‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 308 sur 324 · Ruettes, routes · texte numérisé non relu

Ruettes, routes

LE JOUVENGEL. 187

c chevauchée de demain, sauf à messeigneurs de me € corriger. » Tous dirent : « Vous avez bien dit. >

Ainsi Alt conclud le partement de Luc pour s'en aller à Grathor. Et chevauchèrent jusques au petit villaige, nonuné Hardan, qui estoit sur la petite rivière, que le Mareschal de Grathor leur avoit dit. Et, tandiz qu'ilz se logèrent, le conte de Parvanchières envoya l'Admirai , atout cinquante lances , passer la rivière droit à Grathor, pour là faire le guet, tant que toute la compagnie fut logée et apaisée. Puis s'en retourna l'Admirai au logeiz. Et, quant tout fut logié, le conte de Parvanchières fît repaistre ses escoutes, puis les envoya aux champs, chascun là où sa charge lui avoit esté ordonnée. Puis fît descendre l'Admirai et le fit soupper et les Mareschaulx aussi.

Et aprez soupper manda quérir tous les cappitaines, pour savoir ce qu'ilz avoient affaire. Et, quant ilz eurent souppé à grant joye et grant Uesse, conune la guerre le requiert (car elle hait gens tristes et paoureux), le conte de^ Parvanchières se tira appart en ung petit champ loing de toutes gens, voyant que nul ne povoit approucher de lui pour Tescouter, fors seullement ceulx qu'il appelloit à son conseil. Et lors dist ainsi : « Messeigneurs, je vous pri, devant toute « euvre, que chascun die à ses gens que tous se mettent € en bon estât aujourd'uy et se confessent et appellent « Dieu en nostre aide. Gar nous pensons avoir demain « bataille. Nous avons bonne querelle, et, se Dieu « plaist, nous recouvrerons ceste seigneurie pour « nostre souverain seigneur, et mettrons le peuple et « la chose publique en paix, qui tant a travaillée

1. Var. : t qui tant a eu de peine et de travail. » Éd. Vérard.

< Mareschal, dit le conte de Parvanchières, vous c savez le païz ; mettez vous devant demain avec voz

< quarante lances, messeigneurs les Mareschaulx c aprez vous o toute leur avant-garde, le Maistre des € arbalestriers sur la main dextre o tout le traict, et « l'arrière-garde aprez la bataille. Et vous, Admirai, « nous serons en la bataille, vous et moy. Gonnin sera « sur la gauche, qui est du costé devers les ennemiz, « et servira de descouvreurs, afïîn que nulles gens ne € puissent approucher de nous que nous ne le sachons. € Et, quant nous aurons passé Nostre-Dame de Bonne- « Grâce et nous serons tous sur le hault de la mon- € taigne , messeigneurs les Mareschaulx et le Maistre « des arbalestriers, avec tout son traict, descendront « à pié et là tiendront pié ferme et envoyrons leurs « chevaulx derrière, bien loing, tout oultre de l'ar- € rière-garde et en la garde de l'arrière-garde. Nous « vendrons o nostre bataille, aprez que serez des- « cenduz et bien disparez de voz chevaulx, qui n'y « aura plus riens qui maine noise ne qui nous « puisse nuyre. Et descendrons à pié de costé vous, « et pareillement envoyrons noz chevaulx derrière « l'arrière-garde, et puis vendrons nous joindre à « vous. Et le Mareschal et Gonnin seront tousjours à « cheval du costé devers les ennemyz pour reboutter a leurs escarmoucheurs, aflSn qu'ilz ne nous puissent « veoir ne congnoistre nostre convine. Et, se ainsi est « que le siège d'amont tienne ferme, nous marcherons € et le irons combatre, et ferons faire le signe à ceulx « de la ville qu'ilz saillent pour nous venir aider. Et « l'arrière-garde marchera ung peu sur la main « gauche en avant, droit aux deux sièges, pour les

LE JOUVENGEL. 1^9

c garder de venir secourrir leurs gens. Et, se ainsi c estoit qu'ilz marchassent pour y voulloir venir, à c l'eure qu'ilz seront prestz d'assembler avec nous, c Farrière-garde donnera dedans eulx, et Gonnin et c le Mareschal, qui seront dedans une petite asle, et c ceulx de la ville, qui sauldront de l'autre costé. c Ainsi me semble que nous leur donnerons bien à € besongnier. Car, avant qu'ilz soient venuz jusques à < nous pour secourir leurs gens, ilz seront bien hors « d'alaine. Car nous tiendrons pié coy à nostre avan- « taige et ne marcherons point. Car tous ceulx qui € marchent à pié, se desordonnent et se mettent hors « d'alaine et communément sont desconfitz. >

Et ainsi alerent à la messe au plus matin. Aprez la messe et que chascun se fut myz en bon estât, alerent, en la manière que j'ay dit, jusques à Crathor . Et, quant ilz eurent chevauché jusques à la veue de la ville en l'ordonnance que vous avez ouye, les ennemiz, qui estoient devant la porte de Bonne-Grâce, se retirèrent à leurs gens et n'osèrent attendre le conte de Parvanchières et ses batailles, pour ce que bonnement leurs gens ne les povoient secourrir. Et tantost le Mareschal de Crathor et Gonnin vindrent au conte de Parvanchières et lui dirent : « Monseigneur, seurement le siège de € la porte par où vous entrerez en la ville se levé et € s'en vont à leurs gens^ au champ fortifié. Nous « sonmies venuz pour le vous dire, affin que vous € marchiez vostre beau petit pas jusques devant la « porte de la ville. Et le Jouvencel et tous ceulx de € Crathor sauldront au-devant de vous, qui vous con-

Page 1