‹ Le JouvencelChapitre 40 sur 184 · I. Var. : c provision. • B · texte numérisé non relu

I. Var. : c provision. • B

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€ à ses gens d'armes ; car ilz sont faiz pour tourmen- € ter le monde et aussi pour estre tourmentez. Il les € recouvrera, se Dieu plaist, quant il en aura à beson- € gner, par le moyen du bon chief qu'il leur baille et € de Tamour et bonne voulenté qu'ilz ont tousjours à c lui, et ne oublieront point l'exploit de la guerre. Ainsi, € Monseigneur, je suis d'oppinion qu'ilz voyagent, € tant pour le prouffit du Roy et de la chose publique < que pour le leur ; car, se le Roy leur avoit donné c son royaume pour bien les recompenser des bons € et grans services qu'ilz lui ont fais et de leurs corps € qu'ilz ont tant exposé de Toys à la mort, il ne les c recompenseroit pas bien, s*il ne leur donnoit peine c et tourment ; et ilz en auront assez par le moyen que € je dy. Et, s'il les laissoit à séjour dans ce royaume, € ilz deviendroient gras, ilz cberroienten oysiveté, et, c en accomplissant les vu péchiez mortelz, ilz mour- € roient avant leurs jours sans tirer pénitence des c maubc qu'ilz ont faiz. Ainsi vous pourvoirez au corps € et à l'ame; ilz vivront le surplus de leur vie plus € joyeusement ensemble et mourront mieulx ensemble € qu'ilz ne feroient chascun à part soy. Monseigneur, € c'est mon oppinion que le Roy pourvoira bien au € royaulme et aux gens d'armes par ce moyen. >

Les oppinions de tous ceulx qui esloient au conseil du Roy se rapportoient à celle de monseigneur le Chancelier, qui a parlé cy-devant; et, pour ce, je n'en reciteray plus nulle, fors de monseigneur le conte de Parvanchières, qui reprist les parolles et dist : c Monc seigneur le Ghancellier a grandement et notablement € parlé en ceste matière ; et me semble, par ce que je € puis entendre, que tous messeigneurs, qui ont parlé,

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c reviennent à son oppinion et que ce que je dîrojt € seroit temps perdu ; car je suis de roppinioo oom- € mune. » Et, pour ce, dist au Roy : c Sire, oondiMi, € s'il vous plaist. >

Le Roy parla et demonstra les grans et boos services que ses gens d'armes lui avoient fais, et que pour rien ne les vouidroit habandonner, et que vnije» ment lui et tout son royaulme estoient tenus et oÛî» gez à les pourvoir ; et, quant ilz fauldroyent à trouver bon party et juste, là où ilz peussent faire senrioe i Dieu et à justice, c'est assavoir remettre aucun boa prince en sa seigneurie ou pugnir aucun tyraot qui vouidroit faire injustice en quoy que ce soit, se oo w les peust employer en bonnes euvres et charitables, (|u'il ne vouidroit pas que aucunement ilz y allassent et qu'ilz perdissent ne corps ne ame. Ains vouidroit que lui et le royaulme les soustenissent, comme teni y estoit. Et, pour ce, qu'il vouidroit bien savoir les querelles et partiz que on mettoit en avant et« a'fl y en avoit aucune qui fust bonne, il s'i emploiroit voulen» tiers et les souldoieroit pour y aller et leur baillerait le Jouvencel à cbief ; car il congnoissoit bien que ineil» leur cbief ne leur povoit-il bailler ; et que, si la quereDe que on voulloit mettre en avant estoit loyalle, il eatoil de l'oppinion commune.

Sur ce, se levèrent le conte de Parvanchièrea et la Chancelier et allèrent à luy à sa chayère et lui dirent : c Sire, il est venu nouvelles que le roy Amjdaa ait c déboulé de sa seigneurie par ses subgectz À aultrea c seigneurs qui n'y ont point de tiltre, et qu*il a mut c très belle (ille, laquelle il veult baillier à mmm c homme de bien qui le vouidra servir pour la

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c remettre à sa seigneurie. Ainsi, Sire, on meneroit c bien ce traictié que le Jouvencel auroit ceste fille et € serviroit ce povre roy icy. Et, se vous le povyez c remettre en sa seigneurie, vous feriez les euvres de c miséricorde et justice et auriez bien pourveu vostre c serviteur le Jouvencel et beaucoup de gens de bien c qui vous ont loyaument servi, et recouvreriez tous- € jours voz souldoyers et auriez le roy Âmidas à amy € et tous les Amidoyens, le Jouvencel et toute leur c puissance tousjours à vostre service ^ . »

