‹ Le JouvencelChapitre 17 sur 184 · Voy. tome I, p. 2, note · texte numérisé non relu

Voy. tome I, p. 2, note

LE iOUVENGEL. 64

que on voit à l*ueil que celles qu'où ne voit point ; et, pour ce, tousjours ung chief doit mettre paine de veoir ses ennemiz ; car il en est trop plus saige et plus hardy. — 11 y eust ung aultre bon chevallier du temps du roy Charles le quint, nonuné messire Jehan de BueiP, qui combatoit ses ennemiz à la Mote de Bourbon, et aucun nombre des meilleurs gens qu'il eust partirent de sa bataille pour frapper sur le derrière de ses ennemiz, dont il ne savoit riens ; et s'en durent mettre ses gens en desarroy et en fuitte; car ilz cuidoient qu'ilz s'enfuissent; mais il dit soubdainement à ses compaignons : c Ne bougez ; je scay bien où ilz vont » ; et, par ceste parolle, sa bataille se rassura et combatirent de grant couraige leurs ennemiz et les desconfirent ^. Et, pour ce, ung bon mot ou ung bon coup fait souventefïoys gaigner une besongne perdue et doivent estre les remèdes en telz cas prompts et soubdains. c II y eust une bataille en Angleterre à Gherausbry, qui fut du Roy contre ung chevalier, nommé messire Thomas de Percy; et assemblèrent à ceste bataille deux bien grandes puissances, et tellement que messire Thomas de Percy rompist la bataille du roy d'Angleterre et la myst en fuite et ses gens allèrent tous à la chace, sauf environ cincq cens

i . Ce Jean de Bueil est le grand-père de Tauteur du Jouvencel.

2. Jean III de Bueil fut établi, en 1368, lieutenant général du Roi en Anjou, Touraine et Maine. C est vraisemblablement vers cette époque qu*eut lieu le combat de la Motte-Bourbon, dont parle le Jouvencel, Froissart ne fait pas mention de ce fait d'armes qui fut sans doute de peu d'importance (voir Froissart, éd. Kervyn ; — P. Anselme, VII, p. 848). La Motte- Bourbon, Maine-et- Loire, commune de Méron.

62 LE JOUYENGEL.

hommes qui demourerent avecques lui et aveoques ses banières. Et, quant le roy d'Angleterre, qui n'estoit pas du tout rompu et lui estoit bien demouré encores deux mille hommes, vit messire Thomas de Percy si petitement acompaignié, il marcha droit à lui et le desconfist et mist à mort ; et, par ce, le roy d'Angleterre gaigna la bataille qu'il avoit perdue^. Et, pour ce, quant vous vous trouverez en une besongne et vous aurez rompu gens, il vous est besoing de tenir tousjours un bon nombre de gens ensemble et que tous voz gens ne chassent pas ; car à plusieurs gens il en est pris mal. A Sainct-Riquier, Phelippe, duc de Bourgongne, filz du duc Jehan, en desconfit ses ennemiz^.

c Une aultre bataille y eust en France^, nommée Agincourt, que le roy Henry d'Engleterre gaigna parce qu'il garda Talayne de ses gens et encores dit que la nuit il les fist rafreschir; et les Françoys firent le contraire. Car, la nuyt, ilz couchèrent en

i. La bataille de Shrewsbury fut livrée, le 21 juillet 1403, par Henri IV à Thomas de Percy, duc de Northumberland, et autres seigneurs révoltés. Jean de Wawrin dit que l'avant- garde royale fut d*abord mise on déroute et que les rebelles criaient déjà victoire, mais que le roi ranima ses troupes, rompit Tarmée ennemie, s'empara de Percy et lui fit trancher la tête (J. de Wawrin, Chronicques cPEngleterre, IV« partie, 1. VI, ch. ii).

2. Cette bataille eut lieu, le 31 août 1421, entre les Bourguignons, commandés par le duc, et une armée française, à la tète de laquelle étaient le sire d'OIfémont et Saintrailles. Ce fut à Mons-en-Vimeux (Somme) et non pas à Saint-Riquier. Le récit de tous les historiens s'accorde avec le dire de Jean de Bueil (voir Lefèvre Saint-Remy, ch. cxx ; — Monstrelet, 1. 1, ch. ccxLvm ; — J. Ghartier, ch. v; — Jean Raoulet, témoin oculaire).

Page 1