‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 257 sur 324 · Var. : f de noble lignée. » Id · texte numérisé non relu

Var. : f de noble lignée. » Id

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c Et pour ce je conseille que nous le façons nostre c bras droit et le chief de nostre guerre, en lui bail- € lant rhonneur et les parties^, et que nous le conc seillons, secourons et servons à nostre pouvoir. Et c c'est en e£Pect ce que j'en avoye proposé de dire c quant au tiers point. »

Terminées et acomplies les parolles du cappitaine, tout le monde commença à louer et consentir ce qu'il avoit dit, en disant que toutes les trois choses qu'il avoit mys en termes, estoient si bien dictes et pour^ parlées que on ne pourroit mieulx, et qu'ilz estoient prestz et appareilliez de tenir et ensieuvyr tous ses enseignemens, ainsi qu'il avoit dit et advisé. Et^,

i. Var. : « et les peines, i Ed. Vérard et Lenoir.

^. A partir de cet endroit la version du ms. B. diffère totalement de celle des autres manuscrits et cette variante dure jusqu'à la p. 106. La voici :

c Et quant au tiers point, nous semble bien que, pour régir et gouverner, les compaignons n'auront point au monde de plus suffisant ou mieulx esleu que le Jouvencel ; et que soubz lui voulloient tous vivre et mourir, et que Dieu avoit en lui mys plusieurs vertuz et subtillitez de guerre, mesmes prouesse et valleur, tellement qu'ilz avoient bien congneu que par son hardement et bonne prudence ilz avoient conquiz celle bonne ville et chaste! de Grathor, en laquelle il avoit esté si longuement prisonnyer. Et, par grant et meure deliberacion faicte, fut, par l'oppinion de tons, le Jouvencel estably lieutenant gênerai sur le fait de la guerre soubz le cappitaine et commandé à tous lui obeyr en toutes choses comme à la propre personne du cappitaine. Et ainsi est terminée et finye l'exposition de ce présent cbappitre.

c Fortune, qui le monde essaye en adversité, regarda ce povre jeune gentilhomme qui tant de peine prenoit pour parvenir à grant bien. Si lui commença à monstrer aucuns signes d'amour et loi envoya charge et conduite de gens d'armes : ce fut qu'il fut institué chef et totallement gouverneur des gens d'armes de Grathor, qui estoient partis de Luc, et lieutenant gênerai du cappitaine, dont les pluseurs furent moult joyeux et contens.

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quant au tiers point, nous semble bien que» pour régir et goaveraer , les compaignons n'auront point au mcHide

c Après que le Jonvencel yit qne ainsi avoit charge, se délibéra d'ensieuTyr sa bonne fortune. U ouyt parler à aucuns ses espies que le cappitaine de Verset et grant compaignie de gens d'armes estoient sur les champs, nombres de deux cens lances, quatre cens archiers et bien quatre cens autres gens de pié, et logiés à ung grant Tillaige poYrement ediffié, et qu*ilz avoient en intencion de Tenir mettre le siège sur la ville de Grathor. Si se tira vistement devers le Cappitaine, le sire de Rocqueton et autres principaulz seigneurs et leur dist ainsi : c Monseigneur le Cappitaine, et vous c aussi monseigneur de Rocqueton, et tous autres seigneurs, j*ay f toujours ouy dire que gens de guerre doivent procéder viste- I ment et tost à recouvrer et mettre en subjection leurs ennemys t et que, quant ilz ont eu une bonne victoire^ n'est pas pourtant c cause qn'ilz doivent estre endormys ne eulx reposer; car ilz c donnent temps et espace à leurs ennemys d*eulx gamyr et « pourveoir contre eulx. Je le dy pour ce que j'ay eu certaines • nouvelles que à quatre lieues d'icy est le cappitaine de Verset t atout grans gens logez en ung villaige, qui se ingère venir devant t ceste ville et je me vante bien que à bien peu de gens je le t mettray au dessoubz , si me vueillés bailler monseigneur le c Ifareschal et Piètres. » Si fut ainsi accordé de tous. Et fist le Jouvencel habillier ses gens et dist : c Nous partirons un peu t tard affîn que, etc., i comme dans les autres manuscrits. (Voir plus loin, p. 106.)

