‹ Le JouvencelChapitre 18 sur 184 · Var. : c en la conté d'Artoiz. p B · texte numérisé non relu

Var. : c en la conté d'Artoiz. p B

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UDg champ où ilz estoient en la houe jusques aux genoulx, et, le lendemain, mardierent à travers d'ung grant gueret à Fenoontre de leurs ennemiz et les allèrent requérir bien loing, tellement que, quant ce fust au combatre, ilz assemblèrent si très peu de gens et les ungs après les aultres, et estoient hors d'akine, qui furent desconfiz^ Et, pour ce, une bataille à pié ne doit point marcher; mais doit tousjours attendre ses ennemiz pié coy. Car, quant ilz marchent, ilz ne sont pas tous d'une force, ilz ne pevent pas tenir ordonnance. Il ne fault que ung buysson pour les despartir. Une puissance qui marche devant une autre puissance est desconfite, si Dieu ne lui fait grâce. Et, pour ce, prengne place d'avantaige qui pourra et de bonne heure, c Une aultre bataille fut, nommée Grevant, où ceulx du siège mirent la ville à leur dos. Et, quant leurs ennemiz vindrent combatre à eulx, ceulx de la ville, qui estoient grant puissance, saillirent et leur donnèrent par derrière ; par quoy , la bataille fut perdue^. Pour ce, jamaiz ne prenez champ devant ville que vous tenez assiégée, en lieu où ceulx de la ville puissent saillir sur vous ne vous batre de leur artillerie.

c [A] une autre bataille, nonmiée Verneul, pareillement marchèrent et se desroyerent les Françoys à rencontre de leurs ennemiz et mirent ung bon

\, 23 octobre 1415. — Voir Monstrelet, etc. Il est curieux que Tauteur ne fasse pas meation, à propos d'Azincourt, de son père, de ses oncles et de ses cousins qui furent tués dans ce désastre.

2. Août 1423 (voir Monstrelet, 1. II, ch. i; — J. Chartier, ch. vu; — Jean Raoulet, etc.).

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nombre de gens à cheval devant eulx, lesquels furent reboutez contre eulx, dont ilz furent desconfîz^ Et, pour ce, jamaiz gens de pié ne doivent mettre devant eulx gens de cheval. Car, quant les gens de cheval sont rebouttez, ilz heurtent souventeffoys leurs gens de poictrine de cheval et les rompent et desconfisent ; mais on les doit mettre sur les asles et non pas devant.

< [A] une aultre bataille, à Baugé en Anjou, dont estoit chief le duc de Glarence , frère germain du roy d'Engleterre, [il] marcha à l'encontre des Françoys; et furent les Anglois desconfitz, et y mourust le duc de Glarence et plusieurs aultres grans seigneurs et grant noblesse du royaume d'Engleterre'.

€ En ung autre lieu, nommé Patay, les Angloys marchèrent devant les François en cuidant aller prendre leur champ et furent desconfiz^. Et, pour ce, on doit prendre champ de bonne heure, qui veult combatre à pié.

< En ung aultre lieu, nommé Fremigny, les Angloys c se mirent en bataille devant les Françoys et, quant

1. 17 août i42i. — Ni Monstrelet (1. Il, ch. xx) ni Jean Charlier (ch. xii) ni les autres chroniqueurs ne font mention de cette troupe de cavaliers qui, d'après Jean de Bueil, aurait été mise devant l'infanterie et aurait été cause de la perte de la bataille de Verneuil. C'est donc un détail inédit que notre auteur ajoute aux faits déjà connus. Il est certainement authentique, puisque Jean de Bueil fit à cette bataille ses premières armes comme page du vicomte de Narbonne (voy. Commentaire, § III et V, et tome I, p. x).

2. 22 mars 1421 (n. s.). (Voy. Monstrelet, 1. 1, ch. ccxl; — Jean Raoulet.)

3. 18 juin 1429. — (Monstrelet; — Chronique de la JHicelle; — J. Chartier, etc.) Voy. tome I, p. xxv, note 5.