Quant le Aoy eust oy parler le conte et le Ghancellier, il entendist très voullentiers ad ce qu'ilz lui dirent; car il savoit bien que le roy Amydas estoit ong bon preudomme et que on lui tenoit son royaume à grant tort. Et, sur ce, conclud Talée du Jouvencel, oonune vous orrez cy-aprez. Le Roy envoia quérir le Jouvencel et lui fist * ouvrir la matière par le conte de Parvanchières et par son Ghancellier.

i. L'expédition du Jouyencel en Amidoyce, comme on le verra plus loin, signifie l'expédition du Dauphin et de Jean de Bueil contre les Suisses en 1444. Le but avoué de Charles Vn dans eette campagne était de porter secours au duc d'Autriche, mais son but secret était de débarrasser le royaume des compagnies d'Écorcheurs et de soudoyers que les trêves avec l'Angleterre allaient laisser sans occupation. M. Tuetey (les Écorcheurs sous Charles VU, t. I, p. 137 et ss.) a déjà démontré que c'était le motif qui avait déterminé Charles VII ; le discours du Chance-: lier, qu'on vient de hre, corrobore cette opinion. La chronique belge de Jean de Stavelot dit de même : « Veu qu'i falloit mengier et prendre vivres asdis escorcheurs por ycheaux tenir ensemble, affin, se ly paix de Franche et d'Engleterre ne soy concludoit mie, de cheaux estre apparilhiés audit Delphin... » (Collection de Chroniques belges inédites. Jean de Stavelot, p. 543-4.)

2. Var. : t Le Jouvencel fut transmiz quérir par le Roy, qui lui fitt, etc.. • A. B.

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Le Jouvencel remercia le Roy grandement et bonnourablement et lui dist : c Sire^ vous m'avez foit tel que je suis ; vous povez délibérer de moy sans moy à vostre bon plaisir. > Sur quoy, le Roy lui respondist : € Nous savons bien vostre bon vouloir ; mais il fault vous donner à entendre les matières en quoy on vous veult embesongner et pourquoy vous avons envoyé quérir, non pas pour double que ne fadei voulentiers ce que vous pourrés de ce que nous vous commanderons. Pour ce, ouyez beau cousin de Parvanchières et le GhanccUier de ce qu'ilz vous diront de par nous; et puis pensez-y et dictes vostre oppinion sur ce ; car le cas vous touche. Vous exposerez vostre corps, vostre vie et vostre honneur, c'est bien raison que vostre oppinion soit ouye. Et croyez seurement que ceulx qui exposent leur corps, leur vie et leur honneur en une besongoe en parlent plus sainement que les autres; car ilz y pensent plus. » Aussi parla monseigneur le conte de Parvanchières et dist : < Jouvencel, vous devez premièrement mercier Dieu des honneurs et biens qu'il vous envoyé en ce monde ; aussi devez vous [met^ cier] le Roy, nostre souverain seigneur, de la grant amour et confiance qu'il a en vous et Thonneur et le bien qu'il vous veult de plus en plus. Il a oeste confiance en vous qu'il vous veult baillier la codduicte et charge de toute la puissance de ses gens d'armes. Il vous veult traictier vostre avancement si grant et si honnorable qu'il ne pourroit plus faire à ung de ses enfants. Et, pour vous donner à entendre le cas, il est vray que le roy Amidas est très mal mené et a des affaires si grans qu'il a perdu

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sa seigneurie, se, par la grâce Nostre-Seigneur, il ne la recouvre, et par le bon secours et aide du Roy, nostre souverain seigneur, qui cy est. Sa querelle est belle et bonne, conune cbascun scet. Et, pour ce, le Roy, nostre souverain seigneur, a fiance en Dieu qu*il le remettra en sa seigneurie. Et, pour ce que Dieu veult que les choses de ce monde se facent par les hommes et non pas par miracles (car nous ne sommes pas dignes de les recepvoir), en tant que est aux honunes, le Roy, nostre souverain seigneur, vailt secourir et ayder au roy Âmydas, pensant faire chose plaisant à Dieu et soustenir droicture et justice. Le roy Âmydas lui a myz le mariage de sa fille en sa main pour la marier là où son plaisir sera. Et, pour ce que le Roy, nostre souverain seigneur, congnoist les biens et honneurs qui sont en vostre personne et aussi pour vous rémunérer des grans et bons services que lui avez fais, il vous veult bailler ceste fille pour femme, et aussi qu'il congnoist bien que vous estes homme pour servir le roy Âmidas et bon pour la conduicte de ceste armée, et aussi que, en ce faisant, vous faictes grant service au Roy, nostre souverain seigneur, et à tout ce royaume dont vous estes. Et saichez, Jouvencel, que le Roy congnoist bien que vous Tavez bien servi; mais encore lui semble-il que le service que luy povez faire maintenant est plus grant que point que lui feissiez oncques, c'est assavoir, de lui entretenir ses gens d'armes et de lui descharger son royaulme. Et, pour ce, dit-on voullentiers en ung proverbe ancien : Qui bon service fait, bon guerdon^ en

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