Les éditions de Vérard et de Lenoir donnent encore une autre leçon : c Et, quant au tiers point, nous semble bien que, pour « régir et gouverner les compaignons, n'aurons point au monde c de plus sufQsant ou mieux esleu que le Jouvencel, et que soubz c lui et sa puissance nous voulons conduire et gouverner dores- « navant; car c'est un homme de grant valeur, large, courtois et c habandonné en chevalerie, et en tous ses affaires pourveu de « grant sens et de grant dilligence. Et nous tous vous en remert cions; car de meilleur ne pourrions-nous jamais rencontrer. »

t Ainsi comme je vous ay dit, fut le Jouvencel maistre et conducteur de tous les gens d'armes. Et, en son bon advenement, ouyt nouvelles que les ennemys estoient logez en ung gros village à xn ou xmi lieues de là. Si se délibéra d'aller frapper sur leur

de plus suffisant ou mieulx esleu que le Jouvencel et que soubz sa conduicte voulloient ilz bien estre et demeurer, puisque c'estoit le plaisir du cappitaine.

Ainsi ordonnèrent et constituèrent le Jouvencel leur chief et gouverneur et lui promisrent de le servir, amer et honnorer comme leur chief et à toutes ses entreprises lui aider et secourir diligemment, dont il les mercia moult grandement en leur disant et remons-

logis, et print ayecques lui le mareschal de Grathor et Gervaise Nardereau et environ douze cens bons combattans; car leurs ennemys estoient plus de six cens. Et, pour ce que le traict estoit long, prindrent conseil d'aler repaistre à my chemin et délibérèrent de partir un peu tard, afin qu'ilz ne puissent arriver sur eulx qu'il ne feust nuyt serrée, c Et fauldra qu'il soit nuyt avant que nous f approchions d'eulx, etc. » (Voir plus loin, p. 106.)

Enfin le manuscrit du duc de Bisaccia (E) fournit une quatrième leçon :

c Et, quant au tiers point, il nous semble bien que, pour régir et gouverner, les compaignons n'auront point au monde de plus suffisant ou mieulx esleu que le Jouvencel, et que soubz luy chascun dist qu'il vouloit demeurer. Ainsi fut le Jouvencel esleù chef et conduict les gens de guerre de la compaignye. Auquel Jouvencel fut dict par un bien fort gaudisseur et mygnon entre les dames, que vrayement il failloit qu'il eust quelque honneste robbe, tant pour honneur de sa personne que pour faire honneur à toute la compaignye ; car à ung chef il convient estré bien honnestement vestu. Et le Jouvencel luy respondit : « Laissez-moi € atout ma petite jacquete. La robe ne fait pas l'homme. » Non pourtant fut-il vestu bien honnorablement. — Environ le point du jour vint devers le cappitaine un espie qui lui dist , et au Jouvencel mesmes, que leurs ennemys estoient sur les champs, environ de cinq à six cens chevaulx, tenans les boys pour aller ne savoit où se fut. Incontinent fut délibéré d'aller les esveiUer; et dist le Jouvencel : c II fault attendre ung peu sur le tart, af&n « que nous ne puissions arriver sur eulx qu'il ne soit nuyt, avant « que nous approchons d'eulx plus près de demye lieue, aflfin que f les fourrageurs ne nous sentent venir, etc. » (Voir la suite plus loin, p. i06.)

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trant que, se c'estoit leur plaisir, il estoit content de reœpvoir et prendre ceste charge, non pas conune leur seigneur, mais conune leur ministre et serviteur, en l^ur priant qu'ilz le voulsissent tousjours bien et loyalement conseiller en supportant les faultes et inadvertances de jeunesse. El ainsi appert comment il a maintenant charge de gens et gouvernement de cité. Et en ceste manière passèrent trois ou quatre jours en faisant grant joye et grant chière ensemble.

Après quatre ou cincq jours, vindrent au Jouvenoel le Mareschal ^ et Gervaise Nardereau, et lui dirent : € Jouvencel, vous voyez comme le cappitaine et tous c nous autres vous avons esleu pour nostre chief. Et, c pour l'honneur de vous et de nous, il nous semble t que devez vestir desormaiz parfoys quelque robbe c honneste et laisser ceste jacquette decouppée et ce t petit mantelet, qui est bien fraiz pour ce temps yci. >

— € Ha-a ! dist le Jouvencel, ne vous chaille de cela ; « l'abit ne fait pas le moyne. Quant à moy, j'aimeroye « mieulx à employer l'argent à recouvrer ung archier « que à achatter une robbe. N'estes-vous pas yci venuz « pour aultre chose dire ? Vrayement vous en soulc ciez beaucoup. Je vous prie, n'en laissez point à € dormir. Mais, se vous saviez aucune chose de nou- € veau touchant la guerre, si la mettez sur le mestier. »

— € Certes, dit le Mareschal , nous estions venus yci € pour vous remonstrer que, cependant que nous € sommes grant compaignie en ceste ville, avant que € le bruit soit divulgué et congneu de la prise de ceste € ville par le pays, il seroit bon de chevaucher et d'al-

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