‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 182 sur 324 · ot^,, 3* partie, fin du ch. m · texte numérisé non relu

ot^,, 3* partie, fin du ch. m

INTRODUCTION LITTÉRAIRE. 06»nHJ

tage qui ne lui appartient pas. Il refUse aussi de se liguer avec le duc d^Ath contre son beau-père, et rend fidèlement au roi Amydas les serments des gens d'armes par lui reçus, comme régent du royaume. Ce passage se termine par quelques réflexions sur ce que la défiance des princes est presque toujours la cause de leurs querelles. Quant au Jouvencel, dit l'auteur, il a toujours pardonné volontiers à ceux qui lui avaient iait du tort et n'a jamais fait la guerre que justement; « et estoit bien content « d'avoir paix toutes les fois qu'on la luy offroit en gardant sa « conscience, son honneur et justice. » Ce morceau devient beaucoup plus intéressant, si on le rapproche des circonstances dans lesquelles se trouvait Fauteur, lorsqu'il récrivait, peu après avoir abandonné le duc de Normandie vaincu, pour obtenir du Roi un pardon définitif ^ Il signifie que, désormais, Jean de Bueil se gardera bien de se brouiller avec le souverain. La couronne de ce dernier devenait dès lors une chose trop sacrée pour qu'on s'avisât d'y porter la main.

Le roman se termine par un dernier éloge de l'art de la guerre et par un retour sur la carrière du Jouvencel. Ce dernier, dit l'auteur, a beaucoup à se louer des personnages qui ont commencé sa fortune; mais il n'a pas toujours trouvé auprès d'autrui les mêmes sentiments de reconnaissance. Pour beaucoup d'entre eux, il a été un commençeur, chez lesquels il n'a trouvé aucune bonne foi. Ce reproche amer, qui, comme nous l'avons vu, s'adresse surtout à Charles d'Anjou, comte du Maine ^, est, au bout de l'ouvrage, comme la signature de son auteur, Jean de Bueil.

§ II. — Appréciations littéraires. — Comparaison

avec d'autres ouvrages.

Nos lecteurs connaissent maintenant la substance du Jouvencel. Mais notre résumé succinct ne saurait donner une idée de

t. Jntrod, bioffr,, fin du ch. zv.

% Md., p. Ix et cxxxij et ss.

cexcviij INTRODUCTION UTTÉRAIRB.

ta variété des aeènes du roman. L^auteur a su joindre au naturel des anciens conteurs des qualités littéraires plus modernes et la banalité de son thème moral est habilement dissimulée sous les incidents d^une action pleine de vie et de pittoresque.

Certes, les compagnons du Jouvencel ne seraient pas de leur temps s'ils n'étaient pas bavards. Qu'ils discutent un plan de guerre, ou qu'ils soient à table, ou encore au conseil, ils ne perdent pas une occasion de faire, à l'usage de la jeunesse, une solide exposition de principes militaires, moraux ou politiques. Mais, si l'on passe sur ces longueurs inévitables, le cadre du roman conserve une vraie valeur. Les paysages font tableau, les caractères sont bien tracés et chaque personnage a son individualité. Les discours même ne manquent ni d'esprit ni d'intérêt historique, ni même d'éloquence. Enfin, il règne dans tout l'ouvrage un ton de bonhomie, moitié naïve et moitié narquoise, qui n'est pas sans charme.

En ce qui concerne le milieu littéraire dans lequel le Jouvencel est né^ notons d'abord que les traditions de la cour d'Anjou, l'amour du roi René pour la chevalerie et l'essor qu'il donna aux lettres dans ses états ^ ne doivent pas avoir été étrangers à la composition de ce roman. Cette influence une fois indiquée, le Jouvencel présente fort peu de ressemblance avec les ouvrages littéraires contemporains. Il est même nécessaire de sortir du xr^ siècle pour trouver dans les œuvres similaires quelques points de comparaison que nous allons brièvement indiquer.

Le Guidon des guerres^ d'un siècle antérieur au Jouvencel^ y

1 . Ce roi a écrit un livre intitulé VAbuzé en court. Dans cet ouvrage, que Ton attribue à la vieillesse de René, injustement dépouillé par Louis XI, un vieillard, réduit à la mendicité par les trahisons dont il a été victime, raconte ses malheurs à Aristote. Jean de fioeil n'était pas seul, dans le monde littéraire du temps, à dire du mal de la cour et des courtisans. — Cf. plus haiit^ p. ccxcij, note {. -^ Préface des éditeurs de Bourdigné, I, zlyii. — Biblioth. des Romans, février-mars 1778, p. 182 et ss. ~ Delisle, Inventaire des mss, fr. de la BibL nat.y II, 184.

