Var. : « ou cha«t«l. • H. D. P
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guet du Jouvenoel et viodreDt tout du long des mes, tuant et preuant gens, jusqucs aux portes dQ la ville. ELt quant ilz furent aux portes, ilz les fermèrent, de paour que le Jouvencel ne rentrast d^ans la ville ; car il eatoit plus puissant qu'eulx pour les combatre aux dttmps ou en la ville, Et ce cas advint, pour ce qu'il n'y avoit pas aux champs guet souffisant pour les arrester, et aussi pour faulte d'avoir fait une trenchée devant la porte du chastel. Car, se, incontinent que le louvencel fust entré en la ville, il eust fait celli? tren* diée, jamaiz le conte d'Orte ne fut sailly sur son guet, ou qu'il eust eu si bon guet et si fort aux champs qu'il eust eu loysir de saillir pour les combalre. Ce fut uog cas qui ne adviendroit mye entre cent mille ; et fut estrange chose que, ainsi que le Jouvencel sailloit hors de la ville et que tout le monde crioit : € Aux € diamps ! Allons combatre nos ennemyz ! », ses ennemyz entrèrent par la porte du chastel et vindrent à soo doz lui fermer les portes. Il fault dire que Teure eatoit bien composée; car, si fussent entrez demye heure plus ^t ou demye heure plus tart, ilz esloient en dangier d'estre destroussez et perduz. En guerre a de grans hasars et en toutes choses ; car, où Dieu veult, il pleut ^ •
i. Le Commentaire, § IX, raconte que le 8ire d'Orval, frère de Charles d'Albret, accompagné de Lahire et des sires de Bueil et de Tucé, s'empara par surprise de la ville du Mans. La garnison •e réfugia dans le château et fit prévenir Talbot, qui se trouvait i peu de distance. Le capitaine anglais arriva le lendemain matin pour chasser les Français. Ceux-ci, avertis de sa venue, sortirent de la ville pour lui livrer bataille, après avoir laissé devant le château une forte troupe de gens de guerre. Tandis qu'ils sortaient par une des portes du Mans, Talbot entra par une
120 LE jouvenoel:
Et ainsi fut trompé le Jouvencel . Mais neantmoiogs il fut plus entalenté d'entreprendre sur ses ennemyi que devant. Et s'en retourna à Grathor en reoonfortâiit ses gens en leur disant que ung cop viendroit qui tout payeroit. Et, quant il fut à Grathor, il songea qu'il pourroit faire au duc Baudouyn, qui ainsi le pourmenoit, et chevaucha et entreprint sur le duc Baudouyn deux ou trois foys ; mais rien n'y fist.
Et, une foys, le conte d'Orte et messire Guillaume Bouqueton vindrent faire une traisnée de gens, tant que le Jouvencel en ouyst des nouvelles et saillist aux champs comme homme qui estoit en si grant ardeur de trouver ses ennemyz que plus ne povoit, pour oe qu'ilz avoient du sien bien largement. Hz avoient myz une très grosse embusche ; et, pour ce que le Jouvencel avoit envoyé le Mareschal de Grathor et Gervaise Nardereau avecques aucun nombre de gens pour rencontrer les gens du conte d'Orte, touteflFoys le conte d'Orte et messire Guillaume Boucqueton estoient venuz par trois chemins et avoient mis leurs gens en troys parties et puis se trouvèrent tous ensemble à ung certain lieu ; et le Jouvencel n'avoit envoyé que ung certain nombre de gens pour combatre la tierce partie, et
autre, chassa les Français restés dans la ville et reconquit la place. — C'est exactement le récit du Jouvencel. — J. Ghartier (ch. XXX) raconte le même fait. Il dit que les Anglais s'étaient réfugiés dans la tour « Orbendelle i>,près de la porte Saint- Vincent, ot que ce fut par cette porte que Talbot entra. Il place cet événement en 1428. Mais il ne parle pas de la coïncidence de la sortie du sire d'Orval et de l'entrée de Talbot. — Le Journal étun bourgeois de Paris le raconte un peu différemment et le place au 25 mai 1428. — Monstrelet et les autres chroniqueurs n'en font pas mention. — Voy. tome I, page xvn et note 3.
hiy sembloit que ce pou qu'il y envoyoit les trouveroit plus tost qu'il n'eust fait o toute sa puissance, et qu'ilz esbHent assez selon le rapport que on luy a voit fait. Et, pour ce, demoura, lui et sa puissance, entre la place du conte d'Orte et ses gens, pensant que le conte d*Orte fut encore en sa garnison ; mais il fut deçeu ; car il estoit desja au lieu où il trouva le Mareschal et Gervaise et les destroussa. Et furent prins; et s'en retourna le conte d'Orte par ung aultre chemin que cellui par où il estoit venu, et ne se retira pas à la place dont il estoit party. Ainsi le Jouvencel fut cabusé et faillut qu'il pillast pacience^; et, quant il sçeut la nouvelle, il s'en retourna à Grathor ; car aultre chose n'y peust faire.
