Var. : t aportastes. i A. C. D. E
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c VOUS me laissastes. » Puis l'homme du duc Baudouyn dist : € Se vous vouliez dire que ne vous aye prins et c que je n'aye eu vostre foy, véez-là mon gaîge; et c vous requiers, Monseigneur, dit-il au Jouveood, c que vous m'en faciez justice. > Et l'omme du Jouvencel dist à son maistre : c Monseigneur, vous c plaist-il que je lui responde? » Et il dist : c Oil. > Et adoncques Thomme du Jouvencel leva le gaige.
Sur ce, le Jouvencel tint conseil et fut jugié que le gaige y estoit pour ce qu'il n'y avoit point de preuve ne d'ung costé ne d'autre, sinon de leurs corps. ToutefToys, au conseil, il fut dit que l'homme du duc Baudoyn avoit dit aprez toutes parolles à son adverse partie : t Voulez- vous rien dire sur cecy? » etsembloit par ceste paroi le qu'il eust bien voulu que sa partie adverse eust dit quelque chose à quoy il se peust estre pris. Car, aprez toutes parolles, lui demandoit : c Vou- € lez-vous riens dire sur cecy ?» — t Sans faulte, il avoit c envie qu'il parlast ou fist une parolle d'abondance ; c car ceste parolle donna coulleur à vostre bonmie de c parler, dist ung des conseillers du Jouvencel. Et c sembloit qu'il ne sceust pas bien qu'il deust resc pondre, se n'eust esté ceste parolle. Ainsi sembloit c que l'homme du duc Bauldouyn l'eust dicte pour le € faire parler. > — t II est vray, dist chascun des c aultres conseillers. Le moings que on peult parler c est le meilleur; car aucuneffoys une parolle superc flue fait beaucoup de mal et donne à penser aux gens < beaucoup de choses. » — < Or ça, dist le Jouvenc cel, nous ne saurions deviner les pensées des gens, c Dictes ce que est à faire. » Sur ce, fut dit que on bailleroit jour de combatre et que on les fist appeller.
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Ainsi fut fait ; et fut dit que on leur assignoit jour à quarante jours de là ; et, sur ce, demandèrent conseil les deux parties ; et fut debatu si on leur devoit bailla ou non. Il fut dit que oil, et leur fut baillié conseil d'une part et d'aultre. Et en y eust qui se voulurent excuser qu'ilz ne seroient point du conseil du duc Baudoyn, c'est à dire de son homme ; ausquels il fut fait commandement, de par le Jouvencel, de le conseillier bien et loyaulment et leur en fit faire le Jouvencel le serment en sa présence. Et ilz respondirent : c Monsei-^ c gneur, puisqu'il vous plaist, nous le conseillerons c ioyalment ; mais nous eussions plus voulentiers conc seillié nostre amy que nostre ennemy . » — < Or allez, c dit le Jouvencel, et vous y gouvernez bien. » Et ilz respondirent : c Puisqu'il vous plaist, comme s'il c estoit nostre frère, nous le conseillerons. » Puis après l'homme du Jouvencel vint devers son maistre et le requist qu'il le voulsist conseillier. Et il lui respoodist : c Je ne vous conseilleray point ; car je suis c juge. Mais je vous baillcray voullen tiers du conseil. » Et diascun mist peine de soy aprester tellement que au jour fut prest chascun.
Et, ce jour, en la présence du Jouvencel, les parties vindrent pour faire le serment sur le corps de Nostre- Seigneur. Et, quant le Jouvencel vit le corps Nostre- Seigneur, il luy prist une pitié, en disant : c II fault c que ung de ces deux chrestiens soit parjure en la € présence de nostre Créateur ; et n'y a point de faulte € qu'il ne faille que l'ung des deux ne le soit. » Et dist à soy-meisme : c Je voy aller à dampnation et à € deshonneur l'ung de ces deulx. Et, se je povoye c mettre remède, je le feroye voulentiers. » Et sur ce
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dist : c Mes amyz, véez-cy nostre Créateur sur quoy c il fault que vous jurez ; vous devez avoir grant paour c que pour la mauvaistié ^ de l'ung ou de l'autre il est € yci apporté ; et, pour ce, pour Thonneur de luy , depc portez-vous de ce seremenl ; car celluy qui a meii- € leur droit doit avoir grand paour. Or regardez celluy € qui a tort, en quel estât il peult estre, qui voit yci € la perdicion de son ame et de son corps devant tout c le monde. Et, pour ce, vous pourriez tous deux c craindre la honte du monde. Vecy que je vous c feray : je mettray cincq cens escus yci sur le champ c en la main d'ung homme de bien ; et combatez à € qui les aura, sans faire serement. Et c'est plus que c la finance pour quoy vous combatez ne se montec roit. » Et ilz respondirent tous deux qu'ilz estoient prestz de faire ce qu'il luy plairoit leur commander, fors que l'homme du Jouvencel lui dist : c Monseigneur, c je combalray tousjours comme deffendeur, s'il vous c plaist. Je ne suis pas icy venu à ma requeste; je y € suis venu pour deffendre mon honneur et ma cbec vance. Je suis encores prest de gaigner cincq cens c escuz et de deffendre mon honneur, se je puis. » Et l'aultre respondist : c Je veulx bien gaigner bon- € neur et chevance, s'il plaist à Dieu le me octroyer. > Ainsi combatirent à tout oultrance et n'y eust riens réservé, fors le serement et que l'ung ne l'aultre ne payeroit que sinon les cincq cens escus que le Jouvencel donnoit. Puis fut crié aux quatre coings de la lioe par trois foys : c Or ouyez. On vous fait assavoir que € aujourd'uy est la journée qui vous a esté assignée. »
i. Var. : c rennemistié. » B.
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Et furent appeliez par leurs noms. Puis fut fait crier par le Jouvencel, lieutenant du Roy, que homme ne fut si hardy de parler ne de faire signe sur peine de la bart. Et ilz entrèrent en leurs paveillons. Et ainsi qu'ilz entrèrent, les mareschaulx et gardes du champ leur firent faire serement qu'ilz ne se aideroient riens de char^ roy ne de baston^ qui ne fut de veue et de congneue, et qu'ilz n'auroient alesnes, pouldres ne choses mussées qui ne feussent à la congnoissance des mareschaulx et gardes du champ. Puis furent ordonnez quatre gentilzhommes d'armes armez de tous harnoix, cbascun sa hache au poing, pour escouter quant l'ung ou l'autre diroit le mot et pour faire raison à chascun. Et, quant ilz furent devant leurs paveillons, le herault vint comme devant et cria par trois foys : c Laissez-les € aler; faictes voz devoirs. »
Ainsi les deux hommes d'armes saillirent de leurs paveillons et getta l'homme du Jouvencel sa lance le premier^, combien qu'il se tenist pour deffendeur. Mais il n'est pas dit que ung deifendeur ne puisse bien frapper le premier, s'il y voit son avantaige. Il suivit sa lance comme ung bon homme d'armes doit faire, ainsi qu'il avoit veu faire à Thomme d'armes que le Jouvencel avoit conseillé devant luy et luy en souvint
i. Var. : « faire serement de ne point eulx aider de harnoys ne de baston. • B. G. E. — Le « charroi » était un billet écrit en caractères magiques qui rendait invulnérable celui qui le portait ; ce mot désigne généralement toute espèce d'amulette. Quant au mot « baston •, il s'applique à toute arme offensive autre que répée. Les mots qui suivent : « alesnes, pouldres, ne choses mussées, » ont le même sens que c charroi » et s'appliquent à des sortilèges ou amulettes.