2. On a attribué cet ouvrage au chevalier Geoffroy de la Tour-Landry, qui, originaire d'Anjou, portait les armes en 1346 et mourut sous Charles YI. On trouvera le Guidon dans le Livre du chevalier de la Tour et le Guidon des guerres, imprimé à Paris le 9 nov. 1514, par Guill. Butace,

nfTRODUGTION LITTÉRAIRE. eeidx

a qnelqoe analogie avec lui, par son but à la fois militaire et éducatif. L'auteur, qui écrit par ordre du Roi et en vue de la victoire, annonce, en effet, qu^après avoir parlé à ses filles, il veut aussi instruire ses garçons^ Mais ce rapport est à peu près le seul que l'on puisse signaler entre le livre de Bueil et le Crvtdom. En effet, la plus grande partie de cet ouvrage, d'ailleurs très bref, est consacrée à des dissertations sans valeur sur les devoirs des princes et les qualités des chevaliers^. Dans le dernier chapitre, l'auteur aborde franchement la partie militaire du sujet, pour donner quelques préceptes de tactique. Cette partie, mieux traitée que le reste, est cependant dénuée de toute érudition et de toute originalité.

VArhre des baiaillesj dédié au roi Charles VT, a été écrit par Hcmoré Bonnet, prieur de Sallon et docteur en décrets^. Des quatre parties qui composent cet ouvrage, la dernière seule, qui traite des Batailles en especial, offre quelque intérêt pour nous^. Ce morceau contient, comme le Jouvencel^ la discussion de beaucoup de points de droit militaire. Il y est question notamment des prisonniers, des devoirs des vassaux et des chevaliers, du butin, des combats en champ clos, etc. Mais toute cette juris-

iB-4*, goUi.y fig. sur bois (Bibl. nat. Réserve). Dans cette édition, le Gui' dim, qui est précédé de l'Ordre de chevalerie^ Ta da feuillet 85 t* au fenilkt 95 t*. — Voyez, en outre, P. Paris, Mss, de la Bibl, du Bai, V, 73 et S8., 85 et ss. — A. de Montaiglon, Bibl. Elzéyirienne : le Livre du tkevaHer de la Tour-Landry pour VenseignemerU de ses /Ules, 1854. — Port, Dki,, à La Tour-Landry. — Il est dit, dans le prologue du Gui" éom (fol. 86 de l'édition d'Eustace), que Tauteur est le chey. de la Tour- Landry. C'est aussi ropinion de La Croix du Maine, opinion contestée par Paolin Paris et par M. de Montaiglon.

i. Éd. Eostace, fol. 85 v* (▼. la note précéd.). Ajoutons que le Livre eu duv, de la Tour-Landry pour renseignement de ses filles est bien nipérieiir an Guidon, à tous les points de vue.

2. Ce point se retrouye dans d'autres ouvrages encore^ notamment dans le Jlojfar des guerres. — V., même paragraphe, plus bas.

3. La Bibl. nat. renferme un grand nombre de mss. de cet ouvrage. — Y. DelisJe, Inventaire des mss. fr. de la Bibl. nat., II, 259 et s. — D'après P. Paris {Ms. de la Bibl. du Boi, V, p. 103 et à la Table), l'épitre dédicatoire serait de 1384 à 1390.

4. Les trois premières parties traitent : 1* des tribulations de l'Eglise ; 2* de la destruction des quatre grands royaumes de jadis ; 3* des bataiUes m général.

ccc INTRODUCTION LITTÉRAIRE.

prudence est beaucoup plus raffinée que celle du Jouveneel*. A rinstar des rhéteurs de la décadence. Fauteur s'amuse à poser des cas difficiles ou même invraisemblables, pour avoir le plaisir de les résoudre. En revanche, il n^est pas dit dans cet ouvrage un seul mot de tactique ou de stratégie^.

Le Rosier des Guerres a été écrit pour Tinstruction du Dauphin, plus tard Charles VHP. Il est à peu près contemporain du Jouvencel^ avec lequel la première partie présente seule quelque analogie^. Mais on peut facilement se convaincre que

1. y., par ex.y ms. fr. 587, fol. 2 : c Si ung chappelain est assaly c portant le corps de Dieu à ung malade, s'il le doit lesser et soy « défendre? »

2. Le Livre de faits d'armes et de chevalerie, de Christine de Pisan, un peu postérieur à V Arbre des batailles, n'est qu'une compilation de ce dernier ouTrage^ ainsi que de Végèce et Frontin. Il renferme cependant un traité original sur les sièges. — V. le Manuel de Brunet à Christine de P. — Delisle, Invent, l. c., II, 259. — P. Paris, Mss. de la Bibl, du Roi, V, 94 et 133.