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ilz virent les Françoys en plus grant nombre qu*ilz ne cuidoient, ilz se adviserent dealer prendre place avantaigeuse et en y allant se desroyerent et par ce furent desconfîz^ Et, pour conclusion, jamaiz une puissance ne doit marcher devant une aultre; et vauldroit mieulx combatre au lieu où Fen rencontre ses ennemiz, depuis qu'ilz viengnent si prez. c A Gastillon en Pierregort, les Angloys, beaucoup plus grande puissance que les Françoys, marchèrent et allèrent requérir les Françoys jusques en leur champ, où ilz les attendoient de pié coy ; et, par ce, les Angloys furent desconfiz^. Et plusieurs foys estil ainsi advenu entre les Françoys et les Angloys. c Une aultre foys advint devant Basie que les Suysses se trouvèrent contre les Françoys ; et, parce qu'ilz marchèrent, les Françoys les desconfirent ^. c EnBretaigne, en une bataille au Roy^ entre Charles de Bloys, soy disant duc de Bretaigne, et le conte de Monfort, qui semblablement debatoit la querelle, et, parce que Charles de Bloys marcha et qu'il ne descouvrit point une petite embûche qui estoit en UDg bouquet, qui lui donna par derrière tandis qu'il

i. 15 avril 1450 (voy. Matth. d'Escouchy, ch. xl; — Jean Ghartier, ch. ccxviu; etc.).

2. Jean de Bueil était à Gastillon un des chefs de l'armée française ; il parle donc en témoin oculaire. Son récit s'accorde d'ailleurs avec celui des chroniqueurs. — Voy. l'observation faite au sujet de cette bataille, tome I, page cxcix, note 3.

3. Bataille de Saint- Jacques, livrée le 26 août 1444. Jean de Bueil commandait en chef l'armée française {Commentaire, S XXXII; — Chronique de Matth. d^Escouchy, II, 19, note). — Voy. tome I, page cxiv.

4. Sic, pour Auray, 29 sept. 1364 (voy. Froissart). Les éditions omettent ce nom ainsi que le ms. F.

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c oombatoit son adverse partie, il fut descoDfit. Pour c ce, jamaiz vous ne devez approucbier d'une puisc sance que tout le payz ne soit descouvert et que c vous donnez bien garde que on ne vous puisse don* c ner par derrière, ainsi que eust Charles de Bloys c au Ray.

€ Les exemples de ces batailles le Roy m'a chargé c vous demonstrer et beaucoup d'autres, qui seroient c longues à reciter, aflfin que vous ouyssez comment c elles furent perdues et gaignées et que vous y soyez c saige et bien ad visé. >

CHAPPITRE XVIII.

Comment le tiers homme des trois, nommé maistre Nycolle, luy fist une très noble collddon touchant sa personne et la vocacion oit Dieu Vavoit appelle, en laquelle il povoit bien acqiéerir son sauvement et lui remonstra et allégua plusieurs belles choses et auotorités de la Saincte Escripture, servons à son cas et à pluseurs autres personnes.

Les paroUes de monseigneur de Chamblay finies, maistre Nicbolle commença à parler au Jouvencel et dist ainsi : c Monseigneur, vous avez oy et entendu c comment le Roy vous a fait advertir par monseic gncur maistre Jehan Bienassiz comme vous devez c faire et garder justice, tant à voz aliez, amys que c ennemiz; comme devez entretenir tous nobles, c marchands et autres, en faisant bonne justice à c chascun. Aussi monseigneur de Chamblay vous a dit c et remonstré grans advertissemens touchant le fait

de la guerre que le Roy luy avoit chargé vous dire. Auaai m'a il chargé de vous faire ud propotz eu manière de oollacion en tant qu'il touche vostre personne et tous aultres demourans en ceste seigneurie. Pour laquelle chose faire et acomplir, je puis alléguer ce que dict monseigneur sainct Pol en son EpistoUe qu'il escrip voit aux Rommains, au xii* chappitre, là où il dit : c Unum corpus sumus in Christo >, c'est à dire que en l'Eglise militante, qui est dicte UDg corps mistique, lequel est composé de divers membres, c'est assavoir, de plusieurs estas, et ensemble ne sont que ung corps, duquel Nostre- Seîgneur Jhesus-Christ est le chief, dont toute l'in- Quence procède et par lequel les membres dudit corps prennent substance et vie. Neantmoings, lesdis membres ont diverses actions et offices par la divine Providence si bien conduictes et ordonnées que l'ung membre ne peut bien exercer son office, 8Îix>n par tant que les autres membres luy soient en aide et familiers. Et, ainsi que voyons en ung corps humain trois parties principalles, c'est assavoir, le chief, les bras et les aultres parties inférieures, aussi en cestuy corps mistique a divers estatz et offices, c Par le chef, lequel est suppreme, nous est donné entendre Testât de l'Eglise , lequel doit estre semblable au Filz de Tomme en pureté et innocence, selon sa capacité, duquel nous avons escript en TApocalipse, ou premier chappitre, que les cheveulx de Jhesus- Christ estoient blancs conune layne et resplendissans comme noif^ qui nous donne à entendre la

i. Apoc. I, i4. Gapilli erant candidi tanquam lana alba et tari' quam nùe.

