partir du milieu d'août

3. Dép, de Benoist, 6. — Ceci se passait après l'expédition d'Allemagne. Eq effet, pendant cette dernière campagne, Bueil n'est mentionné qoe comme lieutenant du prince et non comme faisant partie de sa maison. Eq tous cas, la conversation de Bueil avec Benoist, où ce fait est mentionné, est antérieure au voyage de Benoist en Dauphiné (f* moitié de 1446). ^ Vers la fin de 1445, Louis de Bueil et ChâtiUon sont envoyés à Nantes par le Dauphin. Le duc de Bretagne leur fait remettre 116 livres, c pour leur deflfroy. » Morice, Mém, pour l'hiU. de Bretagne, II, col. 1894. — Dom Lobineau, II, 1111.

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sur rhéritier du trône * . En réalité, cq[)endant, il restait tfaooord avec oe prince.

Quant à ee dernier, durant les premiers mois de 4446, il paraissait être au mieux avec Brézé ; car il poursuivait alors, par son entremise, la conclusion d'un arrangement très avantageux avec le duc de Savoie, à propos du Faucigny et des comtés de Valentinois et de Diois^. Mais, aussitôt la ratification rojrale obtenue, Louis changea de tactique et commença ouvertement à conspirer, pour s^emparer du pouvoir. D'après la dépoaitioo d'Antoine de Ghabannes, comte de Dammartin', œ Ait, en effet, vers le mois d^avril i 446 que le Dauphin entreprit la nouvelle campagne qui devait le brouiller définitivement avec son père.

1. Dép, de Benoiit, 1 et 4. Ea jaillet, au plus tard. ->BQeil n'est pas prèseot À Chinon, lors de l'hommage prêté par Pierre de Bretagne (14 mars 1446). •— Art de vérifier, — Cependant on trouvera un pen pins bas (p. cxli?) la preuTe que, dès le dernier trimestre de 1446, BneU coniMttdait À un certain nombre de gens d^armes au service du Roi, et toncbait même, semble-t-il, sa pension.

2. V. Guichenon, Histoire généalogi que de la maisùn de Savoie, Ilif Preuves, le texte du traité contresigné par Beuil. — Par ce traité, le Dauphin abandonnait au duc de Savoie l'hommage de la baronnie de Faucigny, jadis cédée par le roi Jean au comte Amé. En échange, le duc abandonnait toutes prétentions sur les comtés de Valentinois et de Diois. En outre, il s'engageait à payer au Dauphin 54,000 écos d'or, et à le tenir quitte de 3,000 que ce dernier lui devait Pour avoir la ratification du Roi et gagner Brézé, le Dauphin obtint dn dnc qu'il donnerait au sénéchal le comté de Maulévrier en Normandie, fief remis en 1354 au comte de Savoie, lors de la cession du Dauphiné par Hiubbert. Les négociations durèrent jusqu^au 3 avril 1446 et le traité ftit ratifié dans le courant du même mois par Charles VII. Dans le mois de janvier de la même année, le Dauphin avait fait transporter à Chinoiu pour en faire don à Brézé, 25 queues de vin du Rhin, rapportées d'Allemagne. — LeUres de Louis XI, I, 196 et 204. — Vallet de ViriT., UI, 107. — Dép. de Benoist, 7. — Outre le traité mentionné ci-dessos, le Dauphin méditait encore, avec le duc de Savoie, un projet de partage du Milanais (février 1446). V. Bibl. de l'Ecole des chartes, XLIV, en 1883, le texte du traité publié par M. de Mandrot.

3. Ecuyer, Âgé de trente - quatre ans environ. — Bibl. nat., ms. fr. 20427, p. 3 et s., copie du temps sur papier, en date du 27 septembre 1446. La déposition est faite à Candcs ou Candé, par-devant le chancelier et Adam Roland, secrétaire. — Cette pièce a été publiée par Duclos dans les pièces justificatives de son Histoire de Louis XI, d'après un texte assez incomplet. — V. aussi Legrand, Histoire manuscrite de Louis XJ; Uibl. nat., mss. frs. 6960 à 6990, vol. I, p. 97.

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relièrent, et Benoist prit alors congé, en disant qu'il se voyait obligé de se pourvoir de meilleurs amis.

