‹ Le JouvencelChapitre 44 sur 184 · Var. : « desmarassent. » F · texte numérisé non relu

Var. : « desmarassent. » F

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Le secours de mon cousin le roy Âmydas sert au bien de ce royaulme ; car, par ce moyen, vous trouvez à exploicter voz gens d'armes. Aussi grant honneur est à tout le royaume et à moy de secourir ung roy ou ung prince en sa neccessité et qu'il soit dit que par moy et les miens ung tel prince comme le roy Amydas soit remiz en sa juste et vraye possession, dont il est débouté, ainsi que chascun scet. Et, pour ce, j'ay délibéré de le secourir et faire passer mon armée par la mer. Je vueil que me diez tous le temps que vous pourrez estre prestz, aussi voz neccessitez et ce que je doy faire en ceste matière; car vous congnoissez celle pratique et y avez tous despendu du vostre. Et, pour ce, vous m'y povez tous donner conseil et m'y conseiller loyaulment, je vous pri. » A quoy tous respondirent : c Sire, nous vous conseillerons loyaulment à nostre povoir sans vous y aller quérir petites pratiques ne telles choses; car vous nous povez plus faire de bien en une heure que ne nous vauldroient toutes les pratiques que nous y pourrions trouver. Vous nous direz, s'il vous plaist, le nombre des gens que vous vouliez faire passer, affin que nous voyons se nostre navire est souflîsant pour faire vostre passaige. » Sur ce, le Roy leur dist : c Je feray passer quelque dix mille combatans ; mais ilz passeront le plus petit nombre de chevaulx qu'ilz pourront, et, quoy que ce soit, je n'ay pas espérance que la pluspart des gens de Iraict passent avecq chevaulx, car je scay bien qu'il fauldroit trop de navires ; et les honmies d'armes le moings qu'ilz pourront. »

Sur ce, partirent les cappitaines des ne& et dirent

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qu'ilz avoient presque assez nefs et qu'ils baiHeroîeiit par escnpt quantes nefs ilz avoient et de quel port. Sur ce, le Roy trouva que, en soy aidant d*auouos estrangiers qui estoient meismes aux havres, il airoit assez navires. Il fit à chascun cappitaine de nef une somme d'argent délivrer, tant pour vitailles que pour le voyaige ; de quoy ilz furent contens. Et s'en partirent pour préparer leurs navires au temps que le Roy leur avoit dit, qui estoit à la my-may ou au ooiih mencement de juing ; et puis prindrent congié de biî. Le Roy rcmanda tous ses cappitaines de gens de guerre et leur dist : < Vous ouystes ce que je vous c dy Tautrc jour et il me semble que je vous trouc vay tous de bonne voullenté de bien faire. Et, pour c ce, je vouidroye bien que vous me deissiez se vous c estes encores en ceste oppinion. » Et ilz respoodirent tous : < Ouy, sire. » Le Roy reprist la parolle et dist : c Je suis bien joyeulx de voz bonnes vouleoc tez. Et, puisque ainsi est, je vous vueil dire oe que c j*ai pensé et advisé touchant le faict de vostre oooc duicte et de tout vostre affaire. Premièrement, je c vous vueil envoyer au secours de mon cousin le roy c Amidas et vous vueil bailler pour chief le Jouveo» c cel, que vous congnoissez tous. Si vous pry et oomc mande que vous faciez pour lui conuue pour ma c propre personne; car vous savez qu*il vous fault c chief à qui vous obéissez, ou aultrement vosire iait c seroit nul. Je ne vous en baille ne deux ne trois, c mais lui seul ; car une aniM^e, s*il n*y a uiig chîef c sur tous, ne se peult bien porter. » Et, sur ce, tous respondirt*nt : c Sire, nous sommes tous presti d*aUer € là ou ailleurs où il vous plaira. Et, quant au oUef,

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c nous en sommes très joyeux, et savez bien que c meilleur ne le nous pourriez bailler, et n'y a si grant c de nous qui ne luy obéisse conmie à vostre perc sonne, puisqu'il vous plaist. »

Ainsi le Roy fist venir le Jouvencel devant tous et lui dist : c Jouvencel, véez-cy tous ces cappitaines et € gens de bien qui sont yci prestz d'aller secourir mon c cousin le roy Amidas et vous veuUent pour chief € et sont contens de vous obéir comme à ma propre c personne ; et ainsi je leur ay prié et commandé. » Et, quant le Jouvencel entendist ceste parolle, il se gecta à genoulx et dist au Roy : c Sire, je vous remercie très humblement de l'honneur qu'il vous plaist me faire, et à messeigneurs de quoy ilz s'en contentent. Il en y a en la compaignie de meilleurs que moy et qui mieulx que moy le sauroyent faire ; mais puisqu'il vous plaist et à eulx aussi , je y feray le mieulx que je pourray et y serviray vous et eux à mon povoir. » — c J'entens, dist le Roy, que vous soyez mon lieutenant gênerai en ceste armée. Et aussi vous tous lui obéirez comme à mon lieutenant gênerai et comme à ma propre personne, ainsi que j'ay dit. Or ad visons icy le temps que vous pourrez estre prestz. Qu'en dictes- vous, beau cousin de Parvanchières? Il y a grant pièce que vous ne distes mot. > — c Sire, il me semble, dist le conte de Parvanchières, que vous avez si bien parlé et si bien besongné que moy ny aultre n'y eussions sceu que dire. Et, pour ce, c'estoit bien raison que je me teusse. » — c Et vous, Ghancellier, et vous tous aultres, dist le Roy, voyez- vous que debatre en ceste matière? » — c Nennil, sire, respondist chas-

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c cun; vous ne pourriez mieulx prendre que vous € prenez. >

Le Roy fit debatre ces matières devant lui à tous messeigneurs de son conseil et au Jouvencel principallement, pour ce qu'il entendoit le fait des gens d'armes. Bien assailli, bien deffendu, ilz cheurent tous en ceste oppinion , tant ceulx du conseil conune les cappitaines, que les gens d'armes fussent prestz au premier jour de juyng sur le rivaige pour monter sur la mer. Car ilz mettroient plus de xv jours ou trois sepmaiues avant qu'ilz fussent embargez en leurs nefs et navires.

Ainsi fut conclu et appointié. Et chascun print coogié du Roy. Et le Roy donna audience à qui la vouK* lut avoir, bonne et grande, affin que chascun lui peust parler de ses affaires ; et fut plus de xv jours ou trois sepmaines qu'il ne voullut entendre à autre chose qœ à les ouyr en leurs fais et affaires. Ainsi partirent bien contens du Roy et de tout son conseil. Le Roy appella le Jouvencel aprez tous les aultres en la présence de monseigneur le conte de Parvanchières et lui dist : c Jouvencel, chascun a parlé de ses besongnes; il c fault que vous parlez des vostres. > A quoy le Jouvencel respondist : c Sire, vous en avez si bira c pensé ^ et les avez tant pour recommandées, la c grâce de Dieu et vous! qu'il ne fault ja que je vous c en advertisse. > — c Dea! dist le Roy; aucune c requesle avez vous à faire? > Et le Jouvencel lui respondist : c Sire, j'en ay une et non plus. C'est c qu'il vous plaise de vostre grâce pourveoir mon c cappitaine, le bon homme cappitaine de Grathor, le

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