En marge dans le ms. A : • Nota
c teste, il est noble et souffisant de combatre ung roy . c Et, quant ung roy voit ung homme d'armes en ung c champ, il ne s'enquiert point qui il est, mais lui c suffist seullement que c'est ung homme d'armes; c car ung homme d'armes prent en ung champ le c plus grant roy du monde et lui saulve la vie. Que € vous iroy-je serchant? Moy qui porte armes, à qui c me dois-je combatre, sinon à ung homme d'armes? c Je voy ung homme d'armes devant moy, qui est mon € ennemy ; me dois-je enquérir qui il est? Certes, c nennyl . Les armes ennoblissent l'omme quel qu'il soit. € Et moy, qui suis homme d'armes et porte armes, je c dois courrir sus à tous ceux qui portent armes, s'ilz € sont mes ennemiz, soit en champ de bataille ou en € lisse close. Puisque je voy armes devant moy, c'est € ung homme d'armes; je ne dois pas faindre ne c me enquérir qui il est; et ceulx qui le font, il leur € vient de lascheté et je ne les en sauroye, ne pourroye, c ne vouldroye excuser. Si ne voisent pas jusques là € ne entreprengnent le gentil excercite des armes, s'ilz € ne veullent ainsi faire. Encore dy-je plus que ung € homme d'armes se doit combatre à gentilz et à vil- € lains et à bestes mues et à toutes choses qui contre € lui vueillent combatre. Pour ce, Messeigneurs, je di € que nous sommes yci la pluspart des nobles de ce € pays et sommes tous nobles et, pour faire ce que c nobles gens doivent faire, nous devons aller à la c guerre. Je vous pri que nous ad visons aucune bonne c diose à faire pour le bien du Roy et de la chose € publique du payz et pour nostre honneur et affin que c on die que les nobles se acquictent. » Et puis dist au cappitaine de Grathor : c Distes quelque chose. » n 6
82 LE iOUVENOEL.
Sur oe parla le vieil cappitaioe de Grathor et dit au Jouvencel : c Monseigneur, vous avez bien et ootablei» ment parlé à messeigneurs les nobles et les aoub* doyers de quelque estât qu'ilz soient. Et oeabc qui ne sont nobles de lignée doivent bien garder rhonneur des armes, quant le hamoix les fait devenir nobles. Or regardez comme messeigneurs, qui sont nobles de pcre en filz et en portent nom et armes, doivent bien garder leur honneur et Testât de noblesse, quant ceuk qui ne le sont de lignée, le gardent si songneusement, conune tant de bons champions et vaillans hommes qui combatent jusques à la mort avec leur chicf pour acquérir Testât de noblesse; et vrayement ilz sont bien à prisîer et honorer. Et ceulx qui sont nobles de lignée et qui laschcment laissent perdre leur honneur et font faulte à leur nom et à leurs armes et à leurs bons et vaillans prédécesseurs, dont ilz sont descenduz, sont bien à pugnir et à hayr. Elt quelque chose que on die, je ne croyray jamaiz que les nobles qui font faulte aux armes, soient descenduz des bons et vaillans pères dont ilz portent le nom ; et fault dire que leurs mères pensoient à quelques paillars, quant elles les engendrèrent, ou Tout fait de fait. Or regardez s*ilz se doivent bien havr de deshonnourer ainsi père et mère et eulx mesmes. Mais, se Dieu piaist, tous se gouverneront bien .
€ Ad ce (|ue j'entens, vous vouliez entreprendre quelque chose. Et, pour venir ad ce (|ue vous avei à faire |M>ur ceste lieure, il est de necoessité que vous chevauchez et que vous facez gaigner les coni* paignons; il y a longtemps qu*ilz ne firent que
LE JOUYENGEL. 83
€ despendre. On vous a assigné vostre payement sur c le payz; et le duc Baudoyn^ vous en occupe la plus- € part, et c'est où est le débat. Car le Roy veult dire c que le payz est sien ; aussi est-il ; et le duc Bauldoyn € veult dire qu'il est à son roy. Nostre roy et le sien c sont grans et puissans seigneurs que nul n'yroit par c dessuz, fors Dieu, pour savoir qui a tort ou droit; c et sont tous les jours à combatre à qui il demourra ; € et Dieu en disposera à son plaisir.
c Mais, de ce que nous povons avoir congnoissance c que le Roy, nostre souverain seigneur, a bonne quec pelle, et, se je ne le creoye fermement, je n'y porteroye € jamaiz armes, or fault-il doncques que nous mettons c peine, nous qui sommes ses hommes et ses servic leurs, qu'il ait le tribut de son payz, qui lui apparc tient, sur quoy nous sommes assignez des gaiges à € nous ordonnez. Et pour ce faut-il que vous chevauc diez sur le payz et que vous monstrez par vives € raisons que nostre Roy est plus puissant que n'est c le roy du duc Baudouyn. Et ainsi lé payz vous c obéyra, et le mettrez tributaire au Roy, et le pourrez appatisser, et en aurez l'argent et les vivres que voz ennemiz en lîeuvent. Pour ce, je disoye que vous € rescripvissez à tous messeigneurs les nobles de ce € payz, qui ne sont yci, et aux cappitaines, qu'ilz € venissent par devers vous à certain jour que vous € prendrez, chascun fourny du plus grant nombre de € gens qu'ilz pourront finer et ou meilleur habillement € que faire se pourra ; et mandez aux cappitaines de € la frontière qu'ilz laissent leurs places soufiisamment
i. ËQ marge dans le ms. A : c Est le duc de fiethfort. »
84 LE JOUTENCEL.
• garnies. Et je croy, o la grâce de Dieu, que vous vous « trouverez puissant pour présenter la bataille au duo ■ fiaudouyn ' et mettrez le payz en subgectioo, qudque
< talent que ayent voz enoemiz. >
Ainsi le Jouvencel demanda à tous les chevaliers et escuiers et gens de guerre, qui là estoient : < Que fl dictes vous, Messeigneurs , de ce que dit nostre c cappitaine? > Chascun respondiat : < Hooseigoeur,
< il nous semble qu'il dit le mieulx du monde et que ( pour ceste heure vous ne povez autre chose faire. > — € Aussi fait-il à moy, » dit le Jouvencel.
Sur ce, fut appelle ung secrétaire auquel furent commandées lettres pour escripre partout où il avoît esté advisé, premièrement aux nobles, tant cappitaioes que autres, en cost<? forme : à chacun il disoit : € Frère, jerneraoïmmandeà vous. Nous avons advisé, pour le bien du Hoy et <le son party et de nous tous, qu'il est betoidg que clievauchons. Et, pour ce, vous pry que soyez k Crallior^ à tant de gens que vous pourrez litier au xv" jour de ce moys, ouquel lieu je vous commuoiqueray aucunes choses teaguelles, par la grâce de Dieu et o vostre bon conseiMjiB^niettrou^ peine de exécuter. ■ Et manda ^"''dl^^K^ <I"''''l laissassent leurs places bien garniêaHBnfe manda point de créance, affin que, se les pâWMvs eussent ' esté rencontrez au chemin, cela eust esté cause de tes faire gehyner et de leur en faire dire la vérité. Et en eflect la chose fut secrette, pour ce qu'il ne le dit point et réserva à le dire jusques à leur venue.
Or fut le XV* jour du moys venu que tous les nobles,