3. Le Rosier a été imprimé pour la première fois, chez Lenoir, en 1421.

— V., Catal. de la première vente A,-F, Didot, juin 1878, n« 697, et Qtiatrième Vente, juin 1882, n* 250. — Brunet, Manuel du libraire, IV, 1440. — Delisle, Inventaire, II, 185. — Bibliothèque nationale, entre autres, le ms. fr. 442 (anc. 7032), qui est un exemplaire de dédicace offert au Roi, et mss. fr. 1240 et 4986, qui contiennent seuls, à la fin d'une pièce de vers, un anagramme renfermant le nom de l'anteor.

— Le Rosier a été attribué, tour à tour, à Estienne Porchier, an roi Louis XI et à Pierre Choisnet, médecin et astrologue de ce roi, mort en 1476. M. Kaulek paraît a^oir démontré que l'auteur est bien Choisnet, dont le nom se retrouve dans l'anagramme, « reproche n'y siet, » aussi bien que celui d^Ëstienne Porchier. — V. P. Paris, Mss. de la Bibl. du Roi, IV, p. 116, au ms. 7032. — Catalogue de la première vente Didot, L c, n" 39, au Livre des trois âges. — J. Kaulek, Lovis XJ est-il l'aib" leur du Rosier? {Revue historique, mars-avril 1883, p. 312 à 322). — Quant à la date de la composition du Rosier, M. Kaulek pense qn'O a été écrit vers le milieu du règne de Louis XI. Ce qui est certain, c'est que cet ouvrage, destiné au Dauphin, depuis Charles VIII, ne saurait remonter au delà de 1470, année de la naissance de ce dernier. 11 serait ainsi tout à fait contemporain du Jouvencel. ~ Le marquis de Paulmy a donné, principalement au point de vue du costume militaire, une analyse du Rosier dans les Mélanges tirés d'une grande Bibl. (I, 22, Paris, 1780).

4. En effet, la seconde partie (ix' chapitre), qui est le véritable Rosier historial, ne contient qu'un résumé succinct de l'histoire de France, à l'usage du Dauphin, assez intéressant pour ce qui concerne le règne de Charles VIL Ce sont là, à proprement parler, les roses dont le Dauphin doit respirer chaque jour le parfum pour son instruction (ms. fr. 442, fol. 17 v«). Nous avons fait usage, à plusieurs repriseSi dans

DflBODUCnON UTTÉRàiaS. o>4

^mérite de on deux Uyres est trà inégal. En premier Ue^^ a aucune onité dans la eomposition du Boner^ formé de deux puties qui n'ont aucon rapport entre elles. Si le Jomvemeel a des longueurs, on peut dire que le Rosier est interminable. Ge ne sont que plates déclamations, et plus d'un chapitre peut être fkandii à pieds joints, sans qu'on s'aperçoive de l'omission.

L'auteur, qui débute par un long prologue, parle, d'une fttçon très générale, des devoirs des rois et des princes ainsi que de la justice, n est aussi très vague en ce qui concerne les chevaliers, sauf kursqull précise leurs qualités physiques et qu'il afBrme doctoralement qu'ils doivent avoir longs doigts et petit ventre*, i^irès d'autres discours tout aussi insignifiants, on arrive enfin aux principes de l'art de la guerre^. C'est ici qu'éclate la supériorité du JouvenceL Les élucubrations du Rosier se développent en longs préceptes didactiques, aussi dénués de grâce que de prédsicm. D n'y a presque rien à apprendre pour nous dans cet ouvrage sur l'art militaire du xv* siècle. Au Jojuvencel^ au contraire, nous trouvons, dans un cadre romanesque et sous une forme agréable, des données, généralement très exactes, sur la manière de combattre des contemporains, sans parler de ce que nous apprenons, chemin Ëdsant, sur leurs mœurs, leurs sentiments et leur histoire ^

Le Traité de la conquête ef un paysy par Béraud Stuart d'Anbigny ^, qui date probablement du règne de François P', n'a rien

notre JfUrod. biogr., de cette partie du Rosier, dont les dates ne sont pas tontes exactes.

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