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pureté et innocence, laquelle doit estre en toutes gens d'église. Monseigneur, vous qui estes lieutenant du Roy nostre sire, à gens d'église devez honneur et révérence, et l'Eglise, qui est espouse de Jbesus- Christ, mère des chrestiens, devez amer, fréquenter, visiter et deffendre à l'exemple de Constantin, duquel est escript, ou premier livre, en l'Istoire tripartye^ que, aprez qu'il fut baptisé, tant ayma Dieu et l'Eglise qu'il faisoit porter, en tous lieux où il alloit, ung tabernacle fait en la fourme d'une église, et emprez avoit prestres et clercs qui Dieu servoient très dévotement.

< Par les bras et mains, qui ont le plus noble office aprez le chief et sont ou millieu du corps pour deffendre et protéger le chief et les autres membres, nous est donné à entendre Testât de chevalerie, lequel est ordonné en cestui corps mistique pour deffendre et conserver en paix et union encontre les enncmiz Testât de l'Eglise, qui est ordonné à Tadministracion spirituelle, et les aultres membres inferiores qui sont ordonnez pour Tadministracion temporelle, comme sont bourgeois, marchans et laboureurs.

c Et, pour tant que nous avons parlé de Testât de chevalerie et de noblesse, premièrement vueil demonstrer conune noblesse et chevalerie commença ; secondement, comme le bon chevalier doit estre loyal à Dieu et à son prince ; tiercement, comment le bon chevalier ne se doit pas glorifier en sa noblesse ne en sa force.

1. Historié ecclesiastics tripartits ex tribus grscis scriptori"' btu, etc., per Cassiodorum setiatoretn in epitomen redacts, libri III.

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c Pour le premier declairer, qui est quant noblesse conunença, devez savoir, ainsi que lisons ou livre de Genesis : Dieu, voyant la terre pleine d'iniquité, entre les autres trouva Noé juste, pour quoy luy commanda qu'il fit Tarcbe, en laquelle il fut sauvé et ses trois enfans, nommez Sem, Cham et Japbet, et leurs femmes, et eurent de Dieu la bénédiction; et de ses trois enfans est descendue sur terre toute la generacionbumaine. L'ung de ces trois enfans, c'est assavoir Cbam, offensa Dieu en tant qu'il fit de son père derrision; pour laquelle cbose fut mauldit. TouteRoys disent aucuns docteurs que Cbam ne fut point mauldit en sa personne, mais en ses enfans, et, pour ceste cause, dit le texte que, aprez que Noé eust congnoissance de la derrision que avoit fait son fike Cbam, si dit : < Canaan sera mauldit et sera serviteur des serviteurs de ses frères. » Ainsi appert par ladicte istoire que Sem et Japbet eurent seigneurie sur les aultres et furent anobliz pour tant qu'ilz n'avoient fait dérision de leur père, comme Cbam, lequel demeura en servitude et en rusticité. Et touteffoys ils estoient d'ung père et de une mère. Et dit le texte, ou x* cbappitre de Genèse, que ung nonmié Cbus eust ung filz, lequel avoit nom Nambrotb, duquel est escript : < Ipse cepit esse potens in terra; et erat robustus venator coram Domino, » c'est-à-dire que Nambroth, lequel est beureux et robuste veneur devant Dieu, commença à avoir seigneurrie et puissance en la terre sur les aultres hommes. Et dit l'istoire que le commencement de son règne fut Babilone. Ainsi appert que noblesse doit estre plus dicte à cause de bonnes moeurs et de

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bonnes œuvres que de lignée^. Et pourtant, dit le Philosophe, ou premier et ou second d'Ethiques, que les nobles sont ceulx qui sont vertueux, bien moriginez, magnifiques, plaisans, saiges, labourieux. et bien endoctrinez. Aucuns dicnt que noblesse se peut entendre en deux manières : Tune noblesse est dicte noblesse de generacion, de laquelle parle le Philosophe en icellui livre d'Ethiques et dit que les nobles sont ceulx qui sont issuz et descenduz des hommes virtueux, saiges et de grant prudence. Aucuneffoys est prise pour richesses de grant antiquité, et en ceste manière on a acoustumé en bonnes polices es citez que ceulx qui sont descenduz et nez de parens, lesquelz ont longtemps habondé en richesses, sont appeliez nobles, et plusieurs en ont esté fais et fait-on de jour en jour chevalliers. Neantmoings, à proprement parler, nobles sont ceulx desquelx les euvres sont honnourables et virtueuses.

