I. V»f. : f ronlre. • C. F
LE iOUVENCEL. H6
CHAPPITRE XXIIl.
Comment le duc Baudoin print une autre villes de laquelle le chasteau se tint ad fin d'avoir secours du Jauvencel, lequel vint avec toute sa puissance pour les secourir; et, pour ce qu'il ne vint pas à heure ne en ordonnance, le duc Baudouin le combatit comme il se retiroit, et furent mors et prins plusieurs de ses gens; — comment ceulx de dedens ledit chasteau auyrent la nouvelle de la destruction et desconfiture du Jouvencely rendirent le chasteau et V artillerie au duc Baudouin, leurs vies et leurs biens saulfz; — comment le Jouvencel rallia ses gens et print une petite ville qui avoit le nom Cotre, de laquelle le chasteau se tint; — comment il print une grosse ville nommée Escallon, où estoient deux de ses cappUaines prisonniers.
kpvez que ceste ville fut prise, le duc Baudouyn fit une entreprise et par certains moyens print une ville dont le chasteau se tenoit. Et le Jouvencel, qui promptement lui voullust donner secours, manda à tous les seigneurs du payz qu'ilz feissent diligence de venir au secours de ceste place; lesquieulxvindrent. Et, quant ilz furent venuz, il marcha, luy et toute sa compaignie, josques à quatre lieues de là, et se arresta pour attendre aucuns seigneurs qui venoient aprez luy, lesqoieulx lui mandèrent qu'il les attendist; et, de paour de leur faire desplaisir et qu'ilz pensassent qu'il voulloit attribuer tout l'honneur à lui, il dissimula ce jour et flagrant folye. Car, s'ileust marché, le duc Baudouyn
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estoit délibéré de ne Tatlendre point; car il n*avoit point ses gens ensemble et en estoit demouré en l'autre ville, qu'il avoit prinse d'assault, une partie, et avoit une très grosse division entre ses gens. Tour teffoys, ce jour et celle nuyt, il les ralia enseaible et au second jour il saillist aux champs sur une montaigne qui estoit à deux lieues de là. Et tenoit la montaigne en subjection un passaige par où il falloit que le Jouvencel passast et qu'il gaignast la montaigne, ou il ne feust point passé. El, quant les seigneurs du party du Jouvencel furent venuz, ilz dirent : c Allons ! » et voulurent monstrer leur magnificence, leurs grandes banières et leurs belles paintures qu'ilz avoient apportées, et dirent qu'ilz passeroient ; à quoy le Jouvenoel ne peust remédier; et fut le bruit par tout Fost que le Jouvencel n'estoit pas ce qu'on disoit et qu'il faisoit trop de doubtes et que ses gens de frontière faisoient leurs choses sur leur advantaige. Ainsi le Jouvencel se esmeust comme fol et dit : c Allons! je yray comme « les aullres. » Ainsi marchèrent pour devoir gaigner la montaigne. Le duc Baudouyn, le conte d'Orte, messire Guillaume Bocqueton et tous ses bons amis qu*ii avoit avec luy, bonnes gens de guerre et bien expérimentez, congneurent bien la folie de leurs ennemjfz et les attendirent de pié quoy. Et, quant ilz furent prei d'eulx, congneurent bien leur point et veirent qu'ilz venoient les ungs aprez les aultres, et, avant qu'ilz eussent loysir de eulx joindre ne mettre ensemble, leur courrurent sus et les mirent en desconfiture et en chace. Ilz avoient osté au Jouvencel l'avant-garde en disant qu'il n'auroit pas tousjours l'honneur, dont bien lui print. Il estoit sur ung très bon coursier et, ce jour,
il sauva beaucoup de gens. Mais, en la fin, il lui fallust guerpir le champ et s'en aler avecques la pluspart des seigneurs qui estoient venuz en son service ; et se retirèrent ensemble. Touteffoys il en y demoura les aucuns pris et mors. Et s'en retourna le duc Baudouyn par devant le chastel et monstra beaucoup de gens de bien qui estoient pris, par quoy ceulx du chastel congneurent que le duc Baudouyn a voit gaigné la besongne et que leurs gens estoient desconfiz. Et, sur oe, prindrent conseil et conclurent d'eux rendre. Et fut leur composicion qu'ilz s'en alerent, chevaulx, harnoix, or et argent; mais ilz baillèrent le chastel et toute l'artillerie qui estoient dedans et tous les prisonuiers qui estoient en la place. Ainsi advint que, pour séjourner ung jour, le Jouvencel faillist à secourrir sa place et ses gens; et, s'il fut allé tout droit avecques ce qu*il avoit san^ séjourner, il eust rescoux la place ; car la guerre requiert dilligence. On fait aucuneffoys plus o cincq cens hommes que on ne feroit ung aultreffoys atout deux mille. Et, en tel cas, on ne doit pas attendre homme et ne doit l'on pas attendre à demain ce qu'on peult faire aujourd'huy^.
Or retournons au Jouvencel, qui est à Grathor et se oiocque de ses compaignons et dit qu'il Ta eschappée belle et qu'il fault penser de soy revenger et faire bonne chière; car la guerre aussi veult que on face bonne chière de la petite perte et commune aussi bien comme de la gaigne, et ne se fault pas attendre qu'il n'y ait des hasars. Ung bon homme de guerre et ung vaillant homme doit estre délibéré de prendre en gré
i. Var. : « eonuyt. » B. D. E. F.
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tout ce qui lui advient. Et y vit Ton aussi joyeusemeol povre comme riche. Et en effect tous les faits de ce monde sont telz qui bien les scet entendre; car mmsitost est au bout de Tan le povre comme le riche. Ce monde n'est que ung passaige et ne peult dial» loir mais qu*on vive honnestement et que oo ne Uuûe riens contre sa conscience. Ceulx à qui Dieu donne des félicitez, des prosperitez, des biens et des bon* neurs, ilz doivent mercier Dieu des biens que il leur donne en ce monde et en Tautre ; car il est bien po§* sible que ung homme, qui a des biens en ce moodet en aura aussi en Tautre, et aussi ceulx qui y ont des adversitez pareillement.
Le Jouvencel, qui estoit homme de guerre, ne pensa que à faire bonne chière et entreprendre sur ses eonemiz, et tant fist qu'il prist une ville qui avoit nom Cotre ; mais le chaste! se tenoit, et estoit le diastel petit et n*y povoit pas grans gens. Le Jouvencel les cuida prendre par force et se y advisa et y perdîst presque tout le jour. Et, quant la nuit vint, il mist ung guet devant la porte, ung peu plus fort que ceulx qui estoient dedans le fort^ Il n*y mist pas graot gens; car ou chastel n*y on avoit gueres. Et, aios comme vint au point du jour, les nouvelles vindreot au Jouvencel que le conte d'Orte et messire Guillaume Boc(|ueton V(;iioieiit pour secourrir le chastel. Tantott saillisl aux champs lui et tous ses gens, fors le guet. Et, ainsi qu*il sailloit hors de la ville |>our les aller combatre, le conte (fOrtes et messire Guillaume Boucqueton entrèrent ou cliastel et taillèrent en pièces le