Var. : « Pour ce, appeliez qui il vous plaira. • B. C. E
enveloppez a£Bn qu'on ne les voye, que Huchon, qui est yci, vous baillera et à quatre bons compaignons aveoques lui qui les portent ; et n'aura aultre chose à faire. Âussitost que vous aurez pris le guet du bollevart, o ces quatre crocz, vous prendrez le bout du pont-leveys et tirerez à vous et Tabatrez sans point de faulte; car vous le trouverez ouvert. Et incontinent courrez à la porte et ne aurez aultre chose à faire que à bouter : car pareillement vous la trouverez ouverte. Monseigneur de Rocqueton, vous vous approucherez le plus prez que pourret, vous et toute la compaignie, en ung beau lieu secret, attendant que Dieu vous envoyé quelque bonne nouvelle de noz gens ; et envoyrez encore cent hommes plus pr^ que vous, si vous le pouvez faire sans qu'ilz soient ouyz. Et, se Dieu vous donne que vous entrez dedans la ville, mettez-vous au plus beau carrefour qui y soit, atout trois cens hommes, pour ralier voz gens, s'ilz estoient reboutez. Et gardez que de là ne bougez jusques ad ce que soye à vous ; et dictes à tous ceulx que vous eslirez pour demourer avec vousqu'ilz ne vous habandonnent point sur peine de mort. Et vous, Gervaise, vous en irez tout droit devant la porte du chastel atout deux cens hommes pour garder que nul ne se retire dedans S se vous povez, et aussi que ceulx qui sont ou chastel ne saillent sur vous. Et advertissez bien ceulx qui sont ordonnez pour aller gaigner les tours et les murailles qu'ilz ne s'amusent point au pillaige; car nous gaignerons assez, se Dieu plaist; et leur dictes bien que nous
i. Var. : c qu'il ne fte retire dedans nulles gens. » G. D. E. F,
126 LE JOUVENGEL.
sommes tous à butin ; et ceulx qui doivent aller par la ville faire Texecution ne se esquartent le mcMogs qu'ilz pourront et ne se mettent point dedans les maisons tant que toutes les murailles et les tours soient nostres. Car assez de gens, comme vous savés, ont été miz^ hors de villes et chasteaulx par deffault de gouvernement ; et, pour se amuser à cuider gaigner, ilz perdoient tout. Or vous en allez ; et je pry à Dieu qu'il vous vueille conduire. Et, affio que nul ne se amuse au pillaige, nous serons tous à butin. Je m'en voys à la ville; car je sçay bien que je trouveray tout prest à monter à cheval et mes gens aussi ; car le cappitaine de Grathor les alloit tous faire habiller, quant je suis sailly icy avec vous. Nous nous rendrons entre nous à cheval, au petit bois qui est au dessus de la Bafferrière, et aurons bonnes escoutes ; et, aussitost que nous orrons voc enseignes, nous picquerons bien et serons tost à vous; et ne vous en soulciez. Les enseignes sont, ce me semble, que vous devez faire corner d*ung oor de chasse trois foys aussitost que noz gens auront gaignée la porte. Monseigneur de Rocqueton, vous estes bon et saige et entendez bien tout et congnois* sez la place et le saurez mieulx faire que je ne sauroye deviser; je m'en rapporte à Dieu et à vous. Faictes vostre diligence; je m'en voys faire la mienne. »
Sur ce point, le Jouvencel s'en retourna à la ville; et, quant il fut à la ville, il dist au cappitaine de Gra* thor : < Cappitaine, j'ay myz les gens de pié aux
i. Var. : « reboutés, i B. G.
Lt iOUVElfCEL. AV7
c champs si ceiéement que je croy que nul ne les a c yftm ne ouyz. Monseigneur de Rocqueton et Ger- € Taise les mainent, qui sont bons et saiges, oomme
< vous saves» Se Dieu plaist, nostre besongne ira bien . » Adotic respondisl le viel cappitaine de Grathor : t Dieu c en soyt loué I vous y avez bien pourveu ; et j'ay très
< bien tout appointté en ceste ville; car j'ay myz aux c portes bonnes gens et seurs que nul ne saille, s'il « n*est congneu, et qu'on laisse entrer tous ceulx qui € viennent de dehors, mais qu'ilz ne retournent point. € Tous voz gens sont prestz; chascun va soupper; dilli- € gente2-vous d'y aller et me laissez faire ; car je gar- « deray bien, ce me semble, qu'il ne saille, sinon ceulx c ()ue vous me direz. Dès que vous partirez de la c porte ^ faictcs que vostre fait soit si appointé que € vous n'arrestez point en chemin; et mettez gens € devant bien seurs et darrière aussi et quelques gens € l^iers sur les costez, affin que nulz ne s'esquartent. » Le Jouvencel dist : c Vous dictes le mieubt du monde, c ie m'en vois faire ma diligence. Je m'atens bien à € vtHJS de tout; je sçay bien qu'il n'y aura point de t faulte où vous mettrez la main. » Le viel cappitaine demanda au Jouvencel : c Ne vous plaist-il pas bien c que je y voise aveoque viNis , mais que je donne c bonne provision à la ville? » Le Jouvencel respondisl : c II me plaist toutquanque il vous plaist. Je c sçay que vous pourvoirrez bien à tout. Vous estes c bienséant avecques nous ; aussi seriez-vous à demouc rer. Touteffoys, se Dieu plaist, la place demourra
i. Var. : c Dès que vous serez à la porte.» A. -^« Dès que vous fermerez la porte. » B.
188 LE JOUVENGBL.
€ en bonne seureté, et vous povez beaucoup à oeste
< entreprise. » Le cappitaine de Grathor respoodist : c Quant vous serez sailly aux champs et vous aurez c ordonné voz gens devant, je demourray derrière;
< et ne vous y fault mettre aultre que moy • Et, quant
< vous serez à vostre embusche, nous assemblerons c tous ensemble et adviserez ce que aurez affiiire. »
Âpprez soupper, le cappitaine de Grathor s'en ala à la porte et là se tint tant que le Jouvencel fust aux champs, lui et tous ses gens d'armes, et garda Inen qu'il nesaillist ames ne à pié ne à cheval, qu'il ne congneust. Et puis dist à ceulx qui demouroient : c Tirez c la porte et gardez qu'il ne saille plus rien de la ville. » Et monta sur son cheval et se rendist au Jouvencel en ung champ où il faisoit ses ordonnances ; et là le Joit* vencel ordonna qu'il demourroit derrière, ainsi qu'il avoit dit. Et puis ordonna dix ou douze hommes desarmez devant pour escouler ; et aprez mist vingt lances assez longuet devant, pour et affin que s'ilz trouvoient' aucuns estradeurs, qu'ilz ne peussent avoir congnoissance de la puissance qui venoit derrière. Puis ordonna aucunes gens pour chevaucher sur les costez, qui congnoissoient bien le pays, affin que nul ne se escartast et que nul n'approuchast de lui •
Ainsi chevaucha jusques à son embusche, et là commanda que chascun tenist la bride de son cheval et que on gardast bien que nul cheval ne hennist ne criast. Puis mist ses escoutes entre lui et ses gens à pié et dist au cappitaine : c Mon cappitaine et mon bon