DE LA FAMILLE DE SANGERRE
Gel important procès comprend un grand nombre de pièces, provenant de la Chambre des comptes et du Parlement. Il nous est, par suite, impossible d'en donner ici une analyse détaillée et nous nous bornerons à un aperçu succinct. On trouvera aux Pièces justificatives cinq de ces documents. Nous avons analysé les deux premiers, déjà publiés par Baluze dans son Histoire généalogique de la maison cT Auvergne; nous donnons les trois autres intégralement, sauf quelques coupures.
Notre procès était déjà commencé en 4436^ année où mourut Jeanne Dauphine. Les principales questions, et notamment le partage des biens, furent tranchées en 4454 et 4452. Mais certains points secondaires ne Tétaient pas encore en 4474.
Voici quelle était la situation : Béraud III dit le Jeune, comte de Clermont et Dauphin d'Auvergne', ne laissa qu'une flUe
1. Noas avons une pièce du 7 sept. 1436. Arch. nat., XIa 1482, fol. 32 ▼*.
2. D'après VArt de vérifier et Baluze, le premier qui prit ce titre de Dauphin d'Auvergne dans la famille des comtes d^Auvergne fut Guillaume VII dit le Jeune. Il le fit à l'iroilaUon de son lïeul maternel Guigues, premier Daopbin de Viennois. L'oncle de Guillatune VII Dtaphin, Gail-
unique, Jeanne Dauphine, mariée au comte Louis de ModU pensier, merle sans enfanls en '1436. Les frères et sœurs de Béraud III et leurs enfants devenaient héritiers de la défunte.
Ainsi qu'on peut le voir par le tableau généalogique inséré à la suite de cet appendice, le seul mâle survivant à Jeanne Dauphine était son oncle Robert Dauphin, frère de Béraud IIL Robert, qui était évcque d'Albi et appartenait à Tordre de Saint- Benoît ^ réclamait toute la succession de sa nièce. Disons de suite qu'en qualité de membre du clergé régulier et comme ayant, par ses vœux, renoncé à la possession de tous biens propres, il devait être considéré comme inhabile à succéder et exclu par conséquent de la succession*.
Robert étant d'avance hors de cause, Jeanne Dauphine n'avait point en réalité d'héritier mâle de son nom. Restaient donc ses tantes, sœurs de Béraud III, au nombre de cinq, ou plutôt leurs enfants.
Une seule, en cflet, Jacquette Dauphine^ abbesse de Saint- Menoux^, était encore vivante et parait au procès. Elle se trouvait dans la même situation juridique que son frère Févèque
laume dit le Vieujc, et 8cs descendants conservèrent (bien que braDCbc cadette) le titre de comte d'Auvergne, auquel vint s'ajouter, par bérilace, celui de Boulogne. Après de longues discussions entre l'oncle et le oeTev, il fut convenu que le comté de Glermont serait partagé entre les deu branches qui en portèrent concurremment le titre. En outre, les comtes d'Auvergne confièrent, en 1202, la garde de Glermont et des babitaals aux évéqnes de cette ville, qui la gardèrent en dépôt jusqu'au temps de Catherine de Médicis. Il y avait donc, au xt* siècle, en quelque sorte trois seigneurs de Glermont en Auvergne. — En ce qui conœrne les dua d'Auvergne, ils doivent être soigneusement distingués des commet. L'Auvergne avait été érigée en duché-pairie en faveur de Jean, duc de Berry, par son père, le roi Jean. Contrairement à Tusage établi en matière d'apanages, Charles VI autorisa le duc de Berry à léguer le ducbé d'Auvergne et le comté do Montpensicr à sa deuxième fille, Marie de Berry, mariée au duc Jean de Bourbon, dans la famille duquel ces deux seigneuries (lomcurcrcnt depuis {Art de vérifier, à Bourbon).
1. Il en porluit encore l'habit. — Sentence du 26 juillet 1451.
2. Conformément aux conslitulions du royaume et malgré une bulle du pap(\ datée de 1433, lui accordant dispense spéciale de ses Toeux. La discussion de la situation de Uobert dans la sentence arbitrale de 1451 (21 juillet) est drs plus intéressantes. — V. Baluze, II, 383 et ss.
3. Kn Bourbonnais; Allier, arr. de Moulins, r^nt. de Sanviguy.
d'Albi. Mais ses prélenlions étaient fort modestes et ne tendaient qu'à obtenir une rente viagère qui lui avait été promise^ et lui fut en effet accordée.
Des quatre autres sœurs de Béraud III, mortes avant 4436, trois avaient eu des enfants, qui constituaient les trois, ou plutôt les deux principaux groupes d'héritiers se disputant la succession^. Ces trois sœurs n'étaient pas en effet du même lit, leur père, Béraud II, dit le Grand ou le comte Camus, ayant été marié trois fois'.
L'ainée des sœurs, Anne^ seule enfant du premier lit, avait épousé le duc Louis II de Bourbon; de là l'intervention de leur fille Isabeau de Bourbon et de leurs peUts-flls Charles, duc de Bourbonnais et d'Auvergne, et son frère Louis, comte de Montpensier. Les Bourbons prétendaient, en vertu de trois testaments successifs, avoir seuls le droit de succéder à Béraud III et à sa niie Jeanne^ en ce qui concernait les biens proprement dits de la famille des Dauphins. Ils disaient, en effet, que, lors du mariage de leur aïeule Anne Dauphine avec Louis, duc de Bourbon, il avait été convenu que, en cas d'extinction des Dauphins mâles, Anne et ses hoirs héritaient de Béraud II. Or, ce cas était advenu, la fille de Béraud III étant morte sans enfants. En outre, leur grand'mèrc, Anne de Bourbon, n'avait jamais reçu de dot; mais, en revanche, Béraud II, prévoyant la mort de Jeanne Dauphine', avait testé en faveur de sa fille Anne et de ses descendants, testament confirmé par Béraud III. Us ajoutaient enfin que, dans la famille des Dauphins, on avait, de tout temps, constitué des apanages en faveur des aînés. Or, ils représentaient leur grand'mère Anne, qui était Talnée.