I. Var. : • rt'Kuenlunnt*. • A
LE iOUVENGEL. 163
dirent au Roy les parolles du Jouvenoel, que le Roy tint à bonnes et naturelles, et dist qu'il savoit bien qu'il estoit bon homme. Monseigneur le conte de Parvanchières et monseigneur le Ghanoellier tesmoingnerent qu'il estoit ainsi.
Et, le lendemain, le Jouvencel retourna et vint devers le conte et le Ghancellier et leur dist : c Monseigneur, € et vous , Monseigneur, j'ay parlé avec aucun mon € bon amy et pensé en la matière dont vous me par- € lastes hier de par le Roy ; il me semble qu'il y a c deux chemins, l'ung par terre et l'autre par mer. c Geluy de la terre est bien long et le trouveroit-on c plus brief par la mer ; mais nous n'y pourrions pasc ser tous nos chevaulx ; aussi ne les mènerions pas c tous par la terre que nous n'en perdissions la plus c part. Et, pour ce, tout bien debatu, je croy qu'il c vauldra mieulx passer par mer ; ce sera plus tost c fait et à moings de despence ; car le temps que nous € mettrions à aller par la terre cousteroit autant comme € le passaige, tant en perte de chevaulx comme aulc trement. Pour vous dire de la forme de nostre pasc saige, il fault que le Roy envoyé quérir tous ceulx c a qui sont les nefz de son obéissance, et leur fasse € faire commandement qu'il/ soient tous prestz aux € hables* à ung certain temps. Et, quant Dieu donnera € que le vent nous sera proffitable, nous monterons c sur la mer. Et c'est la principale chose que le Roy € ait affaire pour le présent. Quant ceulx à qui sont c les neh seront venuz, le Roy fera appointer avec c eulx pour le passaige et pour les vitailles qui nous
i. Hayres.
164 LE iOUVEîfCEL.
c seront neccessaires. Et que le Roy y conmiette pranc domines ; car il se y fait des plus grans meogeriet c du monde. Oultre, s'il plaisoit au Roy nous domier c de son artillerie et en envoyer au roy Amydas, je c croy qu'il fcroit ung grant bien^ puisqu'il lui vedl € donner secours ; car je croy qu'il est très mal gany.
< Ëncores me semble-il que le Roy doit envoyer quec rir tous les cappitaincs des gens de guerre et parier c à eulx et leur dire sa voulenté et faire qu'ib soyent c prestz à ung certain temps ; et, puisqu'il luy plaiit c me taire tant de honneur de me faire chief, de leur c dire, et que, en sa présence, ilz faccnt tous le sermeat c de obéir ad ce que je leur diray de par le Roy ; et je € me conduiray par leur conseil meismes. >
Quant le conte de Parvanchières et le Chancelier eurent ouy parler le Jouvencel, ilz dirent qu'il avok ouvert très bien la matière. Sur ce, retournèrent ao Roy et lui doimerent le cas à entendre, ainsi que k Jouvencel leur a voit remonstré. Sur quoy, le Roy dist qu'il avoit ouvert tout ce qu'il povoit ouvrir, et qa*il falloit pratiquer la chose; et demanda au conte de Parvanchières et au Chancellier tout sur bout : c Qu*en c dictes- vous? > Et ilz respondirent : c Sire, U noua
< semble que vous n*avez que à cscripre à ceulx qui ont
< les navires qu'ilz viengnent dilligenmient devers
< vous, et aux cappitaincs des gens d'armes pareille*
< ment, ainsi que a dit le Jouvencel ; et prenez jour. » Le hoy leur demanda de recliief : c Quel jour vous c semble-il que je doyve prendre? » — € Sire, voua c estes maintenant à la tin de Tiver ; vous n*avet plus
< (|ue tarder. Aussi ces gens d*armes ne font que c (;ndommaiger vostre royaume; le plus toat a*
LE JOUVENGEL. 165
c délivrer est le meilleur. » — c II est vray, dist le c Chancellier, car ilz engresseDt trop ; s'ilz séjournent c plus, ilz ne pourront plus entrer en leur harnoix; € et fauldroît que vous leur en donnassez de tous c neufz. > Et le Roy respondist : c Hz ne vous coustent € gueres, Chancelier. > Et chascun se prist à rire. Et le Roy dist : c Or ça, abrégeons. Et faictes venir c ung secrétaire ; si commenderay les lettres. » Sur ce, le Ghancellier appella ung secrétaire, et le Roy les commanda à venir tous devers lui au premier de février, quelque part qu'ilz fussent. Et commanda le Roy au secrétaire qu'il meist es lettres qu'il escripvoit à ceulx de la mer, qu'ilz feissent tenir tous les navires^ es hables et qu'ilz ne marchassent^ plus. Et furent despeschiez chevaucheurs, tant pour ceulx de la mer que pour ceulx de la terre, pour aller de tous costez.
Le premier jour de feuvrier, tous les cappitaines des gens d'armes furent devers le Roy, aussi tous ceulx à qui cstoient les navires, et les cappitaines et gouverneurs de nefz. Et, quant ilz furent devers le Roy, il les fîst venir en son conseil, premièrement les cappitaines des gens d'armes de la terre. Et commanda à ung chascun amener deulx ou trois hommes de bien avecques lui. Et leur dist : c Mes amiz, je con- € gnoys les bons et grans services que vous avez fais € à ceste seigneurie et à toute la chose publique de ce € royaume; et n'y en a nul, de quelque estât ou condic cion qu'il soit, qui ne soit tenu à vous, et de ma € personne je m'y repute plus obligé et tenu que le
i. Var. : « les mariniers. • G.