‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 225 sur 324 · Sereine. (Duc · texte numérisé non relu

Sereine. (Duc

2. Var. : c et advint que à l'heure que nous estions au lieu où estoient les chevaulx, l'obscurité, etc. » Éd. Vérard.

3. Var. : « et disoient entre eulx qu'on avoit emmené les chevaulx et leur argent. » Éd. Vérard.

34 LE JOUYBNGEL.

c plus subtillement du monde ; car, depuis que nous c partismes de céans, nous n'entrasmes oncques en c grant chemin ; mais allasmes par sentiers non hantez c et pou batus de marcheîz de gens. Si passasmes au c dessus de la maison de ce bonhomme, qui demeure € en la grande lande, où nous rencontrasmes l'autre c fois ceulx de Verset, quant il y eut si beau hutin, € conune vous scavés. Et, pour éviter l'abbay du petit c chien de Thostel, il prinst la petite route ou sentier € qui va parmy le bois à main dextre, et oncques ne € voullut traverser le gueret ne païs mol, de paour « que on ne trouvast nostre trace. Mais toujours nous « mena le païs dur. Et si ne passasmes oncques haye, € qu'il ne demourast derrière pour la relever, s'elle € estoit foulée, de doubte que on congneust que nous € eussions passé par là. Et, se nous ouvrions aucune « heze^, il la refermoit. Touteffois, quant nous eusmes « bien cheminé, il nous convint traverser le grant € chemin qui arrive à Verset : autrement nous n'eus- « sions point entré où estoient les chevaulx. Mais, c quant nous fusmes oultre, il print une espine et ung « grant raymeau et le traigna par dessus nostre trace, « si que oncques n'y parut. Et tant qu'il nous mist en c ung grant buysson du costé de Verset et nous dist « que nous ne pouvyons estre descouvers, sinon qu'il « ne vensist des chasseurs d'aventure. Et pour ce, à c son admonnestement, nous demourasmes embuschés « ung jour tout entier jusques à la lune levée. Et, quant « nous veismes nostre point, nous prensismes les che-

1. Porte faite de branches entrelacées les unes dans les autres en façon de claie. (Duc.)

LE JOUVENGEL. 35

c vaulx et nous en venîsmes. Si vous certifïie, cappic taine, qu'il est homme hardy et subtil et prudent en c tous ses faiz. Car il vient à chief de toutes ses entrec prinses et, s'il avoit du harnois, je croy qu'il feroit € merveilles. »

Âdonc le cappitaine, oyant la prouesse, subtillité et bonne dilligençe de ce jeune compaignon, si luy donna Tune de ses cuyrasses ; car il en avoit deux ; dont le povre gentilhomme moult grandement le mercya. Et ainsi eut-il cheval et harnoys, la mercy Dieu ! dont i\ fiit moult joyeulx et lui enforça le couraige de mieulx faire que devant.

Après ces choses ouyes, le cappitaine de Luc se advisa de chevaulchier. Si assembla la garnison et forent environ xv chevaulx. Puis partirent du chasteau après porte fermée , ainsi que avoit fait le jeune honune, duquel touche principallement ce présent traictiéy et tindrent la manière de trayner ung rameau pour couvrir leur tract. Et chevauchèrent tant qu'ilz passèrent oultre Verset, et arrivèrent en ung fort buisson, où ilz ordonnèrent leur embusche devant Faube crevant*. Si estoit ce buisson entre deux places tenant le party de Verset. Pourquoy firent monter ung homme en ung arbre, pour veoir se riens passoit de Fun à l'autre. Puis ordonnèrent deux hommes à garder l'en- ^trée de ce buisson pour les garder d'estre surprins par derrière ; et ainsi passèrent la journée jusques au soir. Quant vint le vespre et le solleil commença à esconsser^ ses rays, pour donner Ueu à la clarté de la

Page 1