Isaie, XXXI
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De se doit faire, si ce n'est à grant cause et à grant neccessité . Et, pour ce, anciennement le peuple requérait Dieu, quant bataille voulloit entreprendre, qu'il leur voulsist demonstrer s'ilz avoient drait ou non et s'ilz avoient riens fait contre Dieu, par quoy deussent perdre la bataille. Car il est à craire et est diose vraye que ceulx qui ayment Dieu et ont bonne cause et sont repentans et confès de leurs péchiez, finablement auront victoire de leurs ennemiz, comme il appert ou livre des Lévites, ou xxyi^ chappitre. Ce serait bien fort qu'il peust venir bien à ung prince ou chevalier, qui va en bataille en desrabbant les povres et tyrannisant le peuple et meismes en leur propre payz. Tel homme ne doit pas estre prince ou chevalier, mais doit estre dit tirant. Le prince ou bon chevalier désire le bien commung et de ses subgectz; le tirant demande et quiert son prouffit particulier et l'oppression du peuple. Les tirans font loix et coustumes iniques pour opprimer leur peuple. Desquieulx parle Ysaïe, en son premier chappitre, en disant qu'il est aucuns princes et chevaliers qui sont infidèles et compagnons des larrans, prenans de tous costez et vivans sans foy et sans loy. Ce ne fut pas l'intencion de Dieu, quand il institua les nobles et l'esjtat de chevalerie et leur donna dominacion sur le peuple, qu'ilz le deussent tyranniser ne piller, mais pour les conserver en paix, pour faire à chascun justice, pour milliter et deffendra le peuple, et doivent vivre selon la loy à eux donnée par monseigneur sainct Jehan-Baptiste, laquelle est escript en sainct Luc, en son livre ou tiers chappitre, qu'ilz doivent estre contens de leurs gaiges et à nully
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ne doivent porter tort ne faire aucun dommage ou injure ^
€ Aussi devez savoir qu'il n*est riens plus nécessaire à ung bon prince ou chevalier que estre piteulx et enclin à miséricorde. A ce propos, raconte Yalere, en son huitiesme livre, comme Marcelinus prist la cité de Gyracuse; mais, quant il vit les prisonniers, femmes et enfants, lesquieulx pleuroient, se prist à plourer. En ce mesme livre, lisons que Julius Gesar, voyant la teste de Pompeyus, son ennemi mortel, fut moult courroucié et eust moult grant pitié. Seneque dit en son livre de Clémence, ou premier chappitre, que les bons chevaliers doivent estre piteux, doulx et débonnaires. Aussi dit FEscripture saincte que tout noble et bon chevalier, qui veult Dieu ensuir, doit estre moult piteux et miséricordieux, affin que Dieu luy soit miséricordieux, c Aussi devez savoir qu'il n'est riens en ce monde plus convenable en Testât de chevalerie que libéralité, par laquelle on peult amyz avoir et conquérir, si comme dit le Saige en ses Proverbes, ou xix* chappitre. Et ad ce propos racompte Policrates, en son tiers livre, ou xxmT chappitre, comme Titus fut libéral et à cause de sa libéralité estoit moult amé, et de fait estoit courroucié la journée qu'il ne donnoit quelque chose, et disoit que le bon prince ou chevallier ne devoit riens refuser, quant c'estoit chose qu'il povoit raisonnablement faire et donner. Ad ce propos, dit Boece, De Gonsollation, en son premier
1. Saint Luc, ch. m, v. i4 : « Neminem concutiatis, neque calumniam faciatis, et contenti estote stipendiis vettris. »
livre, ou y* chappitre, que largesse fait les princes et bons chevaliers ennoblir et nobles redamer. Seneque aussi, en son premier livre des Bénéfices, racompte comme Alexandre donna une cité à ung povre homme qui lui demandoit Taumosne, et disoît que ung grant seigneur, en donnant, devoit plus regarder sa grandeur que la petitesse du demandant, c Et ja soit ce que libéralité soit moult à prisier, neantmoings devez savoir que le prince ou bon chevalier en donnant doit considérer quoy, à qui et pourquoy il donne, et, par especial, si le don est grant; car autrement n'est mye libéralité, mais est prodigalité, qui vault autant à dire comme folle et oultraigeuse despensc. Et, pour tant, dit Tules, en son prunier livre des Offices, ou xvn'cbappitre, que lar* gesse se doit faire ordonnéement et raisonnablement. Bien est vray que plusieurs princes et chevaliers faillent plus par convoittise qu'ilz ne font par folle largesse. Et touteffoys il n'est rien plus malséant à ung bon chevalier que convoitise, ne les aultres vices ne nuysent pas tant au peuple ne aux subgectz comme l'avarice du seigneur et du prince, lequel doit estre comme l'estomac, qui distribue à tous les membres ce qu'il reçoit et ne retient pour lui fors tant seullement sa nourriture, et, quant il fait aultrement, c'est assavoir quant il retient la viande oultre sa neccessité, adonc il devient malade par trop grande replettion et fait devenir l'homme ydropique, et \on l'estomac s'enfle et tous les aultres membres deviennent gresles et cbetifz ; et tout ce mal advient pour ce que l'estomac ne distribue pas la viande qu'il reçoit aux aultres membres du corps. Sembla-
blement est du prioce et seigneur convoiteux^ lequdi fait son payz pouvre et ses subgectz anéantir. A oe propos, dit Job, en son xxxY* chappitre, que maulr diz sont les princes qui apouvrissent leura'jmbgectz et qui, par avarice et mauvaiz conquest, assemblent grans trésors ; viendra ung temps que Dieu exaulcera les pouvres, et les grans et mauvaiz riches auront assez affaire de mauldire Teure que oncques eurent richesse et trésors mauvaisement acquiz. Ad ce propotz, nous racompte Pierre Damyen comment sainct Grégoire donna malediccion et affliction à ung chevalier qui avoit à une povre femme osté son argent^ et ung petit de biens qu'elle avoit. Si se peult ung chascun moult esbahir sur le fait des chrestiens, pourquoy Tung destruict l'autre, veu que les bestes mues d'une condicion et espèce ne mangent point Tune l'autre, comme dit Aristote, en son livre des Bestes, et, qui plus est, les bestes sont de Tomme piteuses. Ad ce propotz, nous lisons es ystoires des Rommains comme deux loupves nourrirent' ung enfant, nommé Romulus, lequel estoit donné aux bestes pour devourer; mais, aprez, il fut roy et fonda et edyfia la cité de Romme. Par plus forte raison, ung noble chevalier doit estre piteux de son semblable et non pas ses subgectz desrobber ne piller, mais doit prendre exemple à Thiberius, duquel nous lisons es croniques, conune ses codseilliers et ses officiers luy conseilloient qu'il ordonnast subsides et tribuz sur son peuple, lequel res-
i. Var. : « cheval, p B.