A peine arrivé à Ghinon * , il alla trouver le sénéchal et passa à son service. Par l'ordre de ce dernier et du Roi, il se mitaussil6t à fréquenter un nommé Gralchaut, agent inférieur de Bueil, afin de tirer de lui ce qu'il savait. Galchaut ne se déflait nullement d'un homme quMl considérait encore comme le serviteur de son propre maître. Il était d'ailleurs, paralt-il, un peu trop bavard pour un conspirateur. Aussi parla-t-il sans se faire prier', conseillant à Benoist de ne pas abandonner Bueil, alors en passe, suivant lui, d'arriver à une haute fortune. Le complot, disait-il, était appuyé par tout le monde ^ : le roi de Sidle, le comte du Maine en étaient. Galchaut se répandait aussi en plaintes contre le sénéchal et assurait qu'il ne tarderait pas à être mis à l'écart, sans opposition de la part du Roi. Il devait en être de même du chancelier Juvénal^.

L'affaire en était là, lorsque Dammartin dénonça les conspirateurs. L'histoire des dix mille écus étant parvenue aux oreilles du Roi', le Dauphin fut interrogé et dit qu'il avait agi sur les

nystérieux correspondants de Baeil. 11 est fait, semble-t-il, allosion à celle trahison dans le Jouvencel (3* part., fin da chap. m), à propos des. lenritears qui ne doivent pas être retenus contre leur gré. De même, aUleors (2* part., ch. xi, p. 219), à propos d un prisonnier, personnage peo Téridique.

1. Dix jours, environ, après son arrivée du Dauphiné (fin sept.) et, MDS doute, peu avant la déposition de Dammartin.

2. Par contre, Merry de Gouhé et d'autres se tinrent sur la réseire. — Dép, de Benoist, 6 et 7.

3. Hors le duc de Bretagne et le comte de Foix. Le duc de Bretagne èlait alors en très bonne intelligence avec Brézé, qui prétendait lui donner plus d'influence que n'en eut jamais Charles d^Anjou. Quant au comte de Foix, il aurait dit plusieurs fois à Mariette c quil estoit à mondit c seigneur (le Dauphin) et que Fentretenement qu'il faisoit avec le dit c sénéchal (Brézé) n'estoit que faincte. i — Escouchjr-Beaucourt, III, 278 cl 314 ; Pièces du procès de Mariette.

4. Jean Rabateau |)rétendait le remplacer. Seigneur de la Caillerie et d'Ansance, ce dernier fut aussi président de la Chambre des comptes, puis président an Parlement. — V. plus haut, p. cxxv. ~ Escouchy-Beaueourt, I, 30 et s. — Tuetey, Les Ecorchewrs, II, 186.

5. Alors à Chinon. Peut-être DammarUa lai-méme se chargea-l*il de faire arriver cette histoire au Roi.

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conseils de Dammartin. « Loys, dit le Roi, SaintnJehan ! je ne vous crois pas. » Dammartin, que Ton envoya quérir, afflmia, au contraire, qu'il n^avait fait qu'exécuter les ordres du Dauphin, ce qui lui attira de ce dernier un formel démenti. La ocmclusioa de cette scène fut que Charles bannit son Ûls pour quatre mois, avec ordre de demeurer en Dauphiné^ Toutefois, Louis ne partit pas aussitôt pour Texil, et attendit à Tours les couches de la Reine, alors enceinte. Quant à Dammartin, il fit, sur ses rapports avec le Dauphin, une déposition très complète et rentra en faveur auprès du Roi ^ ; mais il fut dès lors considéré comme un traître par les conspirateurs^ et pris en haine par leur chef. Qualifiée de faux et calomnieux rapport, sa déposition ftat on des prmcipaux griefs relevés dans les poursuites à lui intentées^, lors de Tavènement de Louis XI.

Cependant, ces divers incidents et, surtout, la déposition de Dammartin', reçue par une commission spéciale à Gandes, (27 sept.), avaient causé une vive émotion. Jean de Daillon*, on des plus compromis parmi les familiers du Dauphin, quitta

1. Le Daaphin sorUt de la chambre da Roi, nu-téte, jurant, pat êa UU sans chaperon, qu'il se vengerait de ceux qui l'aTaient jeté hors de m maison. — Chron. Mariinienne, fol. 289. — Escouchy-Beancomt, 1, 110.

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