c Aussi devez savoir que tout noble, devant qu'il prengne Tordre de chevalerie, doit estre adjuré par son serement de tenir foy et loyaulté, premièrement à Dieu, qui est le prince, commencement et chief de chevalerie, qu'il deffendra la foy et TEglise. Et en signe de cecy anciennement, aprez que ung noble avoit priz Tordre de chevalerie, il alloit au temple de Dieu et presentoit son espée en signe de loyaulté et de fidélité ; et, quant il estoit à la messe, à TEvan-

1. Var. : f Ainsi appert que noblesse qui est causée de bonnes œuvres et de bonnes mœurs doit estre plus noble que celle qui vient par lignée. » B. — « Ainsi appert que noblesse qui est causée de bonnes meurs et œuvres est mieulx assise en Thomme et plus noble que celle qui vient de lignie. » Éd. Vérard.

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gOe prenoit son espée en sa main en demonstrant quMl estoit prest de combatre pour la foy cbrestienne et la loy de Dieu deffendre et garder, laquelle loy est contenue en la saincte Euvangile. Aussi promet le bon chevalier foy et jure que bien et loyaulment servira son prince et deffendra et gardera le bien de la chose publique. Et tel chevalier doit estre honnorable, courrageux, loyal en ses faiz, bon aux armes, saige habondamment et prest de deffendre le droit de son prince, de son pays et de ceulx qu'il a en son gouvernement. Et ces condicions icy doivent avoir toutes gens de guerre, lesquelx sont compris aoubz Testât de chevalerie. Et principallement le bon chevalier se doit excerciter et usaiger es faiz d'armes et de guerre et non pas estre oyseux en querant ses délices et plaisances; car, ainsi qu'on dit, usaige rent maistre et fait Tonmie prest et habille ; et doit tenir le bon chevalier ce qu'il promet. c A ce propotz raconte Valere comme ung chevalier romain, nonmié Fabius, promist à Hannibal certain argent pour la rençon de certains prisonniers Rommains qu'il tenoit, mais qu'il les voulsist délivrer; et lors Hannibal lui octroya sa demande. Fabius s'en vînt à Romme et racompta sa promesse aux Rommains, lesquieulx ne voullurent payer ce qu'il avoit promiz. Et, ce voyant, Fabius vendist son héritage et tint sa promesse à Hannibal. Ainsi doit faire tout noble chevalier; il doit tenir sa promesse, tant à ses amys aliez que à ses eunemiz.

c Item, devez savoir que le bon chevalier ne se doit fier en sa force ne soy glorifier en sa noblesse, mais doit estre saige et subtil et doit croire et user de bon

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conseil. A ce propotz, dit Egezipus en son V^ livre et alegue Titus, qui disoit que à chevalerie est aussi neccessaire sens que force de corps^. Oultre, le bon chevalier, en ses fais d'armes, ne doit être presumptueux ne sa partie trop despriser ; car, ainsi que dit Chaton, il advient souvent que le foible desconfit le fort et le petit le grant; comme David, petit et humble, surmonta et desconfit Golyas, qui estoit grant, fort et presumptueux.

c Et doit savoir le bon chevalier que la victoire ne vient pas de Tomme, mais principallement de Dieu, comme il appert ou premier livre des Hachabées. Aussi avons pareillement comme Moyse impetra victoire envers Dieu pour les enfans de Israël non mye par force, mais en priant Dieu et levant les yeulx et les mains au ciel, comme est escript ou livre d'Exode, ou xvn® chappitre. Et, pour ceste cause, anciennement, quant bataille se faisoit, le prestre de la loy estoit tousjours devant la chevalerie en priant Dieu, comme il appert ou livre [du] Deuteronome, ou XX® chappitre. Et, pour tant, dit le prophète* : L'omme ne se doit point fier en sa force ne en la force de sa chevalerie ne de ses chevaulx, mais en la grâce de Dieu ; car les hommes font la bataille, mais Dieu donne la victoire. » Et, pour tant, ung dievalier ou prince ne doit bataille entreprendre, se ce n'est à bon droit et à bonne cause. Et, pour tant, sainct Augustin, ou livre de la Cité de Dieu, en son cinquiesme livre, ou xxu* chappitre, dit que bataille

1. Hégésippe, De bello Judatco et excidio urbis Hierosolym» libri Y.

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