Le conte d'Orte et messire Guillaume Boucqueton s'enalerent à Asionne et là trouvèrent le duc Baudouyn, qui moult grant chière leur fist. Puis demanda à veoir le Mareschal et Gervaise ; et tantost les firent venir. Le duc Baudouyn leur fit grant chière et puis les rendist à leurs maistres, qui les renvoyèrent à Escallon incontinent, où ilz furent ung peu de temps, puis se mirent à finance. Et le Mareschal piégea Gervaise et l'envoya à Grathor ^fevers le Jouvencel pour faire leur finance qui estoitlMAriefve ; car le conte d'Orte et Guillaume Bocqueton les prisoient beaucoup. Et quant Gervaise fut arrivé devers le Jouvencel, le Jouvencel fut moult joyeux et dist : c Gervaise, vous soyez le très bien c venu. Comment le fait le Mareschal? » — c Monc seigneur, dit-il, il le fait très bien et se recommande
i. Var. : « et convint qu'il prinst en pacience. » B. — Cabusé Teut dire trompé, dupé.
ISA LB JOUVSIICSL*
à VOUS. » — c Puisqu il est eo boo point, dist le Joi^ venoel, et vous aussi, je oe plains point toute la perte que j*ay faicte. » Ainsi firent grant ohière en la ville i
Gervaise tous et toutes, et cliascun lui offirisl du aien^
Après Gervaise tira à part le Jouvenoel ^ luy dîat : Monseigneur, le duc Baudouyn et le conte d*Orte sont en si grant orgueil qu'ilz ne prisent ne Dieu oe homme et ont abandonné tout le payz de darrièra et tous leurs gens ont tiré es places qu*ilz ont prises, pour faire la guerre et pour gaigner. Et, tandiz que le duc Baudouyn et son armée sont en ces villes et en ces places qu'ilz ont prises et qu ilz sont anmaei à courre et à pillier tout le monde, si vous povyci prendre Escallon, ne leur leveriez-vous pas bîeo la mouche^? » — c Pleust à Dieu! » dist le Jouveocd.
— c Or vous taisez, dit Gervaise; car je croy que Dieu vous aidera. » — c Comment? » dist le Jou-
vencel. — c Dea! dist Gervaise; vous estes trop cbault. » — c Ha! monamy, dit le Jouvenoel, je t'en prie ne me fais plus languir; je voy bien qu*il y a quelque chose de bon. » Et Gervaise luy respon*
dist : c Je ne vous feray plus languir. Il est vray que le Haresclial et moy avons appoin^ avec ung homme de la ville d'Escallon de kà^Êkffkire une faulce clef, dont je vous apporte l'empiUMe eo cire; et il se fait fort sur sa vie de vous ouvrir une des portes de la ville. Et, se Dieu nous donnoit la graoe de prendre Escallon, leur fait yroit mal ; car vous savez bien que le payz nous aynie mieulx queeulx. »
i. Var. : c 8i vuuf poviei prendre EKallon, ce terMl hicii fait, t C.
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•*<• c Et le chastel? » dist le Jouvencel. — € Le Maresc chai y est et y a beaucoup de prisonniers ; et luy c semble bien et à moy aussi que se nous avions prins c la ville, que nous aurions bientost le chastel ; car c nous les garderions bien de nous faire comme ilz c nous firent à Cotre ^ > — c Ha! dist le Jouvencel, c pour Dieu ! besongnons en ceste matière le plus lost € que on pourra. » **- c II fault, dist Gervaise, que € vous me bailliez ung serrurier le meilleur que pour- € rez trouver. > — t Le meilleur de ceste ville, c'est € Tonnerre; mais ce n'est que ung yvrongne et ne c aauroit celer nostre besongne. > — c Vous dictes € vray, » dit Gervaise. Ainsi se pourveurent^ d'ung aultre serrurier et firent faire leurs clefz et les envoyèrent au bourgeoys d'Escallon par divers et subtik moyens. Gervaise pourcbaça la finance du Mareschal de Cratbor et la sienne et alla et vint plusieurs foys à Eacallon pour celle finance payer. Il y mena le Jouvencel et toute sa compaignie et les paya tout à ung coup, ainsi que vous orrez.
Le Jouvencel et Gervaise, suivans tousjours leur entreprinse, sur le soir, quant les portes furent fermées, firent saillir par une poterne leurs gens à pié si coyement que nul ne les vit ne ouyt. Et, quant ilz furent aux champs, le Jouvencel saillist aprez eulx et leur dist en la présence de Gervaise : c Mes enfans, je c ne vous ay point voullu dire l'entreprise et aussi c ne la devez désirer savoir jusques au faire pour c vostre seureté meisme ; mais vecy monseigneur de
i. Var. : « Car nous les garderious bien de faire comme à Cratbor. 1 B.