Var. : « n'arrestassent. • F
LE JOUYRNGEL.
plus petit; car tant plus estoie grant, tant plus aviMe à perdre et plus y suis tenu. Je croy que vous amei le royaume, et bien l'avez monstre; car, se vous n'y eussez eu amour natureUe, vous n'y eussez peu fiûre les grans fais que vous y avez faiz. Et, pour persévérer en l'amour que vous y avez, il fault faire chose qui soit au bien du royaulme et y pourveoir. Vous y avez tous voz pères et vos mères et voz bon parens et le lieu de vostre nativité; vous y estes apatriez^ naturellement. Et, se voz pères ou meies ou parens sont mors ou partie d'iceulx, si y avei vous voz domicilies et demourances, chascun m sien ou avecq son amy ou en aucun service ou à labourer la terre, chascun selon son estât. Et, pour ce qu'il y a des estrangiers, qui bien et loyalment ont servy, ceulx qui sont mariez ou héritez ou veullent faire leur demourance en ce royaulme, je les y tiens pour apatriez et demourans ou royaume. Les aultres qui s'en vouldroient aller à leur nadon, je escripray voullentiers à leurs princes l'honneur et la vaillance d'eux et le bon service qu'ilz m*oot fait , et les recommenderay et leur departiray de mes biens. Et, à vous qui pensez retourner ou royaulme, s'il tournoit à destruction, vous perdriez voz bons services , car les bons maistres n'auroient que mengier ; voz bons parens n'auroient de quoy vous recueillir ; voz domiciles et voz maisons seraient inhabitées et, de quelque estât que vous soyez, vous seriez en neccessité et le lieu de vostre nourriture serait désolé et perdu et tous voz amiz en neccessité
1, Var. : « apparent(^8. » G.
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oomme vous. £t, pour ce, je prie que vous passez ung peu de temps, tant que Dieu vous a donné vertu et force d'exploicter voz corps en bonnes euvres, à remettre ung bon prince en sa seigneurie, qui a tort et sans cause en est débouté. Et, en ce faisant, [vous] deschargez le royaume; vous faictes les euvres de miséricorde ; vous faictes justice et droicture, qui sont les choses qui plaisent à Dieu. Ainsi vous servez Dieu. Et aprez, quant vous retournerez, vous trouverez la terre où vous avez esté nez, puissante de vous nourrir; voz amyz charnelz, qui seront en vie, vous recueildront doulcement et à grant honneur; moy, qui suis vostre roy, vous honnoureray et priseray encores plus, et le bien que vous m'avez fait ne sera pas perdu ; car encores de plus en plus recongnoistray voz bontez, et Dieu le recongnoistra à voz âmes. Je entens à ceulx qui sentent leurs corps en puissance de ce faire; les aultres, qui sentent en leur conscience ne povoir accomplir le voyaige et sont vieulx et en estât de ne povoir servir, viennent à moy et se facent tous mettre en escript et soit bien certifié et tesmoingné des bons services qu'ilz ont fais, affin que aucuns trompeurs soubz umbre des bons ne se présentent. Et, quant je les congnoistray, je les recueilleray et pourverray comme mes bons et especiaux amys et serviteurs. Et, s'il y a aucunes gens jeunes en ce royaulme, qui aient voulenté de bien faire et ne pevent pas estre venuz ou temps que chascun povoit monsti^r son bon voulloir, ilz le pevent maintenant bien faire en ce notable voyaige, qui est bon et loyal, et pour ce que, la mercy Dieu! nous avons
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c paix en ce royaume. Et, au retour, je les recueîlc dray en bien, s'ilz se gouvernent ou nombre des c bons. »
Et, quant chascun eust ouy parler le Roy si bien, si loyaulment, si cordialement et de si bonne amour, chascun dist : c Je yray » , tant qu'il eust grant peine à retenir ceulx qu'il vouUut retenir; car vieulx et jeunes y vouloient aller. Et fist cercher par toutes ks compaignies les vielles gens et ceulx qu'il pensoit qu'ilz ne peussent soustenir la peine, pour les retenir à sa requeste; car ilz estoient de si noble courraige que n'en vouUoit pas demeurer ung, pour viellesse ou neccessité qu'ilz eussent, si n'eust esté par le commandement du Roy exprez. Ainsi ne ala gens en oe voyaige, sinon ceulx qui y alloient de grant couraige et de grant voullenté et qui le povoient bien faire; et plusieurs jeunes gens y allèrent, qui n'avoient jamaiz esté en guerre pour estre miz ou nombre des bons. Le Jouvencel requist au Roy aucuns anciens pour son conseil; à quoy le Roy se accorda, excepté au viel cappitaine de Grathor, au Mareschal, au sire de Rooqueton et à Gervaise. Car nul ne peult savoir les choses s'il n'est expérimenté ; pour ce, desiroit le Jouvencel avoir en sa compagnie de ceulx qui avoient veu.
Aprez parla à ceulx de la mer et leur dist : € Je c vucil envoyer au secours de mon cousin le roy Amy- < das toute mon armée et le Jouvencel pour le chief. c Et, pour ce, je vous ay mandé à tous que vous c retensissez toutes voz nefz et qu'elles ne marc chassent^ point, pour m'en aider à mon besoing.