‹ Le JouvencelChapitre 22 sur 184 · Ed marge dana le ms. A : ■ Sablé · texte numérisé non relu

Ed marge dana le ms. A : ■ Sablé

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cappitaines et autres furent arrivez à Grathor; le Jouvence! ala au devant d'eulx, les recueillist et fit logier au mieulx qu'il peust et, pour ce que ilz arrivèrent sur le tart, leur voullut donner à soupper. Mais le cappitaine de Grathor, le sire de Roqueton, le Mareschal de Grathor et aultres de la garnison en emmenèrent diascun leur part. Que vous diroye-je? Il y eust moult grant débat à qui les auroit et moult grant chière leur fut faicte. Et, aprez le soupper, tous se rendirent au logeiz du Jouvencel. Et le Jouvencel se retira en une diambre et appella tous ceulx qui furent à appeller, tant de ceulx qui estoient venuz que de ceulx qui estoient à la ville, et là conclut son entreprise ainsi que cy-aprez orrez.

Premièrement, il fut conclud qu'ilz yroient courre une grosse ville qui n'estoit point close, qui s'appelloit Francheville^ Et Tappelloit-on Franche ville pour ce qu'elle estoit si avant en pais et si puissante de garnisons de tous cost^ et y avoit si grant peuple que nul n'y fut osé aller, sinon à puissance. Toutteffoys le Jouvencel fîst ceste entreprise et appointa de Taler courir. Et, le lendemain, Dieu devant, aprez qu'ilz eurent ouy la messe et qu'ilz eurent desjeuné, partirent de CraUior et allèrent coucher à cincq lieues de là. Etdist le Jouvencel, quand il se vit aux champs, puisqu'il

4. En marge dans le ms. A : c Francheville est à entendre Louviers qui pour lors n'estoit ville fermée. » Cette prise de Francheville (Louviers) par le Jouvencel doit être placée entre les mois d'août et de novembre 1439, ainsi que notre collaborateur, M. Favre, Ta établi dans son Introduction biographique, Voy. le Commentaire de Tringant, § XXIX, et plus haut, tome I, page Lzxxn et note 3.

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plaisoit à Dieu lui avoir donné si belle compaignie, qu'il ne chevaucheroit point que le garde-lnras ne loi reluisist sur Fespaule et, se le duc Baudouyn ^ le vouloît trouver, qu'il le trouveroit et qu'il ne tiendroit que à luy s'il n'avoit la bataille.

Ainsi chevaucha le Jouvencel , bien ordonné en sa bataille. Et, quand il regardoit devant, darrière et aux costez et y véoit tant de si belles gens et si bien arroyez, il lui sembloit bien que tout devoit estre sien. Tant chemina sur ses petiz pas qu'il arriva au logeiz et là conclud la manière de son chevaucher et fit son butin et dist que chascun seroit à butin à son plaisir, par ainsi que de chascun butin il demourroit avecques les estandars le tiers des gens, et les deux pars iroient courre avecques aucuns chiefz de guerre qui furent ordonnez pour ce faire, c'est assavoir, le sire de Rocqueton, le Mareschal de Grathor, le cappitaine de Sardine et aultres chevaliers, escuiers et cappitaines. Ce soir, il ordonna ses escoutes et son guet et fît barrer son logeiz et appointa que, au plus matin, ceulx qui estoient nommez iroient devant et descouvriroient le payz jusques au second logeiz, auquel lieu se trouvèrent, au soir, tous ensemble. Et là pareillement fut ordonné comme devant de l'asseurement de la compaignie et du logeiz, du guet et des escoutes, des barrières et de tout ce qui appert enoit au cas. Et, ce fait, le Jouvencel, aconipaignié des chiefz et de ceulx qu'il voulut qu'ilz fussent à son conseil, manda quérir en son logeiz le sire de Roqueton, le Mareschal de Grathor et le

1. En marge dans le ms. A : c Le duc Baudouin est prins pour Talbot, qui lors estoit lieutenant du roy d'Angleterre. »

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cappitaine de Sardine^ et leur demanda : € Or ça vous avez aujourd'uy chevauchié devant et avez envoyé voz gens sur le payz ; je sçay bien que avez sceu des nouvelles, dictes nous ce que vous savez. » Et ilz

respondirent : c Nous avons chevauché et avons fait nostre diligence de savoir des nouvelles. Mais, ad ce que nous avons peu savoir, il n'y a riens sur le payz ne n'est point de bruit de vostre venue. Noz gens ont fait beaucoup de petites diligences qu'il n'est jà besoing de vous racompter; car ce ne seroit que perte de temps, et on ne doit riens perdre à la guerre, qui peult. Et vault mieubc que vous exploictez le temps à ordonner que ferez demain, que de vous en compter : nous avons fait cela, nous avons dit cela ; à quoy gens se amusent. L'effect est ce que nous avons dit ; et, pour ce, ad visez pour demain. » Sur ce,

le Jouvencel dit : € Vous dictes bien. Il me semble que vous dictes qu'il n'y a riens sur le payz ne chose qui nous puisse nuyre. Pour ce, je desiroye, se voz oppinions se y accordent, que demain aprez la messe nous en allassions tout d'une traicte jusques à Francheville et, là, nous saurons toutes nouvelles et, selon les nouvelles que trouverons, nous besongnerons. Et disoye que vous autres, qui avez chevauchié devant, vous entrassiez les premiers ; car vous estes assez fors pour le faire ; vous n'y trouverez nulle deffence. Nous sommes tous à butin, et les premiers et les derreniers. Je disoye que, de cbascun butin, il allast le tiers avec vous, pour gaigner et pour prendre

1. Le capitaine de Sardine est Ambroise de Loré (voir plus haut, ch. viu, tome I, p. 141 et euivantes).

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c le logeiz pour ceulx qui demeurent avecques moy. > Ainsi passèrent ceste nuytée ; et, au plus matin, les cappitaines qui avoient la charge d'aller devant dievaucherent et allèrent tant par leurs petiz pas qu'ilz arrivèrent à Frandieville, qui estoit une grosse ville champestre, où il y avoit grosses églises cathédrales et abbayes et estoient riches et puissans et y avoit ung groz peuple, qui riens n'avoit acoustumé à perdre. Et saillirent au devant des cappitaines, armez comme gens de ville pevent estre armez, et firent toute la résistance qu'ilz peurent. Touteffoys les cappitaines, qui estoient gens de guerre et savoient le mestier des armes mieulx que eulx, descendirent à pié et les. combatirent et desconfirent et gaignerent le logeiz et partirent, ainsi que par le Jouvencel leur avoit esté ordonné, et attendirent la venue de leur chief, faisant bonne chière en se moquant les ungs des aultres, car il y en avoit qui avoient esté très bien frotez à l'entrée. Et, sur le tart, arriva le Jouvencel et toute sa bataille; et allèrent au devant le sire de Rocqueton, le Mareschal de Grathor et le cappitaine de Sardine, qui luy dirent et comptèrent les nouvelles de l'entrée de la ville et ce qu'ilz avoient eu à besongnier et conunent les compaignons avoient beaucoup gaigné. Et, tant pour le butin que pour le logeiz, ilz conseilloient que le cappitaine de Grathor entrast le premier, affin qu'il n'y eust point de débat ; car il faisoit tout par luy et apaiseroit tout. Et dirent au Jouvencel : € Si vous y entrez, € vous et vostre bataille, avant que tout feust bien € appointé, vous ne veistes oncques tel bruit, et, s'il € survenoit gens sur cela, je vous certifie que vous vous c trouveriez bien empesché. » Le Jouvencel fut très

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joyeux de cest advertissement et pria au cappitaine de Grathor de ainsi le faire. Le cappitaine de Crathor ne voulut point excuser ; mais il leur dit bien : c Messei- € gneurs, vous me baillez prou à besongner et eussiez c bien fait cecy sans moy, et feriez, s'il vous plaisoit. » Sur ce, le Jouvencel lui dist : c Mon cappitaine, allez-y € et je vous en pry. »

Ainsi partist le cappitaine de Grathor et entra en la ville et appoincta tellement que tout fut bien. Et puis entra le Jouvencel et toute sa compaignie. Et ce soir tindrent conseil et sceurent que encores n'y avoit riens sur le payz qui les peust grever, et conclurent d'aller le lendemain courre tout le payz et de mettre leurs estandars en ung petit villaige et, là, faire l'escalle jusques ad ce que leurs gens fussent retournez, et de chascun estandart demourroit le tiers o la compaignye elhabandonnoient à tout le monde à courir, ainsi qu'ilz fussent retournez ce soir à leurs estandars, et, si n'y estoient le soir, on ne les attendroit plus. Ainsi fut fait, et, au soir, furent presque [tous] retournez ; quelque ung en demoura ; car oncques n'y eust si belles nopces qu'il n'y en eust de mal disnez.

Au matin, retournèrent à Francheville et là séjournèrent tout le jour ; car il y avoit bon logeiz. Et, ce soir, sceurent que le duc Baudoyn estoit venu en une ville prez de là avecques ung nombre de gens oultre la garnison qui y estoit*. Le Jouvencel renforça, celle nuyt, son guet ; ses escoutes firent grandes barrières et grans feux et couchèrent aux barrières tous armez, pensant que le duc Baudouyn leur deust courrir sus

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