Voyez t. I, p. 65, note i
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si soubdaine que le cappitaîne ne peult pas parler à ebascun ; et ce qu'il en fait il le fait pour le bien publique de la compaignie; et, se n'estoit le butin que le cappitaine y met, les gens se desroyeroient pour aller au pillaige ; et mainte besongne en a esté perdue. Et, pour ce que c'est le bien gênerai de la compaignie, le cappitaine a ce povoir de mettre la compaignie à butin toutes et quantes foys qu'il voudra et à tel butin qu'il lui plaira.
Aprez ces questions, fut parlé de mettre le siège au Sap et y eust beaucoup d'oppinions debatues de costé et d'aultre. Et, entre les aultres choses, y eust une question d'ung passaige, qui estoit à y aller; et ne povoit l'en passer, sinon par icelluy passaige. Encore y avoit pis : car, quant on l'avoit passé, on ne povoit retourner, sinon par la merci des ennemiz. Pour ce, fut conclud et délibéré de gaigner le pas avant que faire autre chose, et, le pas gaigné, le fortifier et y faire une très grosse bastille et forte et y laisser bon nombre de gens bien artillcz, ou aultrement ne passer point oultre le passaige. Car c'est une trop grant folie (juc une armée entre en ung pays pour faire guerre, et (|u'il demeure derrière passaige, place ne aultre chose en la main des ennemyz, de quoy ilz puissent faire guerre. Pas seullement une place ne devés assiéger qu'il n'y ait au derrière riens qui vous guerroyé ne ([ui vous puisse garder d'avoir vivres, secours et nouvelles de voz amyz et que vous leur puissez faire sçavoir tousjours des vostres. D'aultre part, on dit qu'il n'y a que mengier et qu'il est comme impossible que vous y puissiez recouvrer vivres ; et on ne doit jamaiz assiéger place que, premièrement, on ne soit seur de
vivres et de soulde, posé ores que l'on soit puissant de gens d'armes. Car trop grant honte est à ung ost ou à une puissance, especialment quant il y a roy ou lieutenant de roy, de se assiéger devant une place et puis s'en lever. Pour quoy dist-on assiéger; c'est ung mot qui porte en substance que, quant on assiège bien une chose, elle y doit demourer jusques en fin de cause. Il est bien de peliz compaignons qui font des logeiz devant places pour les emporter, s'ilz pevent; et sont exploicts de guerre et ne sont pas diz sièges. Legières gens le font devant legières places. Ainsi, comme ilz sont legiers, ilz se pevent légèrement remuer sans grant bruit. Mais le siège de quoy nous parlons est pesant, car le fait du Roy est pesant et son armée, la niercy Dieu ! est pesante et puissante ; et la place de quoy nous parlons poise beaucoup pour son party et est forte. Ainsi ce ne seroit pas legière chose de se remuer sans grant noise, sans bruit, sans grans dommaiges et sans grant honte. Pour ce fault-il bien debatre toutes les difficultez avant l'entreprendre. Je vous dy que en guerre les entreprises se doivent bien debatre à Tostel froidement et à loisir et promptement exécuter aux champs. Les doubtes doivent toutes demourer à Tostel et y en doit l'en faire, avant partir, qu'il n'en demeure pas une quant on monte à cheval. Durant le temps que le débat estoit de mettre le siège au Sap ou de ne Ty mettre point, le Mareschal de Crathor, qui estoit ung très subtil homme de guerre, pratiqua avec aucuns prisonniers, qu'il avoit pris à la bataille du Don, de prendre le Sap et fist tant qu'ilz lui promirent de lui bailler et livrer. Sur quoy, le Mareschal parla au Régent son maistre secrètement;
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et le Régent parla au Roy son père de ceste entreprise. Et le roy Amydas respondist : c Mon filz, œ
< n'est pas honneste chose à ung roy ne ne le doit € pas faire, depuis que Dieu lui a fait ceste grâce qa'il c a puissance de tenir les champs et d'esployer sa € bannière et peult attendre ses ennemyz en batailk, € de consentir une trayson, et desplaist à Dieu et à € tout le monde. Oultre, il en peult rompre et perdre
< son armée : il ne fault que ung double traistre
< pour vous faire perdre ung bon nombre de voi
< gens. Vrayement ung bon roy et noble ne doit c point faire ses entreprises de nuit ne par machette.
< Il doit désirer que le soleil luyse sur son garde- € bras, affin que tout le monde le voye de loin. » Le Régent dist : < Monseigneur, c'est noblement parlé;
< aussi estes-vous ung noble roy. Et me pardonnez; € car de telles choses je ne vous parleray plus. Mais,
< s'il y a aucuns petitz compaignons qui veullent faire
< des entreprises et serchier leur avantaige et aller à c leurs avantures, comme avantureurs font, par toutes « les voies qu'ilz pourront grever leurs ennemyz, à € leurs perilz et fortunes, vous leur en laisserez faire;
< car il fault que la guerre se demaine en maintes
< manières. Mais je scay bien que ne vouldriez ooo-
< sentir que choses honnorables. > Le Roy respondist : < Mon filz, vous estes bon et saige; et scay bien c que vous y saurez bien conduire de telles choses ; c je m'en rapporte à vous. > Sur ce, le Régent s'en ala ù son logeis et ouyt parler le Mareschal de Grathor bien et à loysir de ceste entreprise et les moyens; et lui sembla l'entreprise bien conduisable. Le Mareschal de Grathor lui dist : < Monseigneur, je vous pri» lais-
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sez-moy conduire œste euvre et me laissez prendre Taventure avecques ung nombre de pouvres compaignons, qui n'ont que perdre. Je seray Tomme de la compaignie de plus grant pois^ Se je suis mort, je suis meshouan viel ; ce ne sera pas grant perte. Se je suis priz, vous avez bien, la grâce Dieu! de quoy me rachetter. Quant à tous les autres que je y pense mener, ceux qui seront mors, seront quictes, et ceux qui seront pris, vous les aurez pour pou de dioses. En cecy ne peut pas avoir grant perte pour le Roy ne pour vous, posé ores qu'il en allast mal. Si ay-je espérance, o la grâce de Dieu, de conduire si bien et si subtillement mon euvre que, s'il y a perte, elle ne sera pas grant. > Le Régent respondist : Mareschal, je scay bien que, s'il y a homme en oeste armée qui bien conduise une chose, que vous la conduirez. Le plaisir du Roy n'est pas d'en savoir riens; et, pour ce que je suis son filz et Régent et représente sa personne, pareillement ne vouldroit-il pas que je m'en empeschasse, pour ce qu'il y a trahy- 8on; et n'a pas tort; et à moi-mesme me desplaist d'avoir ouy parler ces traistres. Mais vous estes bon et saige ; je ne vous en conseille ne commande riens et m'en rapporte à vous. Mais soyez seur que, se vous avez à faire de moy, vous me trouverez bon amy tousjourset ne vous fauldray point. > Le Mareschal respondist : c Monseigneur, je le scay bien ; n'en c parlons plus. >
Sur ce point, le Mareschal partit d'avec son maistre et se disposa de faire son entreprise et